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Des heurts au Liban entre policiers et partisans de partis chiites

Un membre des forces de sécurité se protégeant avec un bouclier observe des feux d'artifice lancés quelques mètres devant lui.

Des partisans du Hezbollah et du Amal ont lancé des feux d'artifice en direction des forces de sécurité, mardi, à Beyrouth.

Photo : Getty Images / AFP/ANWAR AMRO

Agence France-Presse

À Beyrouth, des dizaines de personnes ont été blessées mardi avant l'aube dans des affrontements entre les forces antiémeutes et des partisans de mouvements chiites qui ont attaqué des camps de manifestants antigouvernementaux, faisant craindre une escalade dans le pays en crise.

Au bord de l'effondrement économique, le Liban vit depuis le 17 octobre au rythme d'un soulèvement populaire inédit contre la classe dirigeante, accusée de corruption et d'incompétence.

Les chefs des mouvements chiites Hezbollah et Amal, Hassan Nasrallah et Nabih Berri, chef du Parlement depuis 1992, sont conspués par les manifestants au même titre que les autres dirigeants dans ce pays multiconfessionnel.

Si, dans l'ensemble, ce mouvement de contestation s'est déroulé sans incident majeur, il a été marqué depuis samedi dernier par des heurts entre manifestants et forces de l'ordre et, dans la nuit de lundi à mardi, par des affrontements particulièrement violents entre partisans du Hezbollah et d'Amal et les forces de sécurité.

Les dernières violences ont été déclenchées par des attaques de sympathisants des partis chiites contre des camps de manifestants dans le centre de Beyrouth, déserts à cette heure de la nuit, selon un photographe de l'AFP sur place.

Des jeunes, venus à pied ou à moto, ont ensuite jeté des pierres et des engins explosifs contre les policiers, et ont incendié des voitures. La police a répliqué avec des gaz lacrymogènes.

L'attaque des partisans chiites aurait été provoquée par la diffusion sur les réseaux sociaux d'une vidéo non datée dont le contenu a été jugé offensant par des chiites. Dans la vidéo, un homme présumé originaire de la ville majoritairement sunnite de Tripoli (nord) et résidant à l'étranger s'en prend à des symboles sacrés de l'islam chiite.

Une voiture incendiée renversée dans une rue.

Des manifestants ont incendié plusieurs voitures dans le centre de Beyrouth.

Photo : AFP / ANWAR AMRO

Des dizaines de blessés

Les affrontements ont fait des dizaines de blessés, dont 23 ont été hospitalisés, selon la défense civile. Quarante-trois personnes ont été soignées sur place.

Dans un communiqué mardi, les Forces de sécurité intérieure (FSI) ont indiqué que 25 membres de la police antiémeute avaient été blessés et ont fait état de trois arrestations.

À Saïda (sud), des jeunes encagoulés ont attaqué et détruit dans la nuit des camps de manifestants, également inoccupés, selon un correspondant de l'AFP sur place.

Ce n'est pas la première fois que les partisans du Hezbollah et d'Amal attaquent les manifestants ou leurs tentes dressées sur des places de plusieurs villes.

Soutenu par l'Iran chiite, le Hezbollah est le seul mouvement à avoir conservé les armes après la guerre civile (1975-1990).

Son chef a maintes fois balayé l'idée d'un gouvernement exclusivement formé de technocrates, comme le réclame la rue.

Après les heurts nocturnes, les initiatives se sont multipliées pour tenter d'éviter l'escalade.

Le premier ministre démissionnaire Saad Hariri (sunnite) et Nabih Berri se sont rencontrés mardi et ont, dans un communiqué, fustigé la vidéo et appelé les Libanais à la vigilance, et à ne pas se laisser entraîner vers la discorde confessionnelle.

Le politologue Imad Salamey a jugé qu'une orchestration des heurts par le pouvoir était possible. L'incitation à la haine confessionnelle est l'un des outils souvent utilisés (...) pour diviser les Libanais et affaiblir le mouvement dans la rue.

Mais cette vieille méthode (...) ne réussira pas cette fois, a dit à l'AFP ce professeur à la Lebanese American University, qui parle d'une prise de conscience politique des Libanais.

Des hommes lancent des pneus dans un feu allumé sur une route.

Des manifestants ont aussi mis le feu à des pneus et d'autres matériaux mardi à Sidon, au sud de Beyrouth.

Photo : Getty Images / AFP/MAHMOUD ZAYYAT

Le mouvement de contestation, qui a transcendé les clivages communautaires traditionnels, a entraîné la démission le 29 octobre de M. Hariri.

Mais les tergiversations se poursuivent. Prévues lundi, des consultations parlementaires pour choisir un nouveau premier ministre ont de nouveau été repoussées, à jeudi.

Les manifestants, qui veulent un gouvernement constitué de personnalités indépendantes des partis traditionnels chapeautés par des chefs communautaires, refusent la reconduction de M. Hariri.

Mardi, des barrages en fer ont été érigés par les forces de l'ordre aux entrées du parlement dans le centre de Beyrouth, devant lequel les manifestants protestent.

En attendant, la crise économique et financière s'envenime dans ce pays dont environ le tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté.

La Banque mondiale prévoit une récession pour 2019 (au minimum -0,2 %) au Liban. La dette publique libanaise culmine à plus de 87 milliards de dollars, soit 150 % du PIB, l'un des taux les plus élevés au monde.

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