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Marché de Noël de Cavalia : un « fiasco » dénoncé par des commerçants

De nombreux commerçants se plaignent du manque d’organisation et du faible achalandage au marché de Noël de Cavalia, malgré d’importants investissements publics. L'entreprise réplique en évoquant un « incroyable succès ».

Des cabanes du marché de Noël Illumi.

Plusieurs marchands, mécontents de leurs ventes et du montant qui leur a été facturé, ont décidé de quitter le marché de Noël mis sur pied par Cavalia à Laval.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

« Je me sens trahi. On nous a vendu du rêve. » Joint par téléphone, ce commerçant ne cache pas sa peine. Comme une douzaine d’autres personnes contactées par Radio-Canada, il dénonce l’organisation du village de Noël créé par Cavalia, baptisé Illumi - Féerie de Lumières.

Mis sur pied par Normand Latourelle, le fondateur et directeur artistique de Cavalia, ce parcours de structures lumineuses a été inauguré à Laval au début de novembre. Sur cet emplacement, une quarantaine de cabanes en bois ont également été installées autour d'un gigantesque sapin de Noël lumineux. On y retrouve des artisans, des restaurateurs, mais aussi de grandes chaînes comme Costco et Trévi.

C’était prestigieux pour nous de nous associer à la gang de Cavalia, explique l’un de ces artisans québécois, qui a voulu collaborer avec la célèbre firme de spectacles et qui a dans ses bagages plusieurs années d’expérience dans différents marchés de Noël à travers la province. Comme la douzaine de commerçants interrogés, il a souhaité conserver l’anonymat pour ne pas nuire à de futures activités commerciales.

Le terme fiasco a été repris par de nombreux interlocuteurs, qui regrettent des ventes et un achalandage, dans le marché de Noël, bien en deçà de ce qui leur a été présenté.

Certains ont même quitté les lieux pour rejoindre d’autres marchés de Noël québécois bien avant la fin de l'événement, prévue le 5 janvier. Une situation confirmée par Cavalia.

J’ai l’impression de m'être fait vendre un rêve qui a viré au cauchemar. Ils nous ont promis un marché de Noël incroyable, et ce n’est absolument pas ce qu’on a eu.

Une commerçante
L'entrée du marché de Noël d'Illumi.

Illumi doit être présenté à Laval durant cinq ans.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

De multiples cabanes fermées

Lors du passage de Radio-Canada mardi soir, alors qu'environ 6000 personnes étaient attendues, les trois quarts des kiosques étaient fermés.

J’ai l’impression d’avoir été bernée, déplore une commerçante, soutenant n’avoir jamais vécu nulle part ailleurs de tels problèmes.

Principalement, ces marchands reprochent à Cavalia un manque d'attention à leur égard, malgré l'investissement de plusieurs milliers de dollars. Au début de novembre, par exemple, les spectateurs pouvaient accéder directement au spectacle lumineux sans passer par les cabanes de Noël.

Les commerçants s’en sont plaints et un changement de configuration a ensuite été réalisé. Il reste encore possible, cependant, d'ignorer une partie des kiosques en se rendant vers l'attrait majeur du lieu.

On ne s’est pas réinscrit à un marché qu’on fait depuis 10 ans [pour aller avec Cavalia]. C’est sûr et certain qu’on n'y retournera pas. Je n’ai tellement pas aimé leur attitude.

Une vendeuse

Des problèmes d’électricité, d’eau, de chauffage et de fonctionnement des toilettes ont aussi été rapportés.

J’ai perdu des milliers de dollars, clame un restaurateur. Une autre parle de frustration, d’abus et de colère.

Il y a toujours un risque dans les affaires, mais on a vraiment embarqué avec l’idée d’un succès. Les résultats ne sont pas là et on essaie de s’en sortir, détaille un artisan, qui se veut désormais en mode solution.

Des cabanes fermées.

Plus de 300 000 billets ont déjà été vendus pour l'événement Illumi. Mais selon de nombreux commerçants, les visiteurs ne sont pas mis dans les meilleures dispositions pour visiter le marché de Noël.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Des tarifs de 5000 $ à 13 000 $

Pour intégrer le village de Noël de Cavalia, ouvert au grand public puisque seul le spectacle lumineux est payant, un artisan devait débourser de 5000 $ à 13 000 $ pour la totalité de l'événement. Un tarif supérieur à celui d'autres marchés de cette période de l’année, même si leur durée est inférieure à celle d’Illumi.

Des redevances de 10 à 15 % sur les ventes, après l’atteinte du montant initial de location, sont également réclamées. Une situation courante par rapport aux autres marchés de Noël, se défend Cavalia. Pourtant, les marchés de Noël de Québec, du marché Atwater à Montréal ou encore de Longueuil ne demandent pas un tel pourcentage.

Il n’est pas normal de faire payer des artisans avec des coûts aussi élevés comparativement aux autres marchés de Noël, regrette l’un des marchands de cette première édition lavalloise.

On pensait aller jouer dans les ligues nationales. Le prix allait avec. Maintenant, on évalue combien va nous coûter au total ce fiasco.

Un artisan

Selon Cavalia, ces frais permettent de rembourser une partie de l'investissement réalisé par l'entreprise. On a mis en place une infrastructure, et les dépenses associées à l’infrastructure font en sorte qu’on a dû partager une partie de la facture. Mais c’est en bas de la moitié de ce que ça nous a coûté, répond Normand Latourelle, le patron de Cavalia.

Il affirme perdre, avec le marché, près d'un quart de million de dollars. Je l'assume, c'est mon choix. Les marchands aussi sont des entrepreneurs, il faut qu'ils assument, indique-t-il.

Tarifs des marchés de Noël (hors taxes) :

  • Longueuil : de 600 $ à 2000 $ (12 jours d’exploitation)
  • Montréal/Atwater : de 1260$ à 2212 $ (12 jours)
  • Québec : de 1300 $ à 1600 $ (20 jours)
  • Illumi à Laval : de 5000 $ à 13 000 $ (51 jours)
Normand Latourelle debout devant un sapin lumineux.

Normand Latourelle est le fondateur de Cavalia et d'Odysseo. Avec Illumi, il veut « faire plaisir aux gens » pendant cette période hivernale « un peu noire ».

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Un « succès incroyable », répond Cavalia

Tout en reconnaissant qu'il y a des ajustements à faire, Normand Latourelle évoque un succès incroyable sur le plan de la billetterie. Au total, selon la firme québécoise, près de 305 000 billets ont déjà été vendus pour l'ensemble de l'événement. Un chiffre dans la fourchette présentée initialement par l'entreprise, qui visait entre 250 000 et 400 000 visiteurs.

Le plus grand ennemi des commerçants, ce n’est pas Illumi. Il n'y a aucun événement depuis Expo67 qui a fait 300 000 entrées payantes en un mois, clame Normand Latourelle.

Il y a une zone gourmande où les gens vendent beaucoup. Mais il y a une zone où l'on vend des produits que les gens n’achètent pas. Mais ça, on n’a pas de contrôle là-dessus.

Normand Latourelle, fondateur de Cavalia

Ça marche peut-être pour le show, mais pour nous, non, réagit un artisan, qui a décidé de rester jusqu’au terme de l’événement. Au niveau des ventes, ce n’est pas reluisant. [Cavalia] n’avait peut-être pas l’expérience du marché de Noël. C’est un autre genre de bibitte.

Cette condition, les marchands la connaissaient avant. Cavalia n’avait jamais fait de marché de Noël. Personne au monde ne fait un événement lumineux en plein hiver, comme ça. Ça n’existe pas. On est les premiers, réplique le producteur de spectacles, avant de mettre de l'avant des conditions climatiques difficiles.

Au mois de novembre cette année, c’était comme en janvier au niveau de la température. Ce qui fait que les gens, une fois qu’ils ont visité, ils ont froid et ils ne s’attardent pas devant les kiosques. Effectivement, les ventes des commerçants sont plutôt basses, reconnaît-il.

Ce dernier se dit malheureux de l'attitude de ces commerçants qu'on ne retient pas.

Je ne comprends pas les marchands. Moi, je me bats jusqu’à tant que ça fonctionne. Quand je fais quelque chose, je ne lâche pas le morceau jusqu'à ce que ça marche, et je fais en sorte que ça marche.

Normand Latourelle, fondateur de Cavalia

Une artisane plaide de son côté la bonne foi et reste positive. C’est une première expérience, c’est normal, a-t-elle dit, assurant qu’il faut laisser la chance au coureur. « Bien sûr, on apprend », réplique Normand Latourelle.

Trois millions de dollars d’argent public

Près de 3 millions de dollars d’argent public ont été investis (2,2 millions du gouvernement du Québec et 750 000 $ de la Ville de Laval) dans cet événement qui devrait être présenté chaque fin d’année jusqu’en 2023. Cette somme impliquait notamment la création d'une place du marché accessible gratuitement comprenant des kiosques d'artisans et producteurs, selon un document destiné aux élus de Laval.

Des structures d'Illumi.

Illumi est un parcours comprenant de nombreuses structures lumineuses et différents thèmes permettant de voyager à travers le monde.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Une présence jusqu’en 2023

Cet argent public, c’est une fraction [du budget] pour couvrir l’infrastructure et la création, plaide Éric Paquette, le directeur des relations publiques de Cavalia, qui compte rester à Laval pour, au minimum, les quatre prochaines années.

De nouveaux investissements sont par ailleurs prévus par l'entreprise afin de bonifier ce concept qui a coûté, à ce jour, environ 10 millions de dollars.

Chaque année, on veut renouveler au moins la moitié du parcours pour surprendre les gens, pour faire en sorte que les gens reviennent, soutient Normand Latourelle.

La Ville de Laval, qui assure ne pas participer à la gestion d'Illumi, soutient par ailleurs ce très grand succès qui va au-delà des attentes.

Il s’agit d’une première édition et s’il y a des ajustements à faire, nous sommes convaincus [que] les bonnes solutions seront trouvées, affirme Anne-Marie Braconnier, porte-parole de l’administration lavalloise.

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