•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Une nouvelle tendance pour redresser les dents inquiète les orthodontistes

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
Les aligneurs qui permettent de redresser des dents.

Les aligneurs transparents de Smile Direct Club

Photo : Radio-Canada / Steve Breton

Alexandra Duval

L’Association des orthodontistes du Québec est préoccupée par une nouvelle cybertendance qui prend de l’ampleur dans la province : l’orthodontie à domicile. Cette pratique comporte son lot de risques, prévient l’Association, comme « la perte de gencives, de dents ou l’usure prématurée de la dentition ».

Pour une fraction du prix normalement réclamé en clinique, vous pouvez maintenant recevoir à la maison des aligneurs pour redresser vos dents.

Smile Direct Club offre notamment ce type de service. Cette entreprise américaine a maintenant pignon sur rue dans la province à Québec, à Laval et à Montréal.

La multinationale, qui compte plus de 300 Smile Club - des boutiques sourire - à travers le monde, multiplie ses publicités à la télévision, mais surtout sur différentes plateformes comme Facebook et Instagram.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
Une publicité Facebook de Smile Direct Club où l'on voit une jeune femme insérant ses broches invisibles dans sa bouche. La compagnie y écrit : «Des aligneurs invisibles livrés directement chez vous pour 60 % moins cher. »

Le marketing de Smile Direct Club

Photo : Radio-Canada

Smile Direct Club promet de redresser vos dents avec des aligneurs transparents directement livrés chez vous pour 60 % moins cher.

Le consommateur a deux options : se présenter dans une boutique pour un scan de ses dents, ou encore prendre ses empreintes dentaires à la maison. Dans les deux cas, un professionnel évalue les résultats à distance.

Une boîte d’aligneurs est ensuite livrée chez le client pour moins de 3000 $ et le traitement commence.

Le suivi se fait par l’envoi de photos par Internet tous les 90 jours avec un dentiste ou orthodontiste attitré.

Inquiétudes

L’Association des orthodontistes du Québec s’inquiète de cette pratique à distance.

Ça nous inquiète, de voir que des produits orthodontiques sont vendus sur le marché où il n'y a pas de diagnostic bien fait, de plan de traitement élaboré et de suivi à long terme, dénonce le porte-parole André Ruest.

Tout traitement médical a son lot de risques, de complications ou d'effets secondaires et l'orthodontie n'y échappe pas.

André Ruest, porte-parole de l'Association des orthodontistes du Québec
Le docteur André Ruest discute avec notre journaliste.

Le Dr André Ruest, de l'Association des orthodontistes du Québec, émet des inquiétudes.

Photo : Radio-Canada

Il faut s'assurer que les déplacements des dents vont faire en sorte qu'il n'y aura pas de pertes de gencives. Certaines situations, si ce n’est pas bien contrôlé, peuvent même aller jusqu'à la perte de dents, alors c'est important de s'assurer du bon suivi, ajoute M. Ruest.

Smile Direct Club se défend

En entrevue téléphonique, le directeur des services cliniques chez Smile Direct Club, le docteur Jeffrey Sulitzer, assure que la méthode est sécuritaire et efficace. Nous travaillons avec [trois] dentistes ou orthodontistes reconnus au Québec.

Le docteur peut communiquer avec le patient par courriel, texto ou clavardage.

Le Dr Jeffrey Sulitzer

En cas de problème, Smile Direct Club ajoute qu'elle peut organiser un rendez-vous avec le professionnel attitré.

Les problèmes sont rares, car nous travaillons uniquement avec des patients qui ont des problèmes légers ou modérés, explique le Dr Jeffrey Sulitzer.

L’Association des orthodontistes du Québec affirme ne pas connaître l'identité des trois dentistes ou orthodontistes qui travaillent avec Smile Direct Club. On aimerait bien qu'il y ait un professionnel de la santé qui soit impliqué dans ce processus-là. À date, on n’a pas eu de confirmation, rétorque André Ruest.

Le porte-parole se demande par ailleurs si des patients québécois éprouvent des problèmes avec des marchands d’orthodontie à domicile comme Smile Direct Club. Ou encore avec d’autres entreprises, comme Smile Love ou Candid, qui vendent aussi des aligneurs sur Internet, mais qui n’ont pas de point de vente au Québec.

On est en train de contacter nos membres à savoir s’il y en a, c'est un phénomène qui est tellement récent.

André Ruest, porte-parole de l'Association des orthodontistes du Québec

Des plaintes et des poursuites ailleurs

L’Association américaine des orthodontistes (AAO) a de son côté reçu des plaintes de dentistes dans de nombreux États américains pour ce genre de pratique.

Elle publie d'ailleurs sur son site Internet une alerte adressée consommateurs envers l’orthodontie à domicile.

Aux États-Unis, Smile Direct Club fait l'objet d'au moins un recours collectif et la Californie vient d’adopter une loi pour que ce type de traitement soit mieux encadré par un professionnel.

Ils veulent nous arrêter, nous empêcher de croître, parce qu'ils ont peur du changement, défend le directeur des services cliniques de Smile Direct Club, le Dr Jeffrey Sulitzer.

Au Canada, Smile Direct Club poursuit l'Association dentaire du Manitoba parce qu'elle a dénoncé leur produit.

Ces organisations devraient commencer à comprendre que c’est sécuritaire et efficace et devraient cesser de nous attaquer, ajoute le Dr Jeffrey Sulitzer.

Smile Direct Club affirme avoir redressé les dents des 750 000 personnes dans le monde depuis 5 ans. Les commentaires sur les différentes plateformes sur Internet sont mitigés.

L’entreprise compte maintenant 24 boutiques au pays.

Silence radio de l’Ordre des dentistes du Québec

L'Ordre des dentistes du Québec refuse pour sa part de se prononcer. Il n'est pas de l'intention de l'Ordre des dentistes de commenter pour le moment les services de la nature de ceux offerts par Smile Direct Club au public québécois.

Impossible non plus de savoir si l’Ordre a reçu des plaintes.

Nous ne sommes pas en mesure de confirmer ou non si une telle enquête est en cours présentement, en raison des règles de confidentialité qui régissent l’Ordre en matière d’enquête du syndic.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !