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France : démission du responsable de la réforme des retraites

M. Delevoye serra la main d'un collègue.

En tant que haut-commissaire aux retraites, Jean-Paul Delevoye était le ministre responsable de la réforme au cœur du conflit qui paralyse la France.

Photo : Getty Images / AFP / Thomas Samson

Agence France-Presse

L'artisan du plan de réforme des retraites en France, décrédibilisé par des soupçons de conflit d'intérêts, a démissionné lundi. Un coup dur pour le gouvernement face au risque de voir les grèves contre ce projet se prolonger durant la période de Noël.

Au 12e jour du conflit qui paralyse largement les transports, Jean-Paul Delevoye, « Monsieur retraites », a présenté sa démission au président Emmanuel Macron, qui l'a acceptée avec regret.

La position du haut-commissaire aux retraites était devenue intenable après des révélations sur des mandats non déclarés parallèlement à ses fonctions gouvernementales, qui ont alimenté des soupçons de conflit d'intérêts.

Habile négociateur, politicien chevronné, M. Delevoye est pourtant passé en quelques jours du statut de capitaine apprécié de la périlleuse réforme des retraites à celui de maillon faible du gouvernement.

Sa longue expérience politique n'a suffi ni à le prémunir contre les soupçons de conflit d'intérêts, notamment avec le monde de l'assurance, ni à éviter de déclencher une polémique sur le cumul interdit de sa fonction de ministre et de la présidence rémunérée d'un institut de réflexion.

Il a été habitué à émarger à des conseils d'administration pendant des années, à toucher 15, 18 000 euros par mois. Il pensait peut-être que ça passerait.

Une source parlementaire de La République en marche

En plein conflit social, cet ancien ministre de droite rallié à M. Macron a fini par démissionner en admettant sa légèreté coupable, pris au piège de ses multiples activités. Une nouvelle illustration de la difficulté pour certains politiciens français à se conformer aux règles de la transparence.

« Monsieur retraites »

Nommé en septembre 2017 haut-commissaire à la réforme des retraites puis entré en septembre dernier au gouvernement, Jean-Paul Delevoye, 72 ans, était devenu pour tous les Français le « Monsieur retraites » chargé de porter le projet de loi devant le Parlement en 2020.

Jusqu'au bout, le gouvernement l'a soutenu, le premier ministre Édouard Philippe soulignant sa bonne foi totale et la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye son sens du collectif.

Cette démission, la 12e d'un ministre depuis le début de la présidence d'Emmanuel Macron en mai 2017, constitue un coup dur pour le gouvernement, qui peine à trouver une sortie de crise et s'inquiète d'une possible poursuite de la grève pendant les Fêtes.

De plus, elle a été donnée la veille d'une journée de mobilisation que les adversaires de la réforme veulent décisive, l'ensemble des syndicats appelant désormais à la grève et à la manifestation, y compris les organisations réformistes comme la Confédération française démocratique du travail (CFDT), premier syndicat de France.

À Paris et dans d'autres grandes villes, les transports restaient extrêmement perturbés lundi, tout comme le trafic ferroviaire.

Lundi matin, peu avant 8 h, plus de 620 km de bouchons étaient enregistrés (contre 200 à 350 km en temps normal) en région parisienne.

L'ambiance était parfois électrique en matinée dans la capitale, où cyclistes, piétons, trottinettes et automobilistes se disputaient les rues et les trottoirs sous une pluie battante.

Des gens forment une longue file sous la pluie.

L'attente pour prendre le tramway pouvait encore être très longue à Paris lundi.

Photo : Reuters / Charles Platiau

Escalade de mots

Face au risque d'une prolongation de la grève pendant les Fêtes, le ton est monté entre l'exécutif et les syndicats.

Le gouvernement fait une profonde erreur en termes de justice sociale et aussi une profonde erreur politique s'il persiste, a déclaré lundi le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger.

Pourtant favorable à une réforme des retraites, la CFDT estime que l'exécutif a franchi une ligne rouge en fixant un âge d'équilibre de 64 ans pour encourager l'allongement de la durée des cotisations.

M. Berger a toutefois plaidé pour une trêve de la grève dans les transports à Noël. Mais son homologue de la Confédération générale du travail (CGT), Philippe Martinez, a d'ores et déjà averti que le mouvement continuerait si le projet n'était pas retiré.

Faire grève, c'est légitime, mais on peut respecter des moments comme les Fêtes de fin d'année où chacun veut retourner dans sa famille.

Élisabeth Borne, ministre de la Transition écologique, sur France 2

Mme Borne a estimé irresponsable de gâcher les vacances des Français.

L'opposition communiste et de la gauche radicale a pour sa part accusé l'exécutif de chantage et de faire le choix du pourrissement.

Grande mobilisation cette semaine

Lundi, les routiers sont entrés dans la danse en organisant des blocages d'entrepôts, des opérations escargot et des barrages filtrants dans plusieurs villes, pour réclamer de meilleures conditions de travail et de salaires.

Et plusieurs universités ont décidé de reporter des examens de fin d'année en raison des difficultés de transport.

Pour le temps fort de mardi, cheminots, enseignants, fonctionnaires, avocats et magistrats, internes, médecins et soignants sont appelés à manifester.

L'ampleur de cette mobilisation à l'appel de tous les syndicats constituera un indicateur important pour le gouvernement avant la reprise, encore floue, des négociations.

La Société nationale des chemins de fer français (SNCF) a demandé aux usagers d'éviter les trains de banlieue parisienne mardi.

Le projet d'Emmanuel Macron prévoit la transformation des 42 régimes de retraite existants en un système universel par points.

L'« âge d'équilibre » (64 ans en 2027) vise à maintenir l'équilibre financier du système, chacun pouvant continuer à partir à la retraite à 62 ans, mais avec un malus sur sa pension et un bonus pour ceux qui partent après.

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