•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Fonderie Horne : un professeur propose de limiter la quantité d’arsenic entrante

Une partie des installations de la Fonderie Horne, dont une cheminée.

La Fonderie Horne est située dans le quartier Notre-Dame, à Rouyn-Noranda

Photo : Radio-Canada / Mélanie Picard

Thomas Deshaies

La Chine interdit l’importation de concentrés de cuivre contenant plus de 0,5 % d’arsenic, alors que le Canada et le Québec ne légifèrent pas en la matière. Ainsi, la Fonderie Horne de Glencore a fait affaire en 2018 avec 10 clients sur 46 qui ont fourni des concentrés avec plus de 0,5 % d’arsenic, dont un qui a atteint une concentration de 6,2 %. Un professeur propose d’imposer une limite à la quantité d’arsenic traité par la Fonderie Horne.

La majorité de l’arsenic qui entre à la Fonderie Horne et se retrouve dans l’atmosphère provient initialement des concentrés de cuivre traités par la fonderie. Il s’agit de concentrés dits « complexes » puisqu’ils contiennent d’autres métaux, tels que l’arsenic et le cadmium.

Selon le professeur au département de génie chimique de Polytechnique Montréal, Patrice Chartrand, il y a une corrélation entre l’arsenic intrant et l’arsenic émis. C’est-à-dire qu’on peut s’attendre à ce que plus les concentrés ont un pourcentage élevé d’arsenic, plus il y a de chances que les rejets d’arsenic dans l’environnement de Rouyn-Noranda soient importants.

C’est ce qui pourrait, selon lui, expliquer la grande variabilité dans les concentrations d’arsenic dans l’air à Rouyn-Noranda. Par exemple, la station de mesure la plus proche de la fonderie a enregistré en novembre 2018 une concentration maximale de 1040 nanogrammes d’arsenic par mètre cube (NG/M3), mais la moyenne mensuelle basée sur 7 échantillons était de 198,79 NG/M3 et la médiane de 26 NG/M3.

Informé de la norme chinoise, le ministère de l’Environnement du Québec a indiqué par courriel qu’il n’y a pas de processus législatif en cours « visant à encadrer le pourcentage d’arsenic maximum contenu dans les concentrés importés ». Même son de cloche du côté du fédéral, qui nous a indiqué ne pas vouloir légiférer « pour l’instant ».

Augmentation de l’arsenic à l’échelle mondiale

Le professeur Chartrand estime que les concentrés traités sur le marché mondial contiennent de plus en plus d’arsenic. Ils [Fonderie Horne] vont avoir de moins en moins accès à des concentrés de qualité comme à peu près tout le monde. C’est un facteur mondial, pas juste la Horne, explique-t-il.

Il n’est pas le seul à poser un tel constat.  L’enjeu a d’ailleurs fait l’objet de discussions dans le cadre d’un congrès qui s’est tenu au Japon en octobre 2018. Plusieurs entreprises et centres de recherche, dont le Metal Economics Research Institute, ont abondé dans le même sens.

MineSpans by McKinsey (2019) et Metal Economics Research Institute (2018)

Des données de MineSpans by McKinsey (2019) et Metal Economics Research Institute (2018)

Photo : Radio-Canada

Toujours selon le professeur Chartrand, cette situation pourrait avoir des répercussions sur la fonderie.

La Horne est une des quelques fonderies qui est prête à prendre des concentrés complexes en quantité non négligeable

Patrice Chartrand, professeur à Polytechnique Montréal

La firme de consultants, McKinsey & Company, identifie seulement 5 fonderies dans le monde, dont la Fonderie Horne, qui traitent des concentrés avec de fortes teneurs en arsenic. Les autres sont situées en Chine, au Chili et en Afrique du Sud.

Limiter la quantité d’arsenic à la Fonderie Horne?

Nous avons soumis une série de données obtenues par l'entremise de la Loi sur l'accès à l'information au professeur. Après analyse de ceux-ci et dans les circonstances du marché mondial, il estime qu’il pourrait être judicieux que la Fonderie Horne prévienne les citoyens lorsqu’elle traite des concentrés contenant une forte teneur en arsenic.

Il suggère d’adopter un système de drapeaux : jaune [pour plus de 0,5 % d’arsenic], orange [pour 1 % d’arsenic] et rouge [2 % et plus d’arsenic]. Un avertissement qui serait émis pendant 24h lors de la production au réacteur/convertisseurs des concentrés complexes.

Ainsi, la fonderie pourrait être moins encline à traiter des concentrés avec beaucoup d’arsenic, pour une question d’image, et le gouvernement pourrait savoir à quel moment prendre des mesures d’arsenic dans l’air, suggère le professeur.

M. Chartrand propose également d’imposer une limite à la quantité d’arsenic contenue dans les concentrés à la fonderie. Limiter, voire interdire les concentrés avec plus de 2 % d’arsenic ou au moins donner une pénalité monétaire s’ils sont traités, propose-t-il.

La Fonderie Horne n’a pas souhaité nous accorder d’entrevue au sujet de l’approche de l’entreprise quant à l’augmentation de la quantité d’arsenic présent dans les concentrés sur le marché à l’échelle mondiale ou les propositions du professeur.

Dans une entrevue accordée au Téléjournal le 24 octobre dernier, l’entreprise avait toutefois écarté la possibilité de ne plus faire affaire avec certains clients offrant des concentrés en haute teneur d’arsenic. Les actions de la fonderie sont plutôt orientées sur l’amélioration de la captation de l’arsenic, pour éviter qu’il se retrouve dans l’environnement.

La Fonderie Horne doit d’ailleurs dévoiler les grandes lignes de son plan d’action pour réduire ses émissions d’arsenic lundi.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Métaux et minerais

Environnement