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La destitution s’invitera-t-elle dans les prochaines élections présidentielles?

La Chambre des représentants, contrôlée par les démocrates, devrait accuser le président cette semaine. Donald Trump pourrait ensuite être acquitté par le Sénat à majorité républicaine.

Le reportage de Raphaël Bouvier-Auclair

Photo : Associated Press / Patrick Semansky

Raphaël Bouvier-Auclair

À l'aube d'une année électorale, comment le thème de la destitution va-t-il s'inviter dans le débat public? Nous avons posé la question à deux stratèges politiques de Washington, l’une démocrate, l’autre républicain.

Celinda Lake, sondeuse démocrate

Légalement et moralement, nous n’avions pas le choix, lance la sondeuse démocrate Celinda Lake, à propos du déclenchement, il y a quelques mois, d’une enquête en destitution.

La stratège, impliquée depuis des années dans différentes campagnes démocrates, constate que la possible destitution du président obtient l’appui de la majorité des électeurs du parti.

La stratège Celinda Lake collabore depuis longtemps avec différentes campagnes démocrates.

La stratège Celinda Lake collabore depuis longtemps avec différentes campagnes démocrates.

Photo : Radio-Canada / Marcel Calfat

Mais elle croit néanmoins que les démocrates devraient rapidement tourner la page. Compte tenu de la gravité des accusations présentées contre le président, un procès doit se tenir en bonne et due forme au Sénat, explique-t-elle. Mais les élus ne doivent pas s’éterniser.

Les électeurs pensent que rien ne va se passer et que tout cela empêche d’autres réalisations. Ils veulent passer à autre chose.

Celinda Lake, présidente de Lake Research Partners

En menant des groupes de discussion, la sondeuse a par ailleurs constaté que certains sympathisants du parti ont de la difficulté à comprendre pourquoi ce sont des pressions exercées par le président sur l’Ukraine, et pas d’autres décisions controversées de l’administration, par exemple en immigration, qui ont forcé les démocrates à intervenir.

Beaucoup d’électeurs de la base pensent que le président doit être destitué, mais qu’il y a beaucoup d’autres dossiers à considérer, avant même qu’on parle de l’Ukraine, note Celinda Lake.

Si l’élection de 2020 est à propos de la destitution, ça n’aidera personne, ajoute-t-elle, avant de préciser que si la campagne nous permet de parler d’économie, de santé et d’immigration, c’est comme ça qu’on pourra battre Donald Trump.

Cette analyse s’est d’ailleurs reflétée dans les débats à l’investiture démocrate.

Si différents candidats ont fait référence à la procédure de destitution pour s’attaquer à la crédibilité de Donald Trump – Bernie Sanders l’a par exemple qualifié du président le plus corrompu de l’histoire moderne –, le thème n’a été que brièvement abordé au cours des derniers débats.

Alex Vogel, stratège républicain

Il aime bien la bataille, lance, sourire en coin, le stratège républicain Alex Vogel, en référence à Donald Trump. Rassemblement après rassemblement, le président n’hésite pas à lui-même aborder l’enjeu de la destitution.

Chasse aux sorcières et canular font partie des mots que Donald Trump aime répéter, en référence à la procédure en cours au Congrès.

L’enjeu semble galvaniser la base électorale du président. Selon une analyse du magazine Time, sa campagne aurait recueilli 15 millions de dollars dans les 72 heures qui ont suivi l’annonce en septembre du déclenchement d’une enquête en destitution.

Alex Vogel a longtemps travaillé avec des sénateurs républicains.

Alex Vogel a longtemps travaillé avec des sénateurs républicains.

Photo : Radio-Canada / Marcel Calfat

Malgré cet enthousiasme, certains dans le camp républicain estiment qu’en année électorale, l’enjeu de la destitution devrait être relégué au second rang des priorités du parti.

Je ne pense pas qu’aucun républicain ne trouve que c'est une bonne idée de parler du fait que le président est accusé, lance Alex Vogel, qui a longtemps travaillé auprès de sénateurs républicains au Congrès.

En ce sens, le leader de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, entend favoriser un procès expéditif devant le Sénat, pour ne pas s’éterniser alors que plusieurs de ses collègues sénateurs devront défendre leur poste en 2020, parfois dans des courses qui s’annoncent serrées.

Le conseiller Alex Vogel s’attend à ce que le président Trump continue d’attirer l’attention sur la procédure pendant ce procès au Sénat.

Après janvier, quand on va se rapprocher de l’élection de 2020, est-ce qu’il y aura un changement? Je pense que ça devrait être le cas.

Alex Vogel, pdg, Vogel Group

Il est d’avis qu’avec le taux de chômage le plus faible en 50 ans aux États-Unis, Donald Trump devrait plutôt braquer les projecteurs sur la santé de l’économie du pays.

Républicains ou démocrates, les stratèges savent que 2020 sera une année remplie d’inconnus : c’est la première fois de l’histoire américaine qu’un président visé par une procédure de destitution est candidat à sa réélection.

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