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COP25 : désaccord des pays à propos d'un marché mondial du carbone

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Lors des discussions, un délégué du Brésil lève sa main avec une pancarte où est inscrit le nom de son pays.

Le Brésil a été l'un des principaux pays qui ont fait dérailler la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques.

Photo : Reuters / Nacho Doce

Radio-Canada

La Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP25) s'est terminée dimanche à Madrid sans que les pays ne soient parvenus à s’entendre sur la plupart des enjeux discutés. Les pays sont, entre autres, restés dans une impasse sur la manière dont ils entendent réglementer un marché mondial du carbone.

Malgré deux semaines de négociations, les plus longues de l'histoire de la COP, les délégués d'environ 200 pays ont décidé de reporter à la prochaine Conférence des Nations unies sur les changements climatiques, soit l’an prochain, les pourparlers concernant la réglementation des marchés du carbone. Cette question était au cœur des discussions cette année et divisait profondément les participants.

Ce marché du carbone vise à plafonner les émissions de gaz à effet de serre (GES) mondiales. Il permettrait aux pays qui arrivent à dépasser leurs cibles de réduction des GES à vendre des crédits aux pays qui ne sont pas capables de les atteindre, tout en incitant les entreprises à adopter des pratiques écoresponsables, que ce soit en améliorant leur efficacité énergétique ou en utilisant les énergies renouvelables.

Ce système nécessite cependant des règles très précises, notamment pour bien comptabiliser les émissions de GES ou pour vérifier comment se font les échanges de crédits entre pays.

Il a donc été impossible de s’entendre sur ces règles, notamment en raison de l’intransigeance de plusieurs grands émetteurs de GES, dont l'Australie et le Brésil.

Plusieurs participants à la COP25 ont dit préférer l'absence d'un accord plutôt qu'un accord faible, qui aurait pu miner son efficacité.

La rencontre a aussi beaucoup déçu en matière d’aide aux pays en développement. Il a encore été impossible de s’entendre sur l’aide à apporter à ces derniers pour qu’ils puissent s’adapter aux changements climatiques et pour les aider à mettre en place des politiques de réduction des GES. Ce thème fait l'objet de pourparlers depuis des années.

Un refus de changer les façons de faire

Les deux hommes sont face à face et ont une discussion animée.

Le ministre de l'Environnement japonais, Shinjiro Koizumi, discute avec son homologue brésilien, Ricardo Salles, lors de la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques dimanche.

Photo : Reuters / Nacho Doce

L’ensemble des échanges s’est heurté à l’obstruction systématique des États-Unis, qui sortiront de l'Accord de Paris en novembre 2020, de l’Australie, de l’Arabie saoudite et surtout du Brésil, qui ont fait sur tous les sujets des demandes jugées inacceptables.

Ils sont arrivés samedi, ces pays-là, comme s’il n’y avait pas eu deux semaines de discussions. C’est comme s’ils avaient fait table rase de toutes leurs demandes et on est presque repartis de zéro, souligne l’envoyé spécial de Radio-Canada à Madrid, Étienne Leblanc.

Après une année d’une forte mobilisation environnementale mondiale, entre autres chez les jeunes, au cours de laquelle trois rapports alarmants du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) ont été publiés, la pression était forte pour parvenir à un accord significatif.

Il y avait certaines attentes pour ce texte, et on a l’impression que tout ce qu’on demandait a été évacué, note Étienne Leblanc.

La version finale du texte adoptée dimanche reconnaît l'existence d'une « lacune importante » entre les engagements existants et les objectifs en matière de température adoptés dans le cadre de l 'Accord de Paris.

L'assemblée a souligné lors de sa séance de clôture le besoin urgent d'agir contre le réchauffement climatique.

Quant au secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, il s'est dit déçu des résultats de la rencontre.

La communauté internationale a perdu une occasion importante de faire preuve d'une ambition plus grande en matière d'atténuation, d'adaptation et de financement face à la crise climatique. Nous ne devons pas abandonner.

Antonio Guterres

Bolsonaro défiant

Le président du Brésil, Jair Bolsonaro, dont le pays devait d'abord accueillir la COP25 avant que le Chili, puis l'Espagne, ne prennent le relais, a fortement critiqué dimanche la conclusion des négociations dans la capitale espagnole.

Il a dénoncé au passage le « jeu commercial » auxquels se seraient livrés les pays européens, dit-il.

Je ne sais pas pourquoi les gens n'arrivent pas à comprendre que c'est juste un jeu commercial, a-t-il affirmé.

J'aimerais bien savoir : y a-t-il eu une résolution pour que l'Europe soit reboisée ou est-ce qu'ils continuent juste à perturber le Brésil?

Son ministre de l'Environnement, Ricardo Salles, a lui aussi critiqué la conclusion de la conférence, jugeant qu'elle n'avait débouché sur rien [...] parce que les pays riches n'ont pas voulu mettre la main à la poche.

Malheureusement, malgré tous les efforts du Brésil, une vision protectionniste l'a emporté et le Brésil et d'autres pays qui pourraient fournir des crédits carbone en raison de leurs forêts et de leurs bonnes pratiques environnementales, sont sortis perdants, a-t-il ajouté.

Jair Bolsonaro, climatosceptique notoire, critique régulièrement les états industriels, et plus particulièrement l'Europe, qu'il accuse d'ingérence dans les affaires intérieures brésiliennes, notamment la gestion des incendies qui ont dévasté une partie de la forêt amazonienne.

Des appels de Greta Thunberg

Quatre personnes sont alignées sur une potence artisanale et ont la corde au cou.

Des membres du mouvement écologiste Exctinction Rebellion ont pris part samedi à une manifestation devant l'endroit où se tient la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques, à Madrid.

Photo : Reuters / Nacho Doce

Il semble que la COP25 soit en train de tomber en morceaux. La science est claire, mais la science est ignorée, a tweeté pendant la nuit la jeune combattante du climat Greta Thunberg, qui a inspiré des millions de jeunes descendus dans la rue depuis un an pour réclamer des mesures radicales et immédiates afin de limiter le réchauffement de la planète.

Quoi qu'il arrive, nous n'abandonnerons pas. Nous ne faisons que commencer, a ajouté l'adolescente suédoise, vedette de cette conférence climat de l'ONU pendant plusieurs jours cette semaine.

Cette COP25 est celle qui a été la plus prolongée depuis le début de l'existence de cette réunion en raison des divisions entre les parties. Elle devait théoriquement finir vendredi soir.

Samedi matin, une proposition de texte de la présidence chilienne a entraîné une fin de non-recevoir de nombreux pays, pour des raisons parfois diamétralement opposées, les uns réclamant plus d'audace, les autres traînant les pieds.

Nous ne pouvons pas dire au monde que nous baissons nos ambitions dans la lutte contre le changement climatique.

Frans Timmermans, vice-président de la Commission européenne

Au rythme actuel des émissions de gaz à effet de serre, le mercure pourrait gagner jusqu'à 4 ou 5 °C d'ici la fin du siècle. Même si les quelque 200 signataires de l'Accord de Paris respectent leurs engagements, le réchauffement dépasserait 3 °C.

Tous les États devront soumettre d'ici la COP26 à Glasgow une version révisée de leurs engagements. À ce stade, quelque 80 pays se sont engagés à présenter un rehaussement de cette ambition, mais ils ne représentent qu'environ 10 % des émissions mondiales.

Et quasiment aucun des plus grands émetteurs, soit la Chine, l'Inde et les États-Unis, ne semble vouloir rejoindre ce groupe. Seule l'Union européenne a entériné cette semaine à Bruxelles l'objectif de neutralité climatique d'ici 2050. Mais sans la Pologne, très dépendante du charbon. Et les Européens ne se prononceront pas avant l'été sur le relèvement de leurs engagements pour 2030.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Associated Press

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