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Des chèvres à la conquête des mauvaises herbes

Gros plan d'une chèvre qui broute de l'herbe.

Près de 400 chèvres broutent la végétation du parc Rundle, l'un des plus grands espaces verts d'Edmonton.

Photo : Radio-Canada

Marc-Yvan Hébert

Plusieurs municipalités en Alberta recrutent des chèvres pour les aider dans leur combat contre les mauvaises herbes nuisibles, une méthode qui permet d’éviter la pulvérisation de milliers de litres de produits chimiques, explique La semaine verte.

En septembre 2019, la bergère Jeannette Hall arrive au parc Rundle, accompagnée de son troupeau de 400 chèvres.

Elles ont été mobilisées pour brouter la végétation du parc, l’un des plus grands espaces verts d’Edmonton.

Nous décidons de ce que les chèvres mangent et ne mangent pas.

Jeannette Hall, BAAH'D Plant Management & Reclamation

Mais attention, les chèvres ne mangent pas n’importe quelle plante. Elles ciblent quelques mauvaises herbes invasives : le chardon, l’euphorbe, la tanaisie et la bardane.

Elles se déplacent continuellement à l’intérieur d’un secteur en cherchant ces plantes. Les chèvres broutent de façon méthodique, explique Jeannette Hall. Elles commencent par manger le haut de la plante, où sont produites les graines, et ensuite, elles s’attaquent aux feuilles.

La chèvre bien adaptée à ce travail

Diplômée en études environnementales, Jeannette Hall a fondé, en 2015, une entreprise qui se spécialise dans le contrôle biologique des mauvaises herbes.

Elle se procure alors quelques centaines de chèvres, des animaux bien adaptés à lutter contre les herbes nuisibles, selon la bergère.

La sève blanche à l’intérieur de ces plantes est toxique. Mais l’estomac des chèvres contient des enzymes qui leur permettent de digérer la plante et d’en détruire les graines, souligne-t-elle.

On les habitue à manger ces mauvaises herbes en plaçant d’abord des gâteries dans les auges, puis on intègre les plantes. Pour la chèvre, la mauvaise herbe devient une gâterie.

Jeannette Hall
Des passants s'arrêtent pour regarder des dizaines de chèvres brouter l'herbe.

Les chèvres mangent surtout le chardon, l’euphorbe, la tanaisie et la bardane.

Photo : Radio-Canada

Jeannette Hall voyage de site en site avec ses chèvres, embauchée surtout par des municipalités rurales. Avec son mari, elle passe l’été dans une roulotte pour surveiller le troupeau.

En 2017, elle décroche un contrat de trois ans dans le parc Rundle, un espace vert de 120 hectares où les mauvaises herbes ont par endroits pris le dessus.

Le but, c'était de voir si les chèvres allaient s'adapter et faire le travail qu'on voulait, explique Olivier Le Tynevez-Dobel, superviseur au Service des parcs et des routes d’Edmonton. On souhaitait aussi recueillir autant d'information analytique que possible.

Edmonton cherche des solutions vertes

Edmonton, la capitale albertaine, cherchait depuis quelques années des solutions écologiques pour entretenir ses espaces verts.

En 2015, la ville interdisait, sur son territoire, l’utilisation d’herbicides chimiques à des fins esthétiques. Mais pour les mauvaises herbes invasives, qui présentent souvent des risques pour la santé publique, elle doit tout de même recourir aux produits chimiques.

Les gestionnaires décident alors de tenter l’expérience avec des chèvres. Edmonton affiche un nouveau poste : celui de coordonnateur municipal de chèvres.

L’annonce, inusitée, devient virale.

On avait mis une offre d'emploi qui était un peu rigolote. Ça a fait le tour du monde!

Olivier Le Tynevez-Dobel

C’est Joy Lakhan qui décroche le poste. Elle est convaincue de l’importance de ce genre d’initiative.

Les gens de ma génération veulent ce genre de projets novateurs dans leurs villes et leurs municipalités, souligne-t-elle.

Jannette Hall discute avec Joy Lakhan et Olivier Le Tynevez-Dobel.

Jannette Hall discute avec Joy Lakhan et Olivier Le Tynevez-Dobel.

Photo : Radio-Canada

Empêcher la reproduction de la plante

Le troupeau de Jeannette Hall visite le parc Rundle trois fois par année.

Elle explique qu’il est essentiel de s’y rendre d’abord au printemps, si on veut être là pour court-circuiter le cycle de reproduction de la plante. Du coup, souligne-t-elle, ça permet aux plantes indigènes de se reproduire sans avoir de concurrence.

Puis les chèvres reviennent en juillet pour s’attaquer aux repousses.

Dans certains secteurs du parc, les fleurs violettes du chardon disparaissent du jour au lendemain. Les chèvres les ont toutes broutées, empêchant les plantes de libérer leurs graines, affirme Jeannette Hall.

Dans un parc aussi fréquenté, les chèvres attirent bien des curieux. Les piétons et les cyclistes s’arrêtent souvent par dizaines pour observer le troupeau.

Comme il n’y a pas de clôture, les gens peuvent s’approcher des chèvres. Elles ne sont pas très intimidantes.

Jeannette Hall

Pour les gestionnaires comme Olivier Le Tynevez-Dobel, cette initiative vise aussi à encourager le public à se poser des questions quant à l’utilisation de produits chimiques.

Pour moi, souligne-t-il, c’est important de conscientiser les habitants de cette nécessité de prendre ce virage au niveau de l’entretien des espaces verts.

Un montage photo montre qu'en 2017, le parc était plein de mauvaises herbes, tandis qu'en 2019, presque aucune mauvaise herbe n'est présente.

Désormais, les mauvaises herbes sont à peine visibles par endroits, ce qui n’était pas le cas en 2017.

Photo : Courtoisie : Ville d'Edmonton

D’autres grandes villes canadiennes tentent aussi cette technique.

Le parc Maisonneuve, à Montréal, accueillait quelques chèvres et moutons à l’été 2019, tandis que Calgary reçoit aussi la visite du troupeau de Jeannette Hall.

Des résultats prometteurs

À l’automne 2019, lors de la dernière visite des chèvres au parc Rundle, la bergère nous montre des secteurs qui ont été complètement transformés depuis le début du projet pilote de trois ans.

Les mauvaises herbes sont à peine visibles par endroits, ce qui n’était certainement pas le cas en 2017.

Les mauvaises herbes rampaient sous les arbres, jusqu’à la rivière, se souvient Jeannette Hall. C'était dangereux de marcher ici, avec tous les déchets cachés dans l’herbe.

Ce qui est d’autant plus remarquable, dit-elle, c’est que les espèces de plantes indigènes reprennent le dessus : C’est l’évolution naturelle, et c’est exactement ce qu’on veut!

Après le départ des chèvres, les employés de la ville d’Edmonton mesurent la densité des mauvaises herbes nuisible dans le parc.

Ces données permettront à la ville de décider si les chèvres reviendront chaque année pour reprendre le combat contre ces plantes invasives.

Je suis débordé de courriels, de questions. Beaucoup de gens sont curieux et me demandent des devis.

Jeannette Hall

Jeannette Hall, entre-temps, anticipe que ses étés risquent d’être de plus en plus occupés.

Si l’horaire est exigeant, elle puise son énergie dans sa conviction que le travail accompli par ses 400 compagnes permet d’assainir peu à peu notre environnement.

Je me sens bien quand je pense que, grâce à mes chèvres, des litres et des litres d’herbicide n’ont pas été pulvérisés sur ces terres. Il est grand temps de changer notre façon de faire.

Jeannette Hall

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Environnement