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Être environnementaliste en Alberta

De gauche à droite, les images de : Harvey Locke, Vincent Morales, Joe Vipond et Carolyn Campbell.

Ces quatre environnementalistes ont vécu des expériences différentes en défendant la planète en Alberta.

Photo : Radio-Canada / Mylène Briand

Stéphanie Rousseau

Est-il plus difficile de défendre l’environnement en Alberta qu’ailleurs sur la planète? Nous avons rencontré quatre écologistes de la province pour connaître leurs impressions.

Ici, il y a un silence

Le Français Vincent Morales a quitté sa terre natale pour devenir analyste en économie propre pour le groupe environnemental l'Institut Pembina à Calgary. Il a choisi l’Alberta après un échange étudiant à Sherbrooke au Québec.

J'avais envie de découvrir une autre province et l'Alberta c'est vraiment une place où il y a beaucoup de progrès à faire en termes de lutte contre le dérèglement climatique et c’est ce qui m’a amené à venir m’installer ici, dit-il.

Vincent Morales se tient debout pendant une entrevue.

L'environnementaliste Vincent Morales de l'Institut Pembina a déménagé de France pour venir s'installer en Alberta.

Photo : Radio-Canada

Dès son arrivée, il a constaté qu’il faut prendre plus de gants blancs pour parler des émissions de gaz à effet de serre et de la transition énergétique.

Ici il y a vraiment un silence. Il y a peu d’Albertains qui parlent des changements climatiques et c'est vraiment facile quand on démarre une conversation sur ce sujet de faire face à un refus d'engager avec un interlocuteur albertain. Ça m’a demandé un peu d'adaptation et de faire attention au langage utilisé. Il y a des gens qui, soit, ne sont pas éduqués du problème climatique mais en faisant attention au langage, il y a manière de casser cela et d’avoir une conversation, explique-t-il.

Une foule de manifestants dans les rues d'Edmonton.

Les jeunes du monde entier manifestent pour exiger des actions plus ambiteuses contre les changements climatiques.

Photo : Radio-Canada / MARIE CHABOT-JOHNSON

Un médecin pas comme les autres

Comme Vincent Morales, l’urgentiste Joe Vipond passe tous ses moments libres à défendre la planète.

Il copréside le groupe citoyen Calgary Climate Hub et est membre du conseil d’administration de l’Association canadienne des médecins pour l’environnement.

Nous faisons face à une crise existentielle. Pour moi, il faut lutter pour le futur de mes filles. C'est la chose la plus importante de ma vie, ajoute-t-il.

Joe Vipond debout devant une carte présentant les fluctuations de température sur la planète pendant une présentation sur les changements climatiques.

Le médecin Joe Vipond donne un atelier sur les changements climatiques à ses collègues du monde médical.

Photo : Radio-Canada

Pour lui, pas de doute que son engagement face à la question climatique se vit différemment en étant en Alberta.

C'est totalement différent parce que l'identité des Albertains est vraiment associée avec l'huile, le gaz et le charbon.

Mais la réalité si on veut survivre, c’est qu’il faut arrêter ces productions et relativement vite. Si on gagne lentement cette bataille, c’est la même chose que de la perdre, argumente t-il.

Vue aérienne des sables bitumineux dans la région de Fort McMurray.

Selon plusieurs évaluations, les sables bitumineux sont en grande partie responsables du piètre bilan environnemental du Canada.

Photo : Reuters / Todd Korol

Une relation plus complexe qu’il n’y paraît

Mais selon les environnementalistes Harvey Locke et Carolyn Campbell, les Albertains sont loin de la caricature qu’on en fait souvent et il est faux de les traiter de pollueurs.

Actuellement, il y a vraiment beaucoup de tensions à propos des oléoducs et des gaz à effet de serre, mais la nature est très importante pour les Albertains

Harvey Locke, environnementaliste

Il faut expliquer ce qu’on veut dire par environnement. Si on parle des changements climatiques, sur cette question particulière, je pense qu’en Alberta il y a beaucoup de monde préoccupé parce que cela veut dire pour l'industrie pétrolière, mais de l’autre côté, il y a toujours une très grande inquiétude à propos de la nature dans la province qui est juste dans l'ADN des gens selon moi, ajoute Harvey Locke.

Carolyn Campbell assise à un bureau. Elle regarde une carte posée sur la table devant elle.

Carolyn Campbell de l'Alberta Wilderness Association travaille sur divers dossiers environnementaux liés à la faune en Alberta, notamment sur la protection du caribou.

Photo : Radio-Canada

Carolyn Campbell, qui est spécialiste en conservation à l’Alberta Wilderness Association, est d'accord.

Généralement, partout au Canada et en Alberta, les gens nous soutiennent, affirme t-elle.

Une famille de grizzly

Les grizzlys ont besoin d'un certain pourcentage de masse graisseuse pour se reproduire et élever leurs oursons.

Photo : iStock

Si beaucoup soutiennent le développement des ressources naturelles, ils veulent que ce soit fait de manière durable, sans dommage à l’environnement ou à la faune et ça n’a pas changé, dit-elle.

Les difficultés viennent parfois quand on dit aux gens il faut changer vos habitudes, mais c’est partout pareil, ce n’est pas juste en Alberta

Carolyn Campbell, spécialiste en conservation à l’Alberta Wilderness Association

Unis contre le war room

Si un sujet semble faire l’unanimité parmi les intervenants rencontrés, c’est leur opposition à l’attaque en règle que mène actuellement le gouvernement de Jason Kenney contre les groupes environnementaux.

Le premier ministre de l'Alberta, Jason Kenney lors d'un discours.

Le gouvernement de Jason Kenney a annoncé la création d'un centre consacré à défendre l'industrie des énergies fossiles.

Photo : La Presse canadienne / Jeff McIntosh

La province a lancé le Centre de l’énergie canadienne, communément appelé war room, pour redorer l’image des industries fossiles et s’attaquer à ce que le gouvernement qualifie de désinformation par les environnementalistes.

L’Institut Pembina fait partie des groupes ciblés, ce qui décourage Vincent Morales.

Récemment, on a été ciblé par le gouvernement comme des environnementalistes radicaux qui veulent simplement éradiquer l'économie locale. Même personnellement au bureau on a eu des gens qui mettent des autocollants anti environnement sur les portes. C'est parfois difficile, mais après quand on voit l'impact positif qu'on arrive à avoir et les progrès sur certaines politiques, ça aide, dit Vincent Morales.

Une affiche « I love Oil and Gas » à une fenêtre de l'assemblée législative.

Des affiches pro-pipelines sont collées à l'intérieur des fenêtres de l'assemblée législative à Edmonton pendant une manifestation pour le climat.

Photo : Radio-Canada / Terry Reith

Joe Vipond aussi est choqué que le gouvernement investisse 30 millions de dollars dans cette initiative, alors que le gouvernement a imposé d’importantes compressions au secteur public dans son dernier budget.

C'est le même montant que le programme des déjeuners dans les écoles publiques qui a été coupé. C'est incroyable que ça se passe dans ma province!

Joe Vipond, médecin et environnementaliste

Un futur moins polarisé

Même si la tâche n’est pas toujours simple, tous trouvent quand même important de continuer à défendre la planète. Ils souhaitent des discussions constructives à l’avenir, au lieu des débats parfois très polarisés sur ces questions fondamentales.

On voit que les deux côtés semblent s'éloigner. Entre les hard rights et les progressives, c’est plus difficile de parler, ce qui est dommage, dit Joe Vipond.

Harvey Locke souhaite aussi que les environnementalistes d’autres provinces tempèrent leurs attaques contre le projet Trans Mountain, qu’il trouve démesurées.

Harvey Locke dehors l'hiver pendant une entrevue à Banff. Les montagnes Rocheuses sont derrières lui.

Harvey Locke est un rare environnementaliste à défendre le projet de pipeline Trans Mountain.

Photo : Radio-Canada

C'est idiot je trouve des deux bords que ça doit se calmer et avoir une conversation plus profonde. Mais selon moi, laisse faire cet oléoduc et avançons sur une conversation plus profonde, explique Harvey Locke.

Des tuyaux sur un chantier de Trans Mountain à Edson, en Alberta.

Un chantier de Trans Mountain à Edson, en Alberta.

Photo : Radio-Canada / Terry Reith

Les Albertains vont réagir si ailleurs au Canada, on traite le pétrole d’ici de sale et franchement, je comprends pourquoi. De l’autre côté, certains pensent que l'hydro-électricité et les grands barrages sont une énergie verte, mais ça détruit les rivières c'est un désastre pour l'écologie, dit-il.

Quand on parle de l'Alberta, il faut être subtil. Actuellement, il y a une partie de la population qui est très, très préoccupée avec l'avenir de l'industrie pétrolière et les débats sur la place publique sont très intenses et ils prennent les attaques contre leur industrie très personnellement. Mais je ne pense pas que cela veut dire que le monde ici veut détruire l'environnement, ajoute Harvey Locke.

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Alberta

Changements climatiques