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Des agents de la GRC inquiets : l'édifice contaminé de Kemptville avait un jumeau

Un motage photo des deux édifices.

Ces bunkers de la guerre froide situés à Carleton Place (à gauche) et Kemptville (à droite) ont plus tard été utilisés par la Gendarmerie royale du Canada comme centres de formation.

Photo : journals.lib.unb.ca

« Pourriez-vous faire circuler un message demandant à tout ancien membre [...] qui a été hébergé à Carleton Place et qui a des problèmes médicaux de me contacter? »

Cette note a été envoyée par l'Association des vétérans de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) à ses membres, partout au pays, en réaction à un reportage de Radio-Canada sur un autre ancien édifice de la GRC, celui-là à Kemptville.

C'est que l'immeuble de Kemptville, qui s'est avéré contaminé, avait un bâtiment jumeau à Carleton Place.

Les deux édifices, situés dans des municipalités près d'Ottawa, ont servi de centres de formation pour des escouades spécialisées de la police fédérale, dont les agents venaient de partout au Canada.

Une carte montre que Carleton Place et Kemptville sont situées respectivement à l'ouest et au sud-ouest d'Ottawa.

Les communautés de Carleton Place et de Kemptville sont toutes deux situées en périphérie d'Ottawa.

Photo : Radio-Canada

Après avoir été contactée par de nombreux membres inquiets, l'Association des vétérans de la GRC a lancé un appel à tous pour tenter de répertorier les cas possibles de maladies.

Notre reportage a révélé que plusieurs membres de la GRC qui ont suivi un programme d'entraînement à Kemptville de 1988 à 2006 ont éprouvé des troubles de santé après leur passage dans cet édifice. Notre enquête a aussi identifié au moins six membres de la GRC qui sont morts prématurément de maladie neurologique ou de cancers.

L'édifice de Kemptville renfermait notamment de l'amiante, de la silice, des moisissures toxiques, ainsi que du plomb dans l'eau et dans la peinture.

Des agents malades

Un édifice identique existait à Carleton Place, construit à la même époque et apparemment avec les mêmes matériaux, peut-on lire dans la note de l'Association des vétérans de la GRC envoyée le 5 décembre 2019 et dont Radio-Canada a obtenu copie.

Des flammes sortent du toit de l'édifice.

L'ancien Centre de formation de la GRC à Carleton Place a été détruit par un incendie en 2016.

Photo : Metroland/Tara Gesner

En effet, le Centre de formation de la GRC, qui était situé au 7270, route rurale 29, à Carleton Place, était lui aussi un ancien bunker construit au début des années 1960, durant la guerre froide.

L'immeuble a servi de centre de formation pour le Groupe tactique d'intervention (GTI), une escouade experte dans le maniement d'armes spécialisées, de 1981 à la fin des années 80.

De 1986 à 1989, l'édifice a aussi hébergé le quartier général de l'équipe antiterroriste, appelée officiellement Groupe spécial d'intervention d'urgence (GSIU, ou SERT en anglais).

Trois policiers cagoulés tirent sur des cibles de papier.

L'ancienne équipe antiterroriste de la GRC à l'entraînement en 1986 (archives)

Photo : CBC

Je sais qu'un certain nombre de nos anciens membres de l'équipe SERT sont aux prises avec des problèmes médicaux de nature similaire, mais il n'y a aucun moyen de savoir pour le moment si l'établissement de Carleton Place a contribué à ces situations, a écrit l'Association des vétérans de la GRC.

Dans sa note, l’Association demande à tous les anciens membres qui ont été hébergés à Carleton Place et qui ont des problèmes médicaux de communiquer avec elle.

Joint au téléphone, l'instigateur de la lettre, Sandy Glenn, a expliqué que le reportage de Radio-Canada a provoqué une onde de choc chez les membres retraités. M. Glenn, lui-même un ancien membre du Groupe spécial d'intervention d'urgence, dit avoir reçu plusieurs appels de confrères inquiets.

Deux anciens membres de SERT ont reçu un diagnostic de neuropathie périphérique et trois autres souffrent de symptômes semblables et vont consulter leurs médecins, a-t-il indiqué. Il s'agit d'une maladie du système nerveux qui s'attaque d'abord aux mains et aux pieds.

L'édifice ressemble à des baraques militaires.

L'ancien Centre de formation de la GRC à Carleton Place (archives)

Photo : Gracieuseté de Ric Hall

D'anciens agents qui sont malades et qui ont été formés à Carleton Place ont aussi communiqué directement avec Radio-Canada.

Sandy Glenn prévient que la cueillette d'information ne fait que commencer et qu'il est beaucoup trop tôt pour affirmer que l'immeuble est responsable des cas de maladie.

Il rappelle que les membres de son équipe ont utilisé énormément d'explosifs durant leur carrière. On a été exposés à de nombreux éléments nocifs. L'édifice en était peut-être un de plus, a-t-il indiqué.

Ancienne école des spéciales I

Sandy Glenn souligne que les Affaires spéciales I ont aussi utilisé l'immeuble de Carleton Place durant plusieurs années avant leur déménagement à Kemptville, en 1988.

Les agents de cette escouade perçaient des trous dans les murs, le plafond et le ciment afin de s’exercer à installer de l'équipement de surveillance.

Évidemment, s'ils perçaient des trous dans l'édifice et qu'il y avait de l'amiante, ça s'est retrouvé dans l'air et on respirait cet air-là, affirme M. Glenn.

À la suite du reportage de Radio-Canada sur Kemptville, la GRC a envoyé une note interne aux membres des Affaires spéciales I confirmant que cet édifice avait renfermé des substances dangereuses et s'engageant à en informer, par lettre, tous les membres formés à cet endroit.

Le 12 décembre, nous avons demandé à la GRC si elle avait aussi été mise au courant de la présence de contaminants dans l'édifice de Carleton Place. Au moment de publier cet article, elle n'avait toujours pas répondu.

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