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Maman « solo » plutôt que monoparentale

Une femme portant un chandail bleu regarde la caméra.

Dans la quarantaine, Corinne a eu recours à la fécondation in vitro pour avoir un enfant seule. Elle se définit comme une « mère solo » et non monoparentale.

Photo : Radio-Canada / Christelle D'Amours

Christelle D'Amours

Lorsqu’elle annonçait sa grossesse, elle devait essuyer les critiques. Lorsqu’elle a su qu’elle attendait un garçon, elle devait répondre à des questions aussi incongrues que : « Mais comment vas-tu lui montrer à faire pipi? ». La future maman vivait déjà les premiers défis de sa nouvelle aventure : à 41 ans, Corinne a eu recours à une fécondation in vitro pour avoir un enfant… solo.

Exceptionnellement, le nom de famille de l’intervenante a été volontairement retiré de ce reportage pour protéger l’identité de son enfant, afin d’éviter toute répercussion sur son avenir.

Corinne a déjà été en couple et s’est même mariée. Les aléas de la vie ont toutefois fait en sorte qu’elle n’a pas pu fonder une famille avec un partenaire amoureux. En couple, pas en couple, l’enfant n’arrivait pas, alors j’ai décidé de faire un enfant "solo par choix'', témoigne-t-elle.

Quand un couple fait des enfants, c’est pour représenter leur amour. Quand un parent solo le fait, c’est pour l’enfant en lui-même. Ce n’est pas pour la représentation d’une idée, d’un amour, d’une histoire.

Corinne, mère « solo par choix »

Au terme d’une longue réflexion au cours de laquelle elle s’est questionnée sur ses capacités psychologiques, financières, sur la possibilité d’adopter et sur ses motivations profondes, la Canadienne d’adoption a fait le choix de recourir à une banque de donneurs de sperme internationale pour procéder à une fécondation in vitro.

À 41 ans, elle donnait naissance à un fils qui grandirait sans son père biologique et à des kilomètres de son noyau familial résidant en France.

Dans une neutralité presque désarmante, Corinne raconte comment elle jongle quotidiennement avec les opinions et les jugements sans fondement. Et la question qui revient le plus souvent la confronte à l’absence d’un père dans la vie de son fils : « Comment vas-tu combler cet écart-là? »

Dans la société actuelle, on n’est pas toujours deux ou [en duo] homme et femme. Il peut y avoir deux mamans, deux papas aussi. Je pense que le référent, c’est l’adulte, répond-elle à ses détracteurs.

Ça a été planifié, pesé, contre-pesé, évalué. Ce n’est pas un aboutissement et je ne crois pas que ce soit un choix égoïste. Après, chacun a sa vision des choses.

Corinne, mère « solo par choix »

Malgré son ouverture d’esprit face à la diversité des modèles familiaux, elle a tout de même dû trouver des réponses aux questions de son fils qui, elles, n’ont pas tardé.

Une maman tient son enfant par la main sur une plage de galets devant la mer.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Corinne et son fil aiment partager des moments au bord de la mer.

Photo : Avec la gracieuseté de Corinne

« Et moi, est-ce que j’ai un papa? »

Le petit bonhomme avait trois ans et demi lorsqu’il a posé la question pour la première fois. L’explication a évolué avec les années, au gré de sa capacité à comprendre.

L’histoire du papa qui a donné une graine à la maman a suffi un bout de temps. Jusqu’à ce que le garçon demande à avoir des frères et sœurs. Je lui ai expliqué que, d’abord, il fallait que je rencontre un monsieur, un papa d’amour, que la graine devait pousser et qu’à mon âge, peut-être qu’il y aurait des difficultés à faire pousser une graine!, raconte la quadragénaire en riant.

Fiston a même demandé à Corinne d’« adopter » un papa qui avait déjà des enfants. Il fait très bien la différence entre les papas de cœur et les papas biologiques. C’est tout un cheminement et je l’accompagne au fil du temps, souligne-t-elle.

Un jour, il lui a dit : « Si le monsieur t’a donné une graine, peut-être qu’il a donné des graines à d’autres mamans? ». J’ai dit : "Oui, peut-être". Et il ma dit : "Est-ce que tu peux chercher?", poursuit la mère de l’enfant, qui est aujourd'hui âgé de six ans.

Comme elle s’était promis de ne jamais entraver le désir de son fils s’il désirait connaître ses origines, Corinne s’est mise à chercher.

Une grande famille

Puisque la maman solo avait choisi un donneur à découvert - c’est-à-dire un homme qui accepte de dévoiler son dossier médical et familial, et qui fournit une photo de lui enfant et adulte - ses recherches ont été faciles. Elle a pu échanger avec les familles d’autres enfants issus du même géniteur qui habitent en Europe et aux États-Unis.

Une relation particulière s’est entre autres tissée avec une autre maman solo qui habite outre-mer avec sa petite fille, très proche en âge du fils de Corinne. Cette année, elles viendront même passer le temps des Fêtes au Canada.

Plusieurs des enfants du même donneur, que Corinne appelle les demi-frères et demi-sœurs de son fils, échangent quotidiennement sur les réseaux sociaux et par le biais des applications. Ils se donnent des nouvelles et se disent qu’ils s’aiment, parfois en français et d’autres fois en anglais, en allemand et en suédois.

Ils ont une connexion et moi, je trouve ça génial, parce qu’en tant que parent solo, notre plus grande peur, c’est de laisser notre enfant tout seul s’il nous arrive quelque chose, avoue Corinne.

Deux femmes discutent : l'une est de dos et l'autre de face

Corinne en entrevue avec l'animatrice de l'émission « Les Malins », Jhade Montpetit.

Photo : Radio-Canada / Christelle D'Amours

Du chemin à faire

Des groupes de soutien existent sur les réseaux sociaux et sont d’une grande aide, selon la maman solo. Elle y trouve notamment des réponses aux nombreuses problématiques que peuvent rencontrer les parents solos face aux institutions gouvernementales. Elle donne l’exemple des douanes, dont les représentants demandent de nombreux papiers prouvant que l’enfant n’a qu’un seul parent et que ce dernier n’essaie pas de sortir du pays avec le bambin sans autorisation.

Pour la femme de 47 ans, il est grand temps que le système public reconnaisse le statut de parent solo au même titre que « les autres minorités qui existent dans la parentalité ».

La parentalité solo, maintenant, je pense que c’est un nouveau sujet qui est très peu traité, très peu connu, mais qui existe!

Corinne, mère « solo par choix »

Toutefois, selon Corinne, le plus grand défi des familles de la nouvelle génération réside dans les mœurs sociales.

Elle ne compte plus les fois où elle a osé dire qu’elle était épuisée et qu’on lui a répondu : « Tu l’auras cherché! » Pourtant, la quadragénaire affirme faire face aux mêmes épreuves que les parents qui élèvent des enfants à deux, fatigue incluse.

Que ce soient des enfants adoptés, faits par fécondation in vitro, par insémination artificielle ou de façon naturelle [...], la charge de travail est la même, rappelle-t-elle.

Il y a vraiment un changement de mentalité à faire : qu’on soit parent solo, mono, hétéro, gai ou tout ce que vous voulez, élever un enfant, c’est un travail à temps plein.

Corinne, mère « solo par choix »

Corinne insiste néanmoins sur l’importance de ne pas généraliser ses propos. Elle pense que chaque parent solo est différent et suivra le parcours qui lui convient. Pour sa part, elle assume totalement ses choix.

C’est la plus belle aventure que j’aie jamais vécue et je suis vraiment la plus fière des mamans!, dit-elle, les yeux brillants.

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Ottawa-Gatineau

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