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Donald Trump, de profil.

Tout indique que Donald Trump deviendra bel et bien le quatrième président à faire face à une procédure de destitution.

Photo : Getty Images / Mark Wilson

Sophie-Hélène Lebeuf

Le Comité judiciaire de la Chambre des représentants a voté en faveur des deux chefs d'accusation retenus contre le président, soit abus de pouvoir et entrave au travail du Congrès.

Sans surprise, les deux chefs d'accusation ont été adoptés selon les lignes partisanes, à 23 voix contre 17, l'un des démocrates étant absent pour cause de maladie.

Le dossier se transportera donc devant l'ensemble de la Chambre des représentants, qui se prononcera à son tour la semaine prochaine, vraisemblablement mercredi, selon des médias américains.

L'issue du vote a été scellée en moins de 10 minutes, mais c'est surtout parce que le président du Comité, Jerry Nadler, a suspendu la séance de la veille, qui s'est étirée sur 14 heures en raison des amendements déposés par les républicains. La décision de mettre un terme aux travaux – au cours desquels les débats étaient acrimonieux, et les mêmes arguments répétés à l'envi – avait mis en colère les élus républicains.

Le président du Comité judiciaire de la Chambre des représentants, Jerry Nadler, et le républicain le plus haut placé du Comité, Doug Collins, assis côte à côte, regardent vers leur bureau.

Le républicain le plus haut placé du Comité judiciaire de la Chambre des représentants, Doug Collins (à droite), a critiqué la façon dont le président du Comité, Jerry Nadler (à gauche), a mené les audiences.

Photo : Getty Images / AFP/SAUL LOEB

La déclaration de Jerry Nadler après sa sortie de la salle a été laconique. Aujourd'hui est un jour solennel et triste. La Chambre agira rapidement, a-t-il dit.

S'adressant aux journalistes depuis la Maison-Blanche peu après le vote, le président Trump a de nouveau déploré une chasse aux sorcières. Il a aussi répété que l'appel du 25 juillet avec son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky, était parfait.

Interrogé sur sa préférence pour la tenue de brèves ou de longues procédures si le dossier aboutit devant le Sénat – ce qui semble assuré –, il a répondu ne pas s'opposer à un long procès si cela avait pour résultat de convoquer davantage de témoins, dont le lanceur d'alerte à l'origine de l'enquête.

Je ferai ce que je veux. Regardez, nous n'avons rien fait de mal, alors ce sera long ou court.

Donald Trump

La Maison-Blanche a réagi au vote du Comité par un communiqué lapidaire. Cette mascarade désespérée qui sert d'enquête en destitution du Comité judiciaire de la Chambre est arrivée à sa fin honteuse. Le président attend avec impatience de recevoir du Sénat le traitement équitable et le processus équitable qui continuent de lui être honteusement refusés par la Chambre, peut-on lire dans le document signé Stephanie Grisham, porte-parole de la Maison-Blanche.

Le républicain le plus haut placé du Comité, Doug Collins, a pour sa part dénoncé l'abus de pouvoir des démocrates.

Les avocats du président avaient refusé de participer aux auditions du Comité judiciaire.

Les démocrates accusent le président d'avoir voulu extorquer au président ukrainien la tenue d'enquêtes favorables à sa réélection en utilisant comme levier une aide militaire de 391 millions de dollars. Ils concluent que Donald Trump a ainsi compromis la sécurité nationale pour son bénéfice personnel.

Une première enquête aurait porté sur celui qui pourrait être l'adversaire politique de Donald Trump en 2020, l’ex-vice-président démocrate et candidat à l'investiture démocrate Joe Biden, ainsi que sur son fils Hunter, qui a eu des intérêts financiers en Ukraine.

La deuxième se serait concentrée sur ce que le président Trump considère comme de l'ingérence de la part de l'Ukraine dans la présidentielle américaine de 2016 – une théorie mise de l'avant par la Russie.

McConnell déjà critiqué par les démocrates

Si au moins l'un des deux chefs d'accusation est approuvé par la Chambre à la majorité simple, une possibilité qui laisse peu de doutes, il reviendra au Sénat, contrôlé par les républicains, de tenir le procès en destitution du président.

Le procès, dans lequel les sénateurs agiront comme jurés, se tiendra vraisemblablement en début d'année prochaine, sous la présidence du juge en chef de la Cour suprême, John Roberts. Les règles entourant le déroulement du procès seront toutefois largement édictées par le chef de la majorité républicaine, Mitch McConnell.

Si les républicains ont à maintes reprises accusé les démocrates de mener l'enquête de façon partiale, il est déjà évident qu'ils essuieront à leur tour les mêmes critiques de la part de leurs adversaires.

Plusieurs démocrates ont déjà vivement critiqué l'engagement de M. McConnell en faveur d'une coordination totale avec les avocats de la Maison-Blanche.

Il n'y aura pas de différence entre la position du président et la nôtre, a-t-il affirmé mercredi, au cours d'une entrevue au réseau conservateur Fox News.

Au cours des derniers jours, les médias ont rapporté que président Trump et M. McConnell, ne s'entendaient pas sur la stratégie à adopter.

Le premier voudrait un long procès au cours duquel le lanceur d'alerte, le président du Comité du renseignement de la Chambre Adam Schiff, qui a mené l'essentiel de l'enquête en destitution, ainsi que l'ex-vice-président et candidat à l'investiture démocrate Joe Biden entre autres, seraient appelés à témoigner. Le deuxième, craignant que la procédure ne se transforme en cirque, préférerait un procès plus court et un mandat plus restreint.

Interrogé mercredi sur la possibilité de convoquer des témoins, M. McConnell a cependant répondu : Je tiendrai compte des conseils des avocats du président.

Le représentant démocrate Jamie Raskin y a vu le signe d'un abandon complet des prérogatives et des devoirs constitutionnels du Sénat, pour l'essentiel confiés à la Maison-Blanche. Sa collègue Val Demings a réclamé qu'il se récuse.

Je trouve scandaleux que le juré en chef qui organise le procès se coordonne avec l'accusé.

Pramila Jayapal, représentante démocrate

Pour que la procédure aboutisse à la destitution de Donald Trump, il faudrait qu'une majorité qualifiée des deux tiers se prononce pour cette option au Sénat, où les républicains sont majoritaires, ce qui paraît fort peu probable.

Donald Trump est le quatrième président menacé par une procédure de destitution, après Andrew Johnson, en 1869, Bill Clinton, en 1998, et Richard Nixon, en 1974. Les deux premiers ont été acquittés par le Sénat, et le troisième a préféré démissionner avant que la Chambre ne se prononce sur les chefs d'accusation.

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