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Comment sont créés les jeux de société?

Decrypto, Vin mystère, Stay Cool, Joe Connaissant Cinéma... Au Québec, des centaines de jeux de société sont lancés chaque année.

Des personnages sont posés sur des tuiles de jeu montrant des toits d'immeuble. Parmi les figurines se trouve le lion de Venise, un lion ailé.

Des figurines et des tuiles qui font partie du jeu de société basé sur « Assassin's Creed ».

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Le temps des Fêtes arrive à grands pas et, pour de nombreux Québécois, cette période rime avec jeux de société. Vous êtes-vous déjà demandé comment ils sont créés?

Pour résumer, le jeu est imaginé par un créateur. Ce dernier fait affaire avec un éditeur, puis le jeu est mis sur le marché par un distributeur.

L’auteur a deux façons d’entamer le processus de création, selon Thibaud de la Touanne, concepteur de V-Commandos, son premier jeu de société. Il peut vouloir créer un jeu à partir d’un thème ou à partir d’une idée de mécanique de jeu.

Un homme est assis et sourit en regardant droit devant lui. Des figurines de jeu sont posées sur des tuiles devant lui.

Le créateur de jeu de société Thibaud de la Touanne avec des figurines et des tuiles de son jeu de société basé sur le jeu vidéo « Assassin's Creed ».

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Pour V-Commandos, par exemple, M. de la Touanne souhaitait fabriquer un jeu pour ceux qui s’intéressent à la Seconde Guerre mondiale. En partant d’un thème, cela fait en sorte que l’univers est au cœur du jeu, explique-t-il.

Pour son second jeu, basé sur Assassin’s Creed d'Ubisoft, et qui paraîtra en juin, il a plutôt fait le contraire.

On est parti de V-Commandos, qui est un jeu d’infiltration dans le même esprit qu’Assassin’s Creed. C’est un jeu où on est discret, on a des missions à faire, relate Thibaud de la Touanne.

Puisque le jeu vidéo Assassin's Creed appartient à Ubisoft, Thibaud de la Touanne doit confectionner la version jeu de société en respectant une licence.

La collaboration se déroule cependant assez rondement, Thibaud ayant déjà travaillé comme producteur pour l'entreprise, justement sur une des versions d'Assassin’s Creed.

Aussi, même s'il doit rester fidèle à l'univers et à l'histoire d'Assassin's Creed et faire approuver changements et ajouts par Ubisoft, il peut également être créatif.

Un personnage portant des vêtements médiévaux et dont le visage est masqué se trouve sur une tour.

La figurine du personnage principal du jeu « Assassin's Creed ». La figurine et la tour sur laquelle se trouve le personnage font partie du jeu de société de Thibaud de la Touanne.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Le directeur de l’édition Randolph, Joël Gagnon, lui, a plutôt créé des jeux afin de répondre à un besoin.

C’est notamment le cas du jeu de connaissances générales Links. C’est un jeu que j’ai conçu suite à une demande extrêmement fréquente des clients qui voulaient un jeu de questions alors qu’ils étaient seulement deux joueurs, dit-il.

Dans les jeux de société, on peut penser que tu as juste à avoir une idée et tu la mets là. Mais non, il y a aussi des besoins. Il y a moyen de faire des jeux qui ont une certaine utilité.

Joël Gagnon, directeur de l’édition Randolph

L’importance de tester le jeu

Une fois que l’idée a été concrétisée en prototype, où des règles ont été établies et les pièces du jeu fabriquées, le jeu doit être testé à de nombreuses reprises.

Un conseil serait de vite faire tester votre jeu par des gens autres que vos amis, affirme Thibaud de la Touanne, puisque, ainsi, le créateur aura des commentaires constructifs, qui ne risquent pas d’être adoucis.

Le directeur de l'édition Randolph, d'ailleurs, profite de ses pubs ludiques pour faire essayer ses prototypes. Nos propres prototypes vont tourner dans les bars longtemps avant qu’on valide que c’est un projet que l’on doit faire, indique-t-il, ajoutant qu'un jeu peut même être validé dans les bars avant même que ça soit un projet pour l’édition.

Joël Gagnon entouré de jeux de société édités par Randolph. On voit notamment les jeux « L'osti d'jeu », « Vin mystère » et « Links ».

Joël Gagnon, directeur de l'édition Randolph, au Randolph Pub Ludique Rosemont.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

C'est d'ailleurs ainsi que Randolph est devenu l'éditeur du jeu Ah Ouinnn? de MC Marquis. Je l’ai vu dans les bars tourner et j’ai demandé aux animateurs quel était ce jeu-là. Ils m’ont répondu que c’était un excellent jeu pour les dates, raconte Joël Gagnon.

Le travail de l'éditeur consiste par ailleurs à peaufiner le jeu afin de le rendre plus fluide et élégant. Il se charge également de trouver des illustrateurs, de faire traduire le jeu au besoin, de le faire produire, d'évaluer les coûts et de trouver des distributeurs.

Certains auteurs ne font toutefois pas affaire avec un éditeur, se chargeant eux-mêmes de cette étape afin de garder le plein contrôle sur leur création.

Le dernier intervenant dans la chaîne de conception est le distributeur, qui vendra ou louera le jeu à des clients.

En moyenne, créer un jeu peut prendre trois ans.

La passion avant l'argent

Ce n’est pas un domaine où vous allez gagner de l’argent. Si votre but est de gagner de l’argent, il ne faut pas faire de jeux de société, dit d'emblée Thibaud de la Touanne.

Les créateurs et éditeurs doivent notamment passer de nombreuses heures, bénévolement, à faire tester leur prototype. Si tous les éditeurs comptaient leurs heures de playtest, ils seraient payés 3 $ ou 4 $ de l'heure, soutient Joël Gagnon.

Mon salaire, il est presque divisé par deux par rapport au moment que j’étais salarié chez Ubisoft. On ne fait pas ça pour l’argent. On fait ça pour se faire plaisir.

Thibaud de la Touanne, créateur de jeux

Joël Gagnon ajoute qu'il est d'autant plus difficile de faire d'importants profits avec les jeux de société au Québec que le marché est tout petit. Les gens sont très attentifs à ce que l’on fait et ils sont contents. Mais même quand ils sont contents, ça ne fait pas de grosses ventes, indique-t-il.

L'effervescence des jeux de société au Québec

Au Québec, plus de 200 nouveaux jeux font leur apparition sur les étagères chaque année.

Il s'agit d'une industrie en constante croissance et dont le développement s'est amorcé récemment. La croissance du jeu vidéo s’est plus faite dans les 15 dernières années alors que celle du jeu de société au Québec est pas mal en train de se faire en ce moment, depuis 5 ans, affirme David Klis, directeur de la programmation du festival Montréal joue et directeur général des Productions Ludopolis.

M. Klis note également un engouement grandissant, depuis quelques années, pour la culture du jeu, c'est-à-dire tout ce qui fait la promotion du jeu ou qui initie les gens au jeu, et ce, sans que cela soit nécessairement à des fins commerciales.

Cela peut se traduire, par exemple, par la tenue d'événements comme le festival Montréal joue ou par des actions comme les prêts de jeux dans les bibliothèques.

Il existe par ailleurs deux principaux prix décernés à des jeux de société au Québec, soit les prix Lys de Ludopolis et les Palmes des jeux de Ludo Québec.

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