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Ma colocataire a 82 ans

Marilyn Corbeil-Waters et Jenny Feng sont colocataires à Hamilton.

Marilyn Corbeil-Waters et Jenny Feng sont colocataires à Hamilton.

Photo : Radio-Canada

La population des 65 ans et plus est celle qui augmente le plus rapidement au Canada, ce qui entraîne un lot de défis. Les retraités n’ont parfois pas assez d’argent pour rester chez eux, ou alors vivent dans des espaces trop grands, tandis que la pénurie de logements devient criante dans certaines villes. Partant de ces constats, des programmes de colocation entre étudiants et aînés voient le jour au pays.

J’avais quelques réserves au début, mais j’avais besoin d’aide. Je me lève au moins une fois durant la nuit pour aller à la salle de bain; si je tombe, c’est rassurant d’avoir quelqu’un.

Marilyn Corbeil-Waters

À 82 ans, Marilyn Corbeil-Waters a déjà fait quelques mauvaises chutes, et elle s'est cassé des côtes. L'aînée peut désormais compter sur sa colocataire pour s'assurer que cela ne se reproduise pas.

Mes filles étaient préoccupées parce que j’avais fait de mauvaises chutes. Ce sont elles qui ont trouvé le programme, explique-t-elle.

Sa colocataire s'appelle Jenny Feng. Elle vient de Chine et a 24 ans.

Les deux femmes vivent à Dundas, en banlieue de Hamilton, et participent au programme de colocation intergénérationnelle Symbiosis, de l’Université McMaster. 

C’est la chercheuse au postdoctorat à l'Université McMaster Soumeya Abed qui a lancé le programme Symbiosis il y a deux ans avec trois collègues. Depuis, 20 étudiants ont été jumelés à 20 aînés.

L'objectif est d'offrir des logements abordables aux étudiants de l'université et d'améliorer l'inclusion sociale des aînés de la région de Hamilton.

L’idée initiale était aussi d’aider les étudiants internationaux à améliorer leur anglais et à en apprendre plus sur l’expérience canadienne, souligne Soumeya Abed.

Le prix du loyer se fait à la discrétion des aînés, qui peuvent demander entre 200 et 400 $ par mois aux étudiants, voire... aucun loyer, si ces derniers les aident dans plusieurs tâches ménagères.

À Hamilton, une chambre en colocation coûte en moyenne 500 $ par mois. Jenny, elle, paye en moyenne 270 $.

Soumeya Abed, Symbiosis de l'Université McMaster de Hamilton, en plan rapproché. Elle sourit, elle a les yeux gris-vert, les cheveux poivre et sel bouclés remontés en queue de cheval. Elle a des boucles d'oreilles en spirale argentées.

Soumeya Abed a lancé le programme Symbiosis, de l'Université McMaster, à Hamilton.

Photo : Radio-Canada

Les critères pour participer au programme Symbiosis

  • Avoir 55 ans ou plus.
  • Répondre à une grille de questions, par exemple : À quelle distance voulez-vous vivre de McMaster? Avez-vous des animaux domestiques? Quelles sont vos habitudes d’utilisation de la cuisine?
  • Être étudiant à l'Université McMaster; ceux à revenus modestes, tout comme les nouveaux arrivants, sont prioritaires.

Pallier une pénurie de logements

À 70 kilomètres de là, à Toronto, Catherine Finlayson, 62 ans et Darren Clift, 23 ans, vivent ensemble dans la maison de Catherine, située dans le nord-est de la ville.

Tous deux aiment l’univers de Marvel et ont été surpris d’avoir choisi la même sonnerie de téléphone, malgré une quarantaine d’années d’écart.

Catherine est retraitée, tandis que Darren est étudiant à l’Université de Toronto. Sans lui, Catherine n’était pas sûre de pouvoir rester seule chez elle encore longtemps, et elle songeait à déménager dans une copropriété. J’ai des problèmes de genoux et j’ai besoin d’aide à la maison, dit-elle.

Darren, lui, vient de Whitby, à 60 kilomètres de Toronto. Il économise environ la moitié d’un loyer en payant 600 $ par mois, plutôt que plus de 1000 $, soit le prix moyen d’une colocation à deux à Toronto. D'autant plus que la Ville Reine n'a que peu de logements offerts sur le marché. En effet, il y a un taux d'inoccupation d'à peine 1,1 %.

Sans ce programme, je ne pourrais pas vivre à Toronto; c'est hors de mon budget.

Darren Clift

Tous deux participent au programme HomeShare Toronto, lancé en mai 2018 comme projet pilote grâce à des fonds de la Ville de Toronto et du ministère des Services aux aînés et de l’Accessibilité. Le programme est devenu permanent un an plus tard et est désormais financé par la Ville dans le cadre de sa Stratégie pour les aînés 2.0.

Catherine Finlayson, 62 ans, et Darren Clift, 23 ans et un chien.

Catherine Finlayson, 62 ans, et Darren Clift, 23 ans

Photo : Radio-Canada / Colin Côté-Paulette

Réduire l’isolement social

L’isolement social est un gros problème chez les personnes âgées, indique Laura Martinez, gestionnaire du programme HomeShare et travailleuse sociale en gériatrie. Nos recherches montrent que cette forme de colocation a réduit cet isolement, et c’est la même chose pour les étudiants qui viennent parfois d’autres villes ou pays, souligne-t-elle.

Catherine abonde dans le même sens.

Je pense que ce n’est pas bon pour les aînés de rester seuls. Ce programme nous permet de rester en contact avec la jeunesse, aussi.

Catherine Finlayson

L’objectif de HomeShare est d’atteindre 200 jumelages, donc 400 personnes au total. Pour le moment, 50 jumelages ont été faits entre 50 aînés et 50 étudiants. Le prix des loyers varie de 400 et 600 $, en échange d’un minimum de sept heures d’aide aux aînés.

Nous savons qu’en moyenne, les aînés auront besoin de 300 à 400 $ de plus par mois pour rester chez eux.

Laura Martinez, gestionnaire du programme HomeShare
Laura Martinez, programme HomeShare de Toronto est en photo en plan rapproché, elle a les cheveux longs bruns, les yeux bruns foncés.

Laura Martinez, du programme HomeShare de Toronto

Photo : Radio-Canada

Les critères pour participer au programme HomeShare

  • Avoir 55 ans ou plus.
  • Ne pas avoir d’antécédents judiciaires.
  • Avoir des références.
  • Les étudiants peuvent avoir n’importe quel âge et étudier à temps plein ou à temps partiel, mais ils doivent avoir vécu un an au Canada, pour la vérification des antécédents.
  • Homeshare est géré par des travailleurs sociaux qui effectuent des contrôles de sécurité et un suivi dans les foyers.

Vivre avec un jeune quand on est un aîné

Jenny aide Marilyn avec la technologie, qui n'est pas son point fort. J’ai un iPhone et un ordinateur, mais je ne suis pas capable de bien comprendre comment ça fonctionne, et je ne retiens pas bien…, dit-elle en souriant.

Autre petit extra : profiter des rabais pour les étudiants du supermarché du coin, les mardis soirs.

Je me sens plus en sécurité physiquement. Je sais qu’elle est là s’il m’arrive quelque chose, qu'elle me trouvera.

Marilyn Corbeil-Waters

Darren m'aide avec tout ce que je ne peux pas faire, que ce soit déblayer la neige dehors ou porter les poubelles dehors, dit pour sa part Catherine Finlayson.

Plus de responsabilités à 20 ans

Jenny assure qu'elle n'a pas peur de venir en aide à Marilyn en cas de chute. Elle la considère comme sa grandma. Je suis forte; je vais au gym, dit-elle en plaisantant.

Quand j’entends des bruits, je me demande parfois si elle est tombée, et je dois prendre aussi soin d’elle, alors je vais m'assurer qu’elle va bien. Mais elle aussi prend soin de moi.

Jenny Feng

Elle profite de son côté de l'expérience de Marilyn pour améliorer son anglais et préparer ses entrevues pour des emplois.

Les aînés et les relations intergénérationnelles

Les aînés devraient constituer le quart de la population canadienne d’ici 2036.

Photo : iStockphoto/MachineHeadz

Population vieillissante et problèmes de logement

Il existe d’autres programmes de type HomeShare au Canada. Pensons à Combo2Generations, à Montréal, ou Hygge Homesharing, à Ottawa, qui jumelle des étudiants et des aînés LGBTQ à Ottawa.

Ces besoins de modes de substitution au logement pour les aînés répondent à une question qui se pose aussi dans d’autres pays.

Par exemple, les États-Unis ont mis en place des villages pour aînés permettant à des résidents d’être logés dans des pavillons individuels.

En France, la cohabitation intergénérationnelle fait aussi des adeptes. L’idée venait à l’origine de l’association Le Pari Solidaire, en réaction aux nombreux décès de personnes âgées lors de la canicule de 2003. Il existe désormais un Réseau Cohabitation Solidaire Intergénérationnelle, qui regroupe 21 associations partout au pays.

À Toronto, selon un rapport de la Ville présenté en avril 2018, on trouve désormais davantage de Torontois âgés de 65 ans et plus que d’enfants âgés de 15 ans et moins. Ce nombre d’aînés devrait d’ailleurs doubler d’ici 2041.

À l’échelle nationale, les aînés devraient constituer le quart de la population canadienne d’ici 2036.

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