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Samuele : s’affirmer ni homme ni femme et reprendre goût à la musique

Portrait de Samuele Mandeville en concert

Samuele estime n'avoir jamais correspondu aux stéréotypes de l'identité traditionnelle.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Samuele a été la grande gagnante du Festival international de la chanson de Granby, en 2016. Forte de deux microalbums, puis d’un album complet en 2017, l’auteure-compositrice-interprète a fait tourner ses chansons rock et folk dans la province, sans reprendre son souffle. Mais ce rythme effréné l'a poussée au bord du gouffre de l’épuisement professionnel. Et puis, il y avait cette question du genre et d’acceptation de soi qui la tourmentait… Aujourd’hui, Samuele a pris un pas de recul. Il sait qu’il n’est pas une femme, et il se sent renaître.

D’après une entrevue de Catherine Richer de l'émission Le 15-18

L’année a été mouvementée pour Samuele, et d’une certaine manière, elle a aussi été reposante.

L’artiste a choisi de prendre une année sabbatique afin de se remettre sur pied après une période d’épuisement professionnel qui lui a fait perdre le goût de l’écriture. À travers ce hiatus dans sa carrière, Samuele a fait le point sur son identité de genre et a pris son bien-être en main. S’il dit depuis longtemps qu’il est queer, il accepte aujourd’hui haut et fort qu’il est non binaire, c’est-à-dire qu’il n'est ni un homme ni une femme.

Il a également opté pour une chirurgie d’ablation des seins. L’opération a eu lieu il y a un mois, et la guérison s’est bien passée. Le tout s’est révélé une libération tant mentale que physique – physique, oui, pour celui qui s’imposait jusqu’alors le port de bandages de compression pour dissimuler sa poitrine. C’était de choisir entre bien respirer ou me sentir bien dans ma peau quand je montais sur scène, a-t-il raconté.

Il se rappelle avoir fait face à beaucoup d’incompréhension dans son parcours, mais il indique qu’il y avait aussi une autre bataille à mener : c’est qu’en plus de vivre avec sa dysphorie de genre, Samuele a lutté contre ce qu’il nomme sa « transphobie internalisée ».

J'avais vraiment toutes ces idées que je n’étais pas vraiment trans, que je ne méritais pas ça, que ce n'était pas vrai. Ça m'a pris beaucoup de thérapie, beaucoup de temps pour me dire “Écoute, oui, c'est correct. Tu vaux ça. Tu vaux la peine. Tu vaux de t'aimer, de te sentir bien.

Assumer l'opération n’a pas été facile non plus. Il a beau en parler aujourd’hui avec une maturité et un calme désarçonnant, l’artiste admet avoir vécu avec beaucoup de honte, avoir été terrorisé à l’idée que le public apprenne qu’il avait eu une chirurgie.

Finalement, maintenant que je suis de l’autre bord, je me regarde en arrière et je me dis : “Bébé! Aime-toi! C'est correct!” Ça a été vraiment difficile de m'offrir ça. Et aujourd’hui, Samuele se sent « extraordinairement bien ».

Éduquer par son histoire

Samuele a toujours eu un côté militant; c’est d’ailleurs pourquoi il est aujourd’hui porte-parole du marathon d’écriture d’Amnistie internationale, qui aura lieu le 14 décembre et qui vise à envoyer des mots d’espoir à des personnes dont les droits sont bafoués, ou qui portent des luttes sociales.

Il a expérimenté plusieurs types de militantisme au cours de sa vie : les manifestations, les actes de désobéissance civile, les nuits en prison. Mais il a laissé de côté ces actions, qui lui faisaient vivre trop de colère.

J'ai réalisé qu'avec ma musique, le fait d’être sur scène, d’avoir un micro, de juste parler, de raconter mon histoire et celle des gens que j'aime, c'était une façon d'éduquer les gens et d'ouvrir les esprits. Ça aussi, c'est de l'activisme, soutient-il.

Samuele sent justement qu’il y a beaucoup d’éducation à faire sur la notion de genre, que la vision homme-femme est profondément ancrée dans nos mœurs sociales. Il veut sensibiliser les gens, sans se battre sans arrêt pour être correctement genré – on l’appelle souvent « madame », alors qu’il choisit les pronoms neutres, ou masculins.

Les gens vont me voir comme une femme, parce que c'est comme ça qu'ils comprennent le monde. Ça va prendre du temps avant que cette compréhension du monde change. Et si je ne l'accepte pas, je vais juste vivre beaucoup de douleur, explique-t-il.

Je n'ai pas envie de me concentrer sur la façon dont les gens parlent de moi. J'ai envie que les gens m'écoutent.

Samuele, auteur-compositeur-interprète

Son message ne concerne pas seulement l’identité de genre, mais aussi la santé mentale. Samuele a vécu l’épuisement professionnel, il sait ce que c’est, de voir une énième date s’ajouter à l’agenda et de fondre en larme. Il avance que le mal-être des musiciens et musiciennes est trop souvent ignoré par l’industrie, ou même valorisé d’un point de vue artistique.

Ça prendrait des changements de fond. Il faut commencer à en parler, lever le tabou, dire “Moi aussi, j'ai burné-out”. Et chaque fois que je parle de mon burn-out, il y a au moins une personne dans la pièce qui lève la main et qui dit : “Oui, moi aussi.”

Reposé, en paix avec lui-même, Samuele est prêt à attaquer un nouvel album. Le travail devrait se mettre en branle en janvier. Il sent bouillir en lui le désir de créer; un sentiment qui ne l’habitait plus depuis longtemps.

Je le sens que ça revient. J'ai confiance. J'ai déjà rameuté une équipe de rêve. J’ai juste à me faire confiance. Je vais revenir avec quelque chose de chouette, je pense.

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