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Envoyé spécial

La saga surréaliste de l'aéroport international de Mexico

Des travailleurs s'activent sur le chantier.

Le chantier du nouvel aéroport de Mexico à Texcoco, le 3 janvier 2019.

Photo : Reuters / Daniel Becerril

Jean-Michel Leprince

Il y a un an, à peine élu, le nouveau président mexicain, Andres Manuel Lopez Obrador (AMLO), annonce qu’il va annuler la construction du nouvel aéroport international de la ville de Mexico pour raisons de corruption.

Message du président élu aux Mexicains et aux milieux d’affaires : Finies l’impunité et la corruption, nous ferons la politique autrement. Et c’est moi qui décide.

Un projet maudit

Cela fait 20 ans que les gouvernements mexicains veulent construire un nouvel aéroport parce que celui de Benito Juarez de Mexico est archi-saturé.

En 2015, Enrique Pena Nieto lance finalement le grand chantier des architectes Norman Foster et Fernando Romero. L'aéroport devait être un des plus grands et des plus beaux du monde.

Puis le chantier, qui jusque-là avait déjà coûté des milliards de dollars, est brusquement arrêté alors qu'à peine 30 % du projet a été réalisé.

C’étaient des concessions données aux amis, à l'entourage, au cercle rouge du pouvoir. Un statu quo qui, pour le président de la république, n'était clairement pas acceptable. Il a dit clairement ''il y a de la corruption là-dedans donc on ne va pas faire l'aéroport''.

Gaston Melo, analyste politique
Des hommes et des femmes coiffés de chapeaux de paille tiennent des pancartes et lèvent la main.

Des manifestants ont bloqué l'autoroute pour protester contre la construction du nouvel aéroport de Mexico, le 12 octobre 2018.

Photo : Reuters / Edgard Garrido

La décision d'AMLO a été vécue comme une victoire par les habitants de San Salvador Atenco, qui se battent depuis 20 ans contre un projet qui nuit à leurs propriétés et leur production agricole. Il y a eu des morts, des blessés et de nombreuses arrestations en 2006.

Ce fut cependant une déception pour les habitants de San Miguel Tocuila, où 85 % d'entre eux travaillaient grâce au chantier.

Malgré les dépenses déjà engagées, AMLO soutient que l’annulation du chantier et le lancement de son projet de remplacement se traduiront au final par des économies.

Certains en doutent.

Trois aéroports au lieu d’un

Ainsi, AMLO a annoncé l’agrandissement de l’aéroport actuel, celui de l’aéroport régional de Toluca à 69 km par la route au sud-ouest et celui de l’aéroport militaire de Santa Lucia, qui se trouve à 125 km par la route de Toluca.

Sa décision a suscité de vives critiques des milieux d’affaires et des usagers qui déjà payaient une taxe pour construire l’aéroport et qui paieront donc deux fois.

Le projet de Santa Lucia est contesté devant les tribunaux et le conflit risque de durer encore longtemps et d’empoisonner les cinq années restantes du mandat présidentiel.

Ses détracteurs n'hésitent pas à qualifier le projet d’AMLO d’illogique.

Gaston Melo

L'analyste politique Gaston Melo pense que le statu quo était inacceptable pour le président.

Photo : Radio-Canada

Mais écoutez, la logique de ce pays… Nous sommes la capitale du surréalisme, c'est connu, ça a été étudié, ce sont des décisions, des solutions tarabiscotées; ce pays est très tarabiscoté, il n'y a pas une idée du pays très claire et très unie.

Gaston Melo, analyste politique

Les voyageurs qui ont souffert de l’engorgement de l’aéroport de Mexico ne sont donc pas au bout de leurs peines.

AMLO veut inonder le chantier de l'aéroport déchu et transformer cette partie de l’ancien lac de Texcoco, sur lequel il est construit, en réserve écologique.

D’autres croient que, dans cinq ans, un nouveau président ressuscitera le projet.

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