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Son bébé meurt après un accouchement d’urgence à Shawville : la mère exige des réponses

Le petit Oly dans les bras d'Anik Lavigne.

Oly n'a survécu que quelques jours après sa naissance par césarienne.

Photo : Gracieuseté Anik Lavigne

Laurie Trudel
Mis à jour le 

Anik Lavigne n'a jamais pu entendre les pleurs de son bébé. Elle a accouché d'urgence à l'Hôpital du Pontiac, à Shawville, le 22 septembre, après 9 jours de douleurs abdominales, de saignements et de multiples consultations. Le personnel médical l’avait pourtant assurée que tout était normal. Aujourd'hui, elle se demande si son petit Oly serait en vie s'il était né ailleurs.

Oly n'a survécu que quelques jours après sa naissance par césarienne, après 37 semaines de gestation. Il a souffert d'asphyxie à la naissance. Les dommages étaient irréversibles. Anik Lavigne ne savait pas à ce moment que l'Hôpital du Pontiac était aux prises avec une grave pénurie de personnel. C'est seulement quelques jours après l'accouchement qui a mal tourné que les interruptions de service à répétition sont survenues.

Radio-Canada a appris que les circonstances de la mort du bébé font présentement l'objet d'une enquête du coroner. Anik Lavigne a accepté que son histoire soit rendue publique pour sensibiliser la population et les autorités auprès desquelles elle a porté plainte.

Elle nous a accueillis dans sa résidence de Mansfield-et-Pontefract un peu plus de deux mois après la mort de son fils. La chambre d'Oly est toujours intacte, silencieuse. Son petit lit est vide, tout comme les tiroirs de sa commode.

Un vaisselier avec l'urne et une photo du petit Oly.

Une photo d'Oly et son urne se trouvent dans la cuisine d'Anik Lavigne.

Photo : Radio-Canada / Patrick Louiseize

Sur le vaisselier, dans la cuisine, une photo du bébé est encadrée à côté de l’urne minuscule et d’une rose blanche. Le cœur en miettes, Anik Lavigne a raconté son histoire.

Aujourd’hui, au lieu d’avoir les bras vides, mon enfant serait ici.

Anik Lavigne

Une grossesse difficile

Anik Lavigne et son conjoint voulaient absolument fonder une famille, malgré les défis que la vie a comportés pour eux. Ils ont d’abord dû avoir recours à une clinique de fertilité pour la conception de leur petite Romy, maintenant âgée de 4 ans.

Après sa venue au monde, le couple a voulu agrandir la famille. Après trois ans d’essais et quatre inséminations infructueuses, Mme Lavigne est finalement tombée enceinte du petit Oly, tant désiré.

Il s’agissait d’une grossesse à risque, tout comme la première, puisqu’Anik Lavigne a un utérus bicorne, plus étroit que la moyenne. Après neuf semaines, les médecins découvrent un caillot de sang entre le placenta et l’utérus.

Le bébé s’accroche. La maman est en arrêt de travail jusqu’à l’accouchement par césarienne prévu pour le 8 octobre à l’Hôpital du Pontiac. Elle doit effectuer des échographies toutes les quatre semaines, pour confirmer que tout va bien.

C’est toutefois à 36 semaines, au troisième trimestre, qu’Anik Lavigne commence à souffrir de douleurs abdominales et dorsales intenses et qu’elle observe des saignements anormaux. Le 14 septembre et les jours qui suivent, elle se rend cinq fois à la clinique médicale du CLSC de Fort-Coulonge, puis à l’Hôpital du Pontiac. Elle va même jusqu’à Gatineau pour une échographie.

D’après son témoignage, le personnel médical semble unanime : il s’agit de douleurs « normales » et le bébé n’est pas en danger. Selon les résultats sur la machine et les échographies, le bébé n’était pas en détresse. Par contre, moi, j’étais en détresse. J’avais de grosses douleurs, explique Anik Lavigne.

Elle affirme que l’on pouvait clairement voir la forme de la tête de son bébé ressortir de son ventre, à la hauteur de ses côtes, ce qui lui faisait terriblement mal.

Après neuf jours d’inquiétudes et des douleurs persistantes, le 22 septembre au matin, la maman décide de consulter à nouveau la clinique du CLSC.

J’hésitais beaucoup parce que, toute la semaine, ils m’ont dit que je n’avais rien, que c’était normal, mais je me suis dit que je devais y retourner. Il y a quelque chose, le mal ne passe pas.

Anik Lavigne

C’est alors que le personnel lui conseille de se rendre à l’urgence de l’Hôpital du Pontiac.

Un accouchement urgent

Rapidement, dès son arrivée aux urgences, vers 14 h 30, son pressentiment se confirme. Quelque chose ne va pas avec le bébé. Anik Lavigne affirme que le médecin accoucheur n’est pas présent à l’hôpital au moment de son arrivée.

Elle raconte que les infirmières lui envoient par texto les résultats de l’examen de réactivité fœtale, c’est-à-dire le rythme du cœur du bébé. Mme Lavigne explique que le médecin accoucheur doit revenir rapidement à l’hôpital. Elle doit subir une césarienne d’urgence, son bébé est en détresse.

Je suis rentrée en salle d’opération à 17 h. Donc, il y a eu quand même un délai d’attente de deux heures.

Anik Lavigne

Ils ont appelé un anesthésiste, un chirurgien. Il n’y avait pas nécessairement personne sur place tout de suite. La médecin responsable a dû organiser la salle d’opération, raconte-t-elle le trémolo dans la voix.

C’est lorsque la césarienne a été terminée et que bébé Oly est né, une heure plus tard, à 17 h 57 précisément, que le verdict est tombé : un décollement placentaire a privé le bébé d’oxygène. Ses reins et son foie sont affectés.

De les entendre faire les manœuvres de réanimation, alors que moi, je suis encore sur la table d’opération les bras attachés, ç'a été très difficile. Parce que j’attendais vraiment impatiemment les pleurs de mon bébé. Ce n’est jamais arrivé, confie-t-elle.

Le petit bébé sur un lit d'hôpital, avec plusieurs fils médicaux sur lui.

Oly Lamoureux est mort à la suite d'une encéphalopathie hypoxique ischémique.

Photo : Gracieuseté de Anik Lavigne

Le bébé est transféré au Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario (CHEO) le soir même. Les analyses ont par la suite démontré qu’il n’avait aucune activité cérébrale. Oly Lamoureux est déclaré mort trois jours plus tard, le 25 septembre. La cause officielle communiquée aux parents est une « encéphalopathie hypoxique ischémique », également appelée asphyxie de naissance.

Beaucoup de questions sans réponses

Depuis la mort de son fils, Anik Lavigne ne cesse de revivre les événements. Elle se demande souvent pourquoi cette tragédie a frappé sa famille. On s’est dit qu’on avait consulté suffisamment de fois pour empêcher justement un drame comme ça, constate-t-elle.

La famille est convaincue que si un médecin spécialisé en obstétrique avait été sur place le 22 septembre dès son arrivée à l’Hôpital du Pontiac, les démarches auraient été plus rapides et les chances de survie de leur fils auraient été plus élevées.

Anik Lavigne ne comprend pas non plus pourquoi le personnel médical nécessaire pour une césarienne d’urgence n’est pas toujours présent et disponible.

Les parents ne se sont pas sentis écoutés, dès le début des douleurs et des saignements, le 14 septembre.

Pourquoi ils ne nous ont pas écoutés? On trouve qu’il y a eu un grand manque d’écoute, au niveau des infirmières et des médecins qui nous ont traités.

Anik Lavigne

« Je me suis fiée au jugement des médecins », dit Anik Lavigne

Deux mois après la mort du petit Oly, une infirmière de l’Unité d’obstétrique à l’Hôpital du Pontiac se confiait à Radio-Canada sous le sceau de la confidentialité pour lancer un cri d’alarme.

Elle disait justement s’inquiéter pour la sécurité des mères et des poupons, puisque le personnel formé pouvant leur venir en aide était nettement insuffisant, selon elle, en plus d’être épuisé par les heures supplémentaires et le manque de personnel.

Chambre du petit Oly, avec le lit de bébé vide

Les circonstances de la mort du bébé font présentement l'objet d'une enquête du coroner.

Photo : Radio-Canada / Patrick Louiseize

Devant le constat alarmant de cette infirmière et avec le recul, Anik Lavigne avoue avec émotion qu’elle est rongée par le remords.

J’éprouve des regrets, mais en même temps je me dis que ce n’est pas ma faute. Je me suis fiée au jugement des médecins qu’il y avait ici. Je ne suis pas médecin. Je me suis dit : “Ils doivent avoir raison.” J’avais confiance dans les services qu’on avait ici, soupire-t-elle.

Mme Lavigne admet qu’elle se serait fort probablement dirigée vers un autre hôpital si elle avait été informée des problèmes de personnel avec lesquels l’établissement de Shawville doit composer. Elle croit que dans un autre hôpital, avec des spécialistes sur place et une prise en charge plus rapide, son bébé aurait peut-être survécu.

Si j’avais su, je me serais dirigée probablement à l’Hôpital général à Ottawa, parce que les médecins m’ont dit : “Nous, quand il y a quelque chose qui ne va pas, on sort le bébé tout de suite’’.

Anik Lavigne

Les parents d’Oly sont en arrêt de travail depuis le 25 septembre, soit depuis la mort de leur fils. Ils ne savent pas quand ils seront aptes émotivement à retourner au boulot. Leur douleur demeure très profonde, de même que celle de leur fille Romy.

Malgré son jeune âge, la petite comprend que son frère est au ciel, comme sa maman lui a difficilement expliqué. Je sais qu’elle souhaite souvent le bercer. Elle me dit souvent : “J’aurais pu lui donner son biberon”, ajoute Mme Lavigne.

Enquête du Coroner de l’Ontario et plainte aux autorités

Maintenant que la poussière est retombée, Anik Lavigne souhaite obtenir des réponses pour la série d’événements qui ont mené à la mort de son fils. Elle a acheminé une plainte au Centre intégré de santé et des services sociaux (CISSS) de l’Outaouais ainsi qu’au Collège des médecins.

Entre-temps, Radio-Canada a appris que les circonstances du décès du petit Oly font l’objet d’une enquête du Bureau du coroner en chef de l’Ontario, puisque le décès de l’enfant est survenu dans un centre hospitalier ontarien. Par respect pour la vie privée, l’instance ontarienne n’était pas en mesure de donner plus de détails.

Enseigne de l'urgence de l'Hôpital du Pontiac.

L'urgence de l'Hôpital du Pontiac, à Shawville (archives)

Photo : Radio-Canada / Christian Milette

Anik Lavigne souhaite que les élus provinciaux soient eux aussi mis au courant de sa situation pour que les résidents du Pontiac puissent obtenir de meilleurs services en obstétrique dans leur communauté, avec davantage d’infirmières spécialisées et des médecins en obstétrique sur place en tout temps.

Je veux éviter un autre drame. Je ne souhaite à personne de vivre la même chose, surtout pour les futures mamans qui ont confiance en notre service d’obstétrique, souligne Mme Lavigne.

Si la ministre de la Santé a un peu de compassion, si elle a des enfants, mon histoire devrait l’avoir touchée, parce que c’est la vie d’une personne qui a été mise en jeu ici.

Anik Lavigne

Le Collège des médecins du Québec a refusé de confirmer ou d’infirmer la tenue d’une enquête. Par courriel, une représentante de la direction générale précise que les enquêtes des syndics sont confidentielles au sein des ordres professionnels en vertu du Code des professions.

La relationniste Leslie Labranche ajoute que cette information devient publique si, à la fin de son enquête, le syndic dépose une plainte disciplinaire devant le conseil de discipline.

Une situation « très malheureuse », selon le CISSS de l’Outaouais

Le CISSS de l’Outaouais a quant à lui mis trois jours à répondre à notre demande d’entrevue. Lors d’une conférence de presse à laquelle étaient conviés les médias de la région, jeudi, l'établissement a qualifié la situation de « très malheureuse ».

On est sincèrement avec la famille dans ces moments difficiles, a commenté Marie-Ève Cloutier, directrice des soins infirmiers.

On n’était pas en rupture de services. L’ensemble du personnel était de garde ou en place, on avait les infirmières d’obstétrique en place.

Marie-Ève Cloutier, directrice des soins infirmiers au Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Outaouais

Elle a précisé qu’une enquête interne avait été ouverte pour faire la lumière sur ce qui s’est passé. Dès qu’un événement de la sorte se produit au CISSS, on met en place les mesures pour s’assurer qu’on a une vision complète de la situation et, au besoin, poser les actions nécessaires pour une amélioration, a-t-elle déclaré.

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Ottawa-Gatineau

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