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Pourquoi nous avons (presque) banni l’étiquette « exclusif » au service de l’Information

Un micro dans un studio de radio.

Un micro dans un studio de radio.

Photo : iStock

Radio-Canada

Luce Julien, Directrice générale de l’Information

Ginette Viens, Première directrice, Programmation nouvelles, actualités et déploiement

Dans une directive communiquée le 5 décembre, nous avons informé notre personnel que nous n’utiliserons plus le mot « exclusif » pour qualifier nos histoires sur l’ensemble de nos plateformes, sauf dans le contexte de certains reportages ou entrevues répondant à des critères bien précis.

Que ce soit sur nos écrans, à la radio ou dans les journaux, l’étiquette « exclusif » coiffe quotidiennement des reportages et entrevues dans le paysage médiatique. Il n’est pas rare que le public soit exposé à des « exclusifs » plusieurs fois par jour, au risque de ne plus y porter attention, de développer une indifférence.

Nous nous sommes donc questionnés sur l’impact d’un tel usage dans notre pratique journalistique. En abusons-nous?

Nous avons d’abord fait une analyse de notre propre utilisation de l’étiquette « exclusif » sur nos plateformes d’information. Nous avons également observé les diverses pratiques au pays et dans le monde et pris connaissance de réflexions de conseils de presse et chaires universitaires en journalisme.

Cette démarche nous a convaincus de la nécessité de baliser le recours à l’étiquette « exclusif ».

Nous estimons qu’une surutilisation de l’étiquette « exclusif » sur nos plateformes et ailleurs dans les médias crée une surenchère qui risque de banaliser cette étiquette et d’en réduire l’impact souhaité.

Nous constatons aussi que cet usage peut être erroné. Il n’est pas rare qu’une même nouvelle soit jouée en exclusivité dans deux ou trois médias le même jour. Or, un média est rarement assuré d’être le seul à détenir une information et à pouvoir la révéler.

« Pour ne pas induire le public en erreur, précisait le Conseil de presse du Québec dans une décision rendue en mars 2010 (Nouvelle fenêtre), il doit utiliser ce procédé uniquement lorsqu’il juge très forte la probabilité d’être le seul à détenir cette information. »

Nous avons aussi remarqué que les informations publiées en exclusivité émanent parfois de documents publics à la portée de tous, loin du scoop annoncé. Ou encore que des informations qualifiées d’exclusives peuvent être vérifiées rapidement par n’importe quel autre média.

Plusieurs grands médias n’utilisent jamais le mot exclusif. C’est le cas de la BBC, du New York Times et du Washington Post, pour ne nommer que ceux-ci.

Tout cela nous amène à ne plus utiliser l’étiquette « exclusif », sauf exception, quelle que soit la plateforme de diffusion. Nous privilégierons dorénavant une formule telle que « Radio-Canada a appris que… » ou « selon des informations obtenues par Radio-Canada… ».

Nous utiliserons par ailleurs l’étiquette « enquête » lorsque le reportage est le fruit d’un travail journalistique en profondeur, mené de longue haleine et mettant en lumière un fait ou une situation d’intérêt public basés sur plusieurs sources et qu’aucun autre média ne pourrait rapporter sans citer Radio-Canada.

Exemple :

Une enquête de CBC/RC : 340 entraîneurs accusés de délits sexuels au Canada en 20 ans, plus de 600 victimes.

Ce reportage d’investigation publié en février 2019 a exigé un travail s’étendant sur plusieurs mois et a mobilisé plusieurs collègues des services des sports de CBC et de Radio-Canada.

L’étiquette « exclusif » sera apposée dans les rares cas d’entrevues avec des invités de prestige exceptionnellement accessibles. L’entrevue accordée par l’ex-ministre français Nicolas Hulot à Céline Galipeau en janvier 2019 ou celle accordée par Edward Snowden à Anne-Marie Dussault en mars sont de bons exemples justifiant l’utilisation de l’étiquette « exclusif ».

Nous sommes conscients, à la Direction de l’Information, que les sources qui fournissent des informations privilégiées aux journalistes s’attendent parfois à ce que la nouvelle porte l’étiquette « exclusif ». Mais nous croyons que le recours aux formules « Radio-Canada a appris… » ou « selon les informations de Radio-Canada… » informe notre public efficacement tout en respectant notre souci d’exactitude.

Surtout, nous sommes convaincus que la force et la pertinence d’une histoire sont des gages d’impact plus grands que la simple apposition d’une étiquette.

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Société