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Des organismes dénoncent « l'improvisation » du promoteur de Royalmount

Des représentants des milieux d’affaires, écologistes et universitaires déplorent une nouvelle fois « la démarche du mégaprojet » Royalmount, qui devrait voir le jour dans l’ouest de l’île de Montréal.

Une maquette du projet.

Cette maquette du projet Royalmount, qui devrait voir le jour dès 2022, a été présentée par Carbonleo.

Photo : Carbonleo

Romain Schué

Alors que les travaux de construction de la première phase de ce gigantesque projet ont démarré depuis plusieurs semaines, un regroupement d’organismes hausse le ton et demande au gouvernement du Québec de « se positionner dans le dossier ».

Québec doit prendre la pleine mesure des enjeux que soulève ce mégaprojet, notamment concernant l’application des mesures requises en matière de mobilité, expliquent les auteurs de cette lettre ouverte qu’a obtenue Radio-Canada, en évoquant un secteur déjà hautement congestionné et leur vive préoccupation.

D’ici la fin de l’été 2022, une centaine de restaurants et plusieurs hôtels devraient voir le jour dans ce vaste complexe qui sera situé à l'intersection des autoroutes 15 et 40 et qui compte accueillir entre 25 et 35 millions de visiteurs par an. Des bureaux, des commerces, des salles de divertissement et des logements sont également prévus.

Parmi la quinzaine de signataires de la lettre, on retrouve notamment le Partenariat du Quartier des spectacles, Greenpeace Canada, Équiterre, Vivre en Ville, le Conseil régional de l'environnement, Coalition climat Montréal, l’Association des sociétés de développement commercial de Montréal et des universitaires.

Des consultations trop tardives, reprochent ces organismes

Ces différents organismes ont été conviés dès la fin de l'été par Carbonleo, l’entreprise à l'origine de Royalmount, pour diverses consultations, afin d’obtenir une acceptabilité sociale, comme le souhaitait le promoteur Claude Marcotte. Des rencontres citoyennes ont aussi été organisées.

Au vu de la "consultation" menée par Carbonleo, il apparaît inadmissible de laisser un promoteur planifier le développement du secteur, peut-on lire dans la lettre ouverte, qui critique le promoteur pour avoir fait diversion.

La première chose qu’on nous a dite, c’est que ce n’était pas une consultation sur l’ensemble du projet, mais sur la partie résidentielle. Le volet commercial, celui qui vient affecter le plus la dynamique montréalaise, n’est pas du tout remis en question, dénonce Christian Savard, directeur de Vivre en Ville.

Dans le fond, la consultation, l’ouverture du promoteur n’en était pas une réelle. C’était plus une manière de calmer le jeu, de gagner du temps pour faire passer l’essentiel de son projet.

Christian Savard, directeur de Vivre en Ville

Ces consultations, affirme-t-il, arrivent trop tard. C’est surtout une consultation pour tenter de justifier un projet qui est encore trop gros, qui est encore à l’encontre de la dynamique commerciale et culturelle de Montréal, clame-t-il.

Une maquette du projet avec des places publiques devant des logements.

Des espaces verts et des unités résidentielles devraient voir le jour dans une seconde phase de construction.

Photo : Carbonleo

Le Quartier des spectacles inquiet

L’impact éventuel de cette nouvelle zone de divertissement, avec la création de deux salles de spectacles, est craint également par le Quartier des spectacles.

L’achalandage d’achats de billets n'a pas vraiment évolué au fil des ans. Ça fonctionne bien, mais il n’y a pas d’augmentation. Est-ce qu’il n’y a pas là un risque de concurrence si on déshabille Paul pour habiller Jacques?, s’interroge Monique Simard, présidente du conseil d’administration du Partenariat du Quartier des spectacles.

Elle rappelle les 200 millions de dollars d’investissements d’argent public dans le centre-ville de Montréal. Le gouvernement du Québec et la Ville de Montréal ont aussi des intérêts à défendre dans ce dossier, juge-t-elle, en disant regretter l’avancée des travaux.

Quand on consulte des partenaires ou des citoyens, encore faut-il avoir quelque chose de très concret sur lequel on puisse commenter, critiquer, bonifier. Mais là, tout reste très, très, très flou encore. Or, les travaux sont en cours.

Monique Simard, présidente du conseil d’administration du Partenariat du Quartier des spectacles

La ministre responsable de Montréal et déléguée aux Transports, Chantal Rouleau, n'a pas souhaité formuler de commentaires pour le moment.

Montréal avoue être impuissante

La mairesse de Montréal, qui avait vivement critiqué ce projet, reconnaît que son pouvoir est restreint, puisque ce projet est situé sur le territoire de la Ville de Mont-Royal, qui a déjà délivré les autorisations nécessaires pour démarrer le chantier. Le promoteur agit de plein droit, mentionne Geneviève Jutras, l'attachée de presse de Valérie Plante.

La métropole espère néanmoins trouver des solutions à court, moyen et long terme concernant les importants enjeux de mobilité dans ce secteur. Pour nous, ce qui est prioritaire, c'est de s'assurer que la Ville ne se retrouve plus jamais dans cette situation-là, reprend Mme Jutras.

Carbonleo dénonce « la désinformation »

Ces commentaires semblent agacer Claude Marcotte, le promoteur de ce projet, qui évoque des efforts énormes, mais aussi la diffusion de mensonges et de la désinformation.

On a atteint une acceptabilité sociale exceptionnelle, répond le patron de Carbonleo. Il va toujours y avoir des gens qui vont être contre et on ne veut pas convaincre tout le monde. Ce n’est pas notre travail de le faire.

Quand j’entends que ce projet a été improvisé, pas planifié. Ça fait des dizaines de millions de dollars qu’on investit avec des architectes, des ingénieurs renommés. C’est un projet exceptionnel, qui a été planifié de façon extraordinaire, ajoute-t-il.

Ça va être un projet éco-innovant qui va vraiment se démarquer à l’échelle internationale. C’est un projet exceptionnel, extraordinaire. Montréal va en être fière. Il va permettre à Montréal de rayonner sur la scène internationale.

Claude Marcotte, promoteur du projet Royalmount

M. Marcotte met de l’avant les avancées réalisées en matière de développement durable et de mobilité. Une passerelle piétonne reliant ce complexe à la station de métro De la Savane sera construite et des navettes circuleront sur le site, rappelle-t-il. Des espaces verts et des toits verts sont également prévus.

La passerelle vue des airs.

Cette passerelle piétonne, qui passera au-dessus de l'autoroute 15, devrait être d'une longueur d'environ 300 mètres.

Photo : Carbonleo

Une version « 2.0 » présentée au début 2020

Carbonleo prévoit dévoiler une version bonifiée de son projet au début de la prochaine année. Les grandes lignes de cette mise à jour ont déjà été annoncées à Radio-Canada cet été. Cette nouvelle version intégrera, souligne Claude Marcotte, de très bonnes idées soulevées durant les dernières consultations. C’est en progression continuellement, promet-il, en parlant de technologies qui permettront de réduire les émissions de carbone durant la construction, puis l’exploitation du projet.

Vers une baisse du nombre d’unités résidentielles

L’un des principaux changements apportés au projet visera les logements proposés. Initialement, aucune partie résidentielle n’avait été envisagée. Carbonleo avait finalement revu ses plans, avec la construction de 5000 logements, pour un total de 10 000 résidents. Un changement de zonage est cependant indispensable et les négociations se poursuivent avec Ville de Mont-Royal.

Le maire, Philippe Roy, qui défend farouchement ce projet, est néanmoins opposé à ce nombre. Ce n’est pas au promoteur de voir comment le résidentiel s’insère dans une zone industrielle, c’est à la Ville. Il faut être capable d’offrir un milieu de vie qui a de l’allure, indique-t-il.

L’élu envisage davantage la construction de 3000 à 4000 unités. Il faut voir la cohabitation entre les entreprises et les habitants, avec la livraison des camions. Je me dois de lancer ce signal, mentionne-t-il.

L'arrivée de ce projet nous permettra de faire passer notre zone industrielle en 2020. Il faut réussir à créer un quartier résidentiel qui va favoriser le transport collectif.

Philippe Roy, maire de la Ville de Mont-Royal

Se disant conscient des réserves de la Ville de Mont-Royal sur ce sujet, Claude Marcotte se montre ouvert. Il va se construire de 300 à 500 unités par année. Ça va s’échelonner sur une dizaine d’années. On vise 4500. On va ajuster le plan directeur de façon à minimiser l’intrusion du projet dans la zone industrielle, admet-il, tout en restant favorable à la mise en place d'une école dans ce secteur.

On a des discussions assez avancées avec la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys. Clairement, s'il y a une demande, il y aura une école, avance Claude Marcotte.

D’ici mars, une séance d’information, ouverte aux citoyens, sera organisée par la Ville de Mont-Royal, avec une présentation de l’ensemble du projet par Carbonleo. La Municipalité prendra ensuite la décision d'autoriser ou non la construction de logements sur ce terrain d’ici le printemps, précise Philippe Roy.

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