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Antoine Gagnon recherchait une poupée de petite taille à faible poitrine, croit la défense

Antoine Gagnon au palais de justice de Québec.

La défense se fera entendre cet après-midi dans l'affaire Antoine Gagnon.

Photo : Radio-Canada / Carl Boivin

Marie-Pier Mercier

Antoine Gagnon voulait se procurer une poupée de petite taille avec une faible poitrine, pas nécessairement une poupée enfant, ont plaidé ses avocats mercredi au palais de justice de Québec.

Selon la défense, la principale question en litige est de savoir si l’accusé était au fait de ce que contenait le colis qu’il a reçu chez lui en juin 2017.

L'ex-avocat Antoine Gagnon avait commandé de la Chine une poupée érotique de la taille d’un enfant avant qu'elle ne lui soit apportée par un policier déguisé en livreur.

« Rien dans la description de sa facture n’indique qu’il avait commandé une poupée de moins de 18 ans. Rien n’indique non plus qu’il y avait dans la boîte une poupée enfant », a plaidé Me Kamy Pelletier-Khamphinith.

M. Gagnon n’avait pas ouvert son colis lors de l’arrivée des policiers.

« Antoine Gagnon cherchait un objet sexuel »

Pas de doute, selon Me Pelletier-Khamphinith, que son client cherchait un objet sexuel, « mais chercher sur Internet des mots clés comme poupée pornographique aux petits seins, est-ce que ça veut certainement dire qu’il recherchait un enfant », s'est-elle interrogée.

Je pense qu'il existe des femmes de plus de 18 ans à faible poitrine. Je pense qu'on peut se demander s'il s'agit d'une poupée adulte de petite taille, a ajouté l'avocate.

Me Pelletier-Khamphinith a rappelé au tribunal que son client n’avait jamais recherché les mots : jeune, enfant, fille, bébé, jeunesse. Certains de ces mots se retrouvaient toutefois dans les liens URL des sites consultés, a établi la Couronne par sa preuve technologique.

« Le mot "jeune" représentait seulement 0,6 % des mots URL », a déclaré la criminaliste.

M. Gagnon a toutefois utilisé les mots clés « poupée pornographique adolescente. » Selon Me Pelletier-Khamphinith, le mot teen [adolescent] doit être pris dans son contexte.

« Dans le contexte pornographique, le mot teen n’est pas illégal, ça représente généralement des personnes de 18 à 24 ans », a-t-elle dit.

« Il faut être extrêmement prudent quant à la preuve informatique, vous n’avez pas la certitude de ce que mon client a consulté », a affirmé Me Pelletier-Khamphinith au juge Jean Asselin.

Antoine Gagnon a utilisé sa vraie identité et ses coordonnées personnelles pour commander la poupée. Selon son avocate, il s'agit d'un indice que l'accusé n'avait pas l'intention de se procurer quelque chose d'illégal.

La défense a donc demandé au juge d'acquitter M. Gagnon des deux chefs d'accusation qui pèsent contre lui : possession et importation de pornographie juvénile.

La Couronne plaide l’objet et l’intention

Plus tôt dans la journée, la Couronne avait entamé les plaidoiries finales en affirmant que la poupée érotique de la taille d’un enfant commandée de la Chine par Antoine Gagnon est hors de tout doute raisonnable un objet de pornographie juvénile.

Me Valérie Lahaie a plaidé que la pornographie juvénile, ce n’est pas seulement des photos ou des vidéos. Selon elle, ça peut aussi être des dessins animés, des représentations graphiques ou une poupée sexuelle.

Elle a rappelé au tribunal que la poupée avait de petites mains, pas de poils pubiens, de petites lèvres vaginales et les traits de visage d’un enfant. Elle avait aussi des orifices.

« La poupée représente hors de tout doute raisonnable une enfant de moins de 18 ans, sans [qu'on puisse] être en mesure de déterminer son âge », a-t-elle plaidé au tribunal.

Antoine Gagnon « savait ce qu’il faisait »

Pas de doute non plus, selon la Couronne, que M. Gagnon voulait se procurer une poupée enfant. « Il a raffiné ses recherches », a-t-elle affirmé.

Me Lahaie a rappelé au tribunal que l’accusé avait recherché sur Internet des mots clés comme : « poupée pornographique aux petits seins », « poupée pornographique adolescente » ou encore « poupée pornographique dépourvue de seins ».

Le mot teen, pour une personne raisonnable, c'est une personne en bas de 18 ans. [...] Si M. Gagnon avait voulu une poupée à faible poitrine, il aurait dû venir nous dire, mais il ne l'a pas fait. C'est une hypothèse, a affirmé la procureure.

Selon la Couronne, l'accusé était au courant du caractère illégal de la poupée, puisqu'il a fait la recherche d'une cause similaire survenue à Terre-Neuve après son achat sur Internet. C'est ce qu'avait établi la poursuite lors de sa preuve technologique.

Dans cette cause, un homme avait été accusé de possession de pornographie juvénile relativement à l'achat d'une poupée sexuelle de la taille d'un enfant. Il a été reconnu non coupable en mai dernier.

Un juge de la Cour provinciale de Terre-Neuve a déclaré que la Couronne n'avait pas réussi à prouver hors de tout doute raisonnable que l'homme de 54 ans, Kenneth Harrisson, savait ce qu'il y avait dans la boîte livrée à son domicile.

« La preuve est tellement claire qu’il voulait commander une poupée enfant que le fait qu’il n’a pas ouvert le colis n’est pas pertinent », a conclu Me Lahaie.

Le juge Jean Asselin a l'intention de rendre sa décision à la fin du mois de mars.

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