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La campagne électorale britannique en est à son sprint final

Jeremy Corbyn pourra-t-il déloger Boris Johnson du 10, Downing Street?

Boris Johnson et Jeremy Corbyn lors d'un débat télévisé, le 19 novembre dernier.

Photo : Getty Images / ITV

Agence France-Presse

À la veille d'élections cruciales pour le sort du Brexit, le premier ministre conservateur Boris Johnson et son adversaire travailliste Jeremy Corbyn abattaient leurs dernières cartes, mercredi, pour remporter un scrutin qui s'annonce serré au vu des derniers sondages.

Au terme d'une campagne où il a préparé des beignes, changé une roue de formule 1 et pulvérisé un faux mur symbolisant l'impasse du Brexit à l'aide d'un bulldozer, le dirigeant conservateur a démarré sa journée en livrant des bouteilles de lait à Guiseley dans le Yorkshire, à la grande surprise du couple qui lui a ouvert la porte.

Il a ensuite préparé un pâté au boeuf et à la bière, qu'il a comparé à l'accord de Brexit négocié avec l'Union européenne (UE), mais qui n'a pas été voté au Parlement, faute de majorité. M. Johnson compte réchauffer et resservir le texte aux députés, s'il gagne.

Vous avez vu comme c'est facile, on le met au four, on claque la porte, on le sort, et voilà, on a fait le Brexit! a-t-il déclaré.

M. Johnson montre le pâté qu'il vient de préparer.

Boris Johnson a fait campagne, mercredi, notamment en préparant un pâté à la viande, à Derby, en Angleterre.

Photo : Getty Images / Ben Stansall

Arrivé au pouvoir fin juillet avec la promesse de sortir son pays de l’UE, l'ancien maire de Londres consacrait ses derniers déplacements au nord et au centre de l'Angleterre ainsi qu'au pays de Galles, régions traditionnellement acquises au Parti travailliste, mais favorables au Brexit.

Il a convoqué ces élections avec l'espoir d'obtenir une majorité absolue lui permettant de sortir le processus de l'impasse et de tourner la page de cette saga qui divise profondément son pays depuis le référendum de 2016, remporté à 52 % par l'option du retrait de l’UE.

Son principal rival, Jeremy Corbyn, le chef travailliste, a quant à lui rassemblé ses troupes avant l'aube à Glasgow, en Écosse, où il espère battre les indépendantistes du SNP.

Il a promis espoir et sécurité aux électeurs et a attaqué Boris Johnson sur son manque de sincérité, l'accusant de faire des promesses qui se transforment en mirages le lendemain.

M. Corbyn serre la main d'un homme dont on ne voit pas le visage.

Jeremy Corbyn a aussi rencontré des partisans à Middlesbrough, en Angleterre, mercredi.

Photo : Getty Images / Ian Forsyth

Face à la récente progression du Parti travailliste dans les sondages, Boris Johnson fait planer le véritable risque d'un Parlement sans majorité, qui prolongerait la crise politique.

Nous nous battons pour chaque vote, a-t-il déclaré mercredi à des journalistes.

Un résultat incertain

Les derniers sondages sur les intentions de vote donnaient au Parti conservateur de 339 à 359 sièges sur 650 (la majorité absolue est donc de 326 sièges), davantage que lors du scrutin de 2017. Un tel résultat constituerait la meilleure performance des conservateurs depuis 1987, sous Margaret Thatcher.

Mais cette avance dans les sondages s'est effritée à l’approche du vote, qui est décrit comme incertain.

John Curtice, professeur de politique à l'Université de Strathclyde et spécialiste des sondages, a relevé sur la BBC que la campagne avait été marquée par une progression à la fois des conservateurs et des travaillistes, au détriment des petits partis.

Les conservateurs semblent être parvenus à séduire les électeurs frustrés de ne pas avoir vu se réaliser leur vote en faveur du Brexit, au détriment du parti du Brexit, partisan d'une rupture nette avec l'UE.

De son côté, le Parti travailliste, favorable à un nouveau référendum laissant le choix entre un nouvel accord de Brexit et un maintien dans l'UE, semble avoir séduit des électeurs qui auraient pu se tourner vers le Parti libéral démocrate, qui promet de renoncer purement et simplement à la sortie.

Les tabloïds pro-Brexit ont déjà fait leur choix. Brexit, baisses d'impôts, sécurité : Boris coche toutes les cases face au marxiste Jeremy Corbyn, titrait mercredi The Sun.

De son côté, le Daily Mail appelait ses lecteurs à se rendre aux urnes, craignant que l'élection se joue dans un mouchoir de poche.

Les conservateurs et les travaillistes promettent tous deux des changements radicaux.

Boris Johnson s'engage à faire sortir le Royaume-Uni de l'UE d'ici la fin janvier, après trois reports.

Le leader travailliste Jeremy Corbyn, beaucoup plus à gauche, promet une révolution industrielle verte et des milliards pour les services publics, notamment de santé, qui souffrent des conséquences d'années d'austérité. Sur le Brexit, il compte organiser un nouveau référendum, mais rester neutre, une posture critiquée pour son manque de clarté.

La porte portant le numéro 10, devant laquelle un chat est assis.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le 10, Downing Street, résidence officielle et le lieu de travail du premier ministre du Royaume-Uni.

Photo : Reuters / Toby Melville

Les trois scénarios les plus vraisemblables :

1- Un gouvernement conservateur majoritaire

Si Boris Johnson remporte son pari, le Parlement lance avant Noël le processus de ratification de l'accord de Brexit qu'il a négocié avec Bruxelles, pour un feu vert final en janvier, permettant une sortie le 31 du même mois, après trois reports.

L'accord de retrait fixe les conditions du divorce entre le Royaume-Uni et l'UE après 47 ans d'un mariage tumultueux, en matière de droit des citoyens et de respect des engagements financiers. Il introduit aussi une période de transition jusqu'à fin 2020, prolongeable, et règle le problème de la frontière entre la province britannique d'Irlande du Nord et la république d'Irlande, membre de l'UE.

Mais la saga ne s'arrête pas là. Londres a jusqu'au 31 décembre 2020 pour négocier sa relation future avec son voisin européen. Un délai qui semble d'ores et déjà impossible à tenir, ce type de négociations prenant généralement des années.

2- Un gouvernement conservateur minoritaire

Pour que Boris Johnson puisse se maintenir à la tête d'un gouvernement minoritaire, il a besoin de trouver des alliés, ce qui s'annonce difficile.

Comme l'ont montré les derniers mois, gouverner avec des alliés peut conduire à des blocages et réduit les chances d'adopter l'accord de Brexit, faisant resurgir le scénario redouté d'un divorce sans accord. Après la sortie, cela compliquerait les négociations commerciales difficiles qui s'annoncent avec l'UE.

En 2017, Theresa May avait dû s'associer avec le petit parti unioniste nord-irlandais DUP qui comptait 10 députés ultraconservateurs à Westminster. Cette alliance avait éclaté du fait du refus du DUP de soutenir les accords de divorce négociés par Theresa May puis par Boris Johnson.

Le DUP s'oppose aux dispositions permettant d'éviter le retour d'une frontière entre la province britannique et la République d'Irlande, membre de l'UE, après 20 ans de paix mettant fin à des décennies de violences.

3- Un gouvernement travailliste minoritaire

Si une majorité absolue semble hors de portée pour les travaillistes de Jeremy Corbyn, le chef de l'opposition pourrait parvenir à ravir à Boris Johnson les clés du 10, Downing Street en s'alliant avec les indépendantistes écossais du SNP, opposés au Brexit.

Mais il serait confronté alors à la volonté du SNP d'organiser un référendum sur l'indépendance de l'Écosse, six ans après un vote remporté à 55 % par le non.

La personnalité de Jeremy Corbyn, très à gauche et accusé d'avoir laissé prospérer l'antisémitisme au sein de son parti, rend très hypothétique une alliance avec les europhiles du Parti libéral-démocrate.

S'il arrive au pouvoir, le Parti travailliste a promis de renégocier l'accord négocié par Boris Johnson puis de le soumettre dans les six mois de son arrivée au pouvoir à un nouveau référendum, avec comme autre option un maintien dans l'UE.

Dans cette campagne, Jeremy Corbyn a annoncé qu'il resterait neutre, pour guérir les fractures d'un pays divisé par trois ans de crise politique. De nombreux membres de la direction du parti ont assuré qu'ils se battraient pour le maintien dans l'Union européenne.

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