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Facebook et les ONG défendent à l’unisson la messagerie cryptée

Le logo de l'application Facebook Messenger sur un écran de téléphone.

Facebook a promis cet automne de chiffrer sa plateforme de messagerie instantanée Messenger.

Photo : afp via getty images / MARTIN BUREAU

Agence France-Presse

Pour une fois, Facebook et les associations de défense des droits de la personne sont d'accord : les messageries doivent être cryptées, sans failles ni portes dérobées que les autorités pourraient utiliser pour avoir accès aux échanges privés entre les gens en cas de besoin.

Les demandes de certains gouvernements de conserver des accès exceptionnels à des services comme WhatsApp (propriété de Facebook) menaceraient la sécurité et la vie privée de milliards d’internautes dans le monde, ont déclaré plus de 100 organisations et spécialistes, dont Amnistie internationale et Human Rights Watch, dans une lettre ouverte publiée mardi.

Lundi, Facebook a adressé une missive semblable aux autorités américaines, britanniques et australiennes, qui lui ont demandé en octobre de ne pas chiffrer l'ensemble de ses plateformes sans garantir un accès à la police.

Nombre de responsables politiques dans le monde souhaitent que la justice de leur pays puisse récupérer les courriels, messages instantanés et photos échangés sur les réseaux et stockés sur des serveurs, essentiels dans le cadre d'enquêtes criminelles.

Mais cette requête est difficile à concilier avec l'impératif du respect de la vie privée.

En tant qu'entreprise qui dessert 2,7 milliards de personnes dans le monde, il est de notre responsabilité d'utiliser la meilleure technologie disponible pour protéger leurs données confidentielles, martèle Facebook.

Les messageries cryptées sont à la pointe de la communication en ligne, et l'immense majorité des milliards de messages numériques envoyés tous les jours, y compris sur WhatsApp, iMessage et Signal, sont déjà protégés par un chiffrement de bout en bout

Le groupe californien, qui se voit régulièrement reprocher de ne pas suffisamment protéger les données confidentielles de ses utilisateurs et utilisatrices, a promis cet automne de chiffrer sa plateforme de messagerie instantanée Messenger.

L’envers de la médaille

En octobre, dans une lettre ouverte adressée au patron de Facebook, Mark Zuckerberg, Bill Barr, ministre américain de la Justice, Kevin McAleenan, alors ministre de l'Intérieur, ainsi que leurs homologues britannique Priti Patel et australien Peter Dutton, lui ont demandé de ne pas mener ce projet à terme sans inclure un moyen pour accéder légalement aux contenus des communications de manière à protéger la population.

Facebook leur avait déjà accordé une fin de non-recevoir.

Les portes dérobées que vous demandez pour les forces de l'ordre seraient un cadeau pour les hors-la-loi, les pirates et les régimes répressifs, [...] et rendraient nos plateformes plus vulnérables, avec de potentielles conséquences délétères dans la vie réelle, continue le groupe.

Il est tout simplement impossible de créer un tel accès en s'imaginant que d'autres ne vont pas essayer de s'en servir aussi. 

Les dizaines d'ONG et spécialistes en sécurité signataires de la lettre de mardi abondent dans le sens de Facebook.

On ne peut pas concevoir de systèmes intrinsèquement capables de déterminer si des “méchants” sont en train d'utiliser le service, tout comme on n'est pas capables de construire des trottoirs et des autoroutes qui s'effondreraient seulement sous certaines personnes, illustre-t-on.

Une collaboration lorsque nécessaire

Facebook argumente par ailleurs que ses équipes coopèrent déjà largement avec les autorités, en priorité pour des enquêtes sur des affaires de terrorisme ou de protection de l'enfance.

WhatsApp détecte et interdit 2 millions de comptes tous les mois sur la base de faisceaux d'indices compromettants et scanne les informations non cryptées, comme le profil ou les informations de groupes pour repérer des contenus abusifs, entre autres des images d'exploitation d'enfants, détaillent Will Cathcart et Stan Chudnovsky.

Le réseau social se concentre sur la détection grâce à l'intelligence artificielle des comptes et contenus problématiques en amont, avant publication, et recoupe les informations issues de ses différentes plateformes pour repérer les acteurs nocifs.

Selon les ONG, construire des portes dérobées pour faciliter les enquêtes ne mènerait nulle part, car les hors-la-loi utiliseraient simplement d'autres services de messagerie.

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