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Rohingyas : Aung San Suu Kyi nie toute « intention génocidaire »

L'armée a peut-être utilisé une « force disproportionnée », concède cependant la cheffe de facto du gouvernement birman devant la Cour internationale de justice.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
Aung San Suu Kyi est debout dans la salle d'audience, entourée d'autres responsables birmans.

Aung San Suu Kyi a témoigné pendant environ 30 minutes devant les 17 juges de la Cour internationale de justice, l'organe judiciaire principal des Nations unies.

Photo : Getty Images / AFP/KOEN VAN WEEL

Radio-Canada

L'armée birmane a peut-être utilisé une « force disproportionnée » lors d’opérations menées contre les Rohingyas, mais jamais avec une « intention génocidaire », a déclaré mercredi Aung San Suu Kyi devant la Cour internationale de justice (CIJ), à La Haye, aux Pays-Bas.

La Prix Nobel de la paix 1991, devenu cheffe de facto du gouvernement birman après avoir été harcelée pendant des années par la junte militaire, a ainsi défendu cette même armée lors de son témoignage devant le principal organe judiciaire des Nations unies.

Le Myanmar (ex-Birmanie) est accusé d’avoir violé la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide par la Gambie, qui a été mandatée par les 57 États membres de l’Organisation de la coopération islamique.

Cette démarche est appuyée par le Canada.

Témoignant pendant une trentaine de minutes d’un ton posé, Mme Suu Kyi a plaidé que la Gambie a présenté un tableau trompeur et incomplet de la situation dans l’État de Rakhine aux 17 juges du tribunal.

L’armée agissait dans le cadre d’un conflit armé interne, a-t-elle fait valoir. Ses opérations s’inscrivaient dans le cadre d’une campagne antiterroriste menée après que des militants rohingyas eurent incendiés des dizaines de postes de police.

Veuillez garder à l'esprit cette situation complexe et le défi lancé à la souveraineté et à la sécurité dans notre pays lorsque vous évaluez l'intention de ceux qui ont tenté de faire face à la rébellion.

Aung San Suu Kyi, cheffe de facto du gouvernement birman

On ne peut exclure qu'une force disproportionnée ait été utilisée par les membres des services de défense dans certains cas au regard du droit international des droits de la personne ou qu'ils n'aient pas fait une distinction suffisamment claire entre les combattants et les civils, a concédé Mme Suu Kyi.

Certainement dans les circonstances, l'intention génocidaire ne peut pas être la seule hypothèse, a-t-elle poursuivi. Peut-il y avoir une intention génocidaire de la part d’un État qui enquête, traduit en justice et punit les soldats et officiers accusés d’actes répréhensibles?

Quatre hommes assis sont branchés sur des téléphones cellulaires sur une colline qui surplombe le camp de réfugiés.

Des Rohingyas suivent le déroulement des audiences depuis Cox's Bazaar, au Bangladesh, où ils se sont réfugiés par centaines de milliers pour fuir les exactions de l'armée et des milices bouddhistes.

Photo : Getty Images / AFP/MUNIR UZ ZAMAN

L’an dernier, le Myanmar a bel et bien condamné sept militaires à dix ans de prison assortis de travaux forcés pour le massacre de dix hommes et garçons dans le village d’Inn Din, en septembre 2017.

Ils ont cependant été libérés après avoir passé moins d’une année derrière les barreaux.

À la fin du mois de novembre, l’armée birmane a aussi annoncé avoir entrepris un procès en cour martiale contre un nombre non spécifié de soldats pour un second massacre allégué de Rohingyas à Gu Dar Pyin.

Le génocide se poursuit, plaide la Gambie

Lors de la première des trois journées d’audience consacrées au dossier, le ministre gambien de la Justice, Abubacarr Tambadou, a plaidé qu’un génocide avait été commis contre les Rohingyas, et qu’il se poursuit toujours à l’heure actuelle.

Chaque jour à ne rien faire, ce sont plus de gens tués, plus de femmes violées et plus d'enfants brûlés vifs. Quel crime ont-ils commis? Seulement celui d'être nés dans une religion différente, a-t-il déclaré.

Lors de cette première phase des audiences, la Gambie demande à la CIJ des mesures d'urgence pour mettre fin à ces actes de génocide allégués, en attendant que soit rendu un jugement définitif sur le fond de l'affaire. Cela pourrait prendre des années.

Selon la convention des Nations unies, un génocide est un acte commis dans l'intention de détruire, ou tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux.

« Nous sommes avec vous », peut-on lire sur une affiche d'Aung San Suu Kyi qu'une manifestante tient dans ses mains, au milieu d'une foule.

Environ 250 sympathisants d'Aung San Suu Kyi se sont rassemblés devant le Palais de la paix, où siège la Cour internationale de justice, pour exprimer leur soutien.

Photo : La Presse canadienne / AP/Peter Dejong

En septembre dernier, la Mission d'établissement des faits de l'ONU sur le Myanmar a conclu que les 600 000 Rohingyas qui demeurent toujours dans le pays étaient systématiquement persécutés et vivent sous la menace d'un génocide, et que leurs conditions de vie déplorables s’étaient aggravées en un an.

Elle disait avoir des motifs raisonnables de conclure que les éléments de preuve qui permettent de déduire l'intention génocidaire de l'État [...] se sont renforcés depuis l'an dernier et qu'il existe un risque sérieux que des actes génocidaires puissent se produire ou se reproduire.

La Mission de l’ONU estimait d'ailleurs que le Myanmar devrait être traduit devant la Cour pénale internationale (CPI) pour manquement aux obligations qui lui incombent en vertu de la Convention sur le génocide de 1948, l'un des rares instruments internationaux relatifs aux droits de l'homme qu'[il] a ratifié.

Avec les informations de Agence France-Presse, Reuters, et Associated Press

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