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Paris maintient sa réforme des retraites, mais fait des concessions

Les syndicats demeurent insatisfaits et n'entendent pas mettre fin à la grève.

Plan panoramique d'une grande salle.

Le premier ministre Édouard Philippe a fait son annonce devant le Conseil économique, social et environnemental, une assemblée constitutionnelle composée de représentants sociaux.

Photo : Reuters / Thomas Samson

Agence France-Presse

Le gouvernement français a maintenu mercredi son projet de système universel de retraites, mais avec certaines concessions, au huitième jour d'une forte mobilisation sociale qui paralyse largement le pays et qui ne semble pas près de se terminer.

Le temps est venu de créer un système universel de retraite, a asséné le premier ministre Édouard Philippe en présentant l'architecture de cette réforme, qu'il a qualifiée de révolution sociale.

Notre ambition d'universalité est une ambition de justice sociale, nous ne voulons léser personne. [...] Il n'y aura ni vainqueur ni vaincu, a-t-il assuré.

Nous mettrons fin aux régimes spéciaux [mais] progressivement, sans brutalité, avec respect.

Édouard Philippe, premier ministre français

Il faisait référence aux nombreux régimes qui permettent actuellement à certaines professions en France de partir plus tôt en retraite, notamment les cheminots de la Société nationale des chemins de fer (SNCF) et les conducteurs de la Régie autonome des transports parisiens (RATP).

Mais la seule solution est de travailler un peu plus longtemps et progressivement, comme c'est le cas partout en Europe, a souligné le chef du gouvernement.

Ainsi, même si l'actuel âge légal de départ à la retraite reste fixé à 62 ans, la réforme incitera à travailler plus longtemps.

Au-dessus de l'âge légal, un âge d'équilibre avec un système de bonus-malus est fixé à 64 ans, ce qui est déjà un horizon raisonnable pour la très grande majorité des Français, a estimé M. Philippe.

Plan moyen de M. Philippe.

Le premier ministre français Édouard Philippe a assuré que la suppression des régimes de retraite spéciaux se ferait « sans brutalité, avec respect ».

Photo : Reuters / Thomas Samson

Le projet vise à fondre les 42 régimes de retraite actuels en France en un seul système universel à points.

Le chef du gouvernement a envoyé une fin de non-recevoir aux syndicats et manifestants qui réclament depuis huit jours le retrait pur et simple de la réforme.

Concession aux syndicats, Édouard Philippe a annoncé que la réforme ne s'appliquera qu'aux Français nés en 1975 et après.

Il a aussi tenté de répondre aux inquiétudes des enseignants particulièrement mobilisés contre cette réforme.

Nous inscrirons dans la loi la garantie selon laquelle le niveau des retraites des enseignants sera sanctuarisé et comparable au niveau des retraites des fonctions ou des métiers équivalents dans la fonction publique, a-t-il annoncé.

Le président Emmanuel Macron, qui a fait de la transformation du pays la raison d'être de son quinquennat, joue gros sur cette réforme.

La retraite est un sujet éminemment sensible en France. Les opposants les plus virulents espèrent faire durer le mouvement et mettre le pays à l'arrêt comme lors de la longue grève de décembre 1995 qui avait forcé le gouvernement de l'époque à reculer, également sur un projet de réforme des retraites.

Des milliers de personnes marchent dans la rue.

Des syndiqués de la CGT manifestaient à Marseille mardi.

Photo : Reuters / Jean-Paul Pelissier

La grève va se poursuivre

Trains à l'arrêt, lignes de métro fermées, pagaille de vélos et de trottinettes, garderies et écoles au ralenti, blocages de raffineries : la France vit au ralenti depuis jeudi dernier, au rythme de la mobilisation, notamment dans les transports publics, les cheminots de la SNCF et de la RATP refusant la suppression de leurs régimes spéciaux.

Les milieux du tourisme et du commerce s'inquiètent à l'approche des fêtes de fin d'année, alors que le mouvement des gilets jaunes et ses manifestations parfois violentes avaient déjà perturbé la période commerciale et touristique de la même période de 2018.

Or, le contexte social est déjà tendu dans le pays, avec la mobilisation depuis plus d'un an du mouvement inédit des gilets jaunes, exaspérés par les fins de mois difficiles et qui contestent la politique fiscale et sociale du gouvernement, mais aussi des mécontentements exacerbés dans les hôpitaux, parmi les étudiants, les policiers...

Le premier ministre a ainsi fait une série de gestes en direction des populations les plus fragiles et des métiers les plus pénibles, les opposants à la réforme redoutant une précarisation pour ces retraités.

Les garanties données aux populations les plus inquiètes justifient que le dialogue reprenne et que la grève qui pénalise des millions de Français s'arrête.

Édouard Philippe, premier ministre français

Mais Laurent Berger, le dirigeant de la Confédération française démocratique du travail (CFDT), syndicat réformateur et premier du pays, n'a pas semblé sur le point de répondre favorablement, jugeant que les annonces de M. Philippe faisaient encore preuve de beaucoup d'insuffisances et que la ligne rouge est franchie avec l'âge d'équilibre à 64 ans.

Il s'agit également d'une ligne rouge pour l’Union nationale des syndicats autonomes (UNSA), un des trois plus importants syndicats à la compagnie ferroviaire SNCF, dont le secrétaire général, Laurent Escure, a averti que la mobilisation pourrait se globaliser.

Quant à la Confédération générale du travail (CGT), le premier syndicat à la SNCF, elle a appelé à renforcer la grève après les annonces gouvernementales.

Le gouvernement s'est moqué du monde!

Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT

Il n'y a guère que le président du Mouvement des entreprises de France (MEDEF, qui représente le patronat), Geoffroy Roux de Bézieux, pour trouver un bon équilibre dans les propositions d'Édouard Philippe.

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