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chronique

La vague Patrick Watson emporte le MTelus

Patrick Watson était en concert mardi à Montréal pour la première de trois représentations au MTelus.

Patrick Watson était en concert mardi à Montréal pour la première de trois représentations au MTelus.

Photo : Susan Moss / fournie par evenko

Philippe Rezzonico

Les artistes sont plus créatifs dans la douleur. Ce mythe, qui peut parfois sembler être à la limite du cliché, est particulièrement tenace dans l’univers de la musique. Le plus récent disque de Patrick Watson, Wave, ne va toutefois pas à contresens de l’affirmation.

Le deuil de sa mère. La rupture de son couple. La séparation professionnelle avec son batteur Robbie Kuster. Watson a vécu sa part de coups durs ces dernières années. Ce n’était pas la matière brute qui lui manquait pour façonner son sixième album, qui était le cœur du premier de ses trois concerts à guichets fermés, mardi, au MTelus, à Montréal.

Et Watson a plongé quatre fois plutôt qu’une dans le vif du sujet en interprétant d’entrée de jeu les premiers titres du disque, qui sont des condensés de tristesse et de peine.

Flanqué de Joe Grass (guitares), de Mishka Stein (basse), d’Evan Tighe (batterie), de Pietro Amato (cor, claviers), de Karine Pion (voix, percussion), d’Ariel Engle de Broken Social Scene (voix) et d’Erika Angell (voix) – la chanteuse du groupe Thus Owls qui s’est acquitté de la première partie –, le Montréalais a ensorcelé les 2150 spectateurs d’entrée de jeu avec Dream For Dreaming.

Ahh! C’est ma chanson! s’est exclamée la spectatrice à côté de moi. Ce commentaire spontané a aussitôt fait place à un silence que l’on pouvait mesurer partout et qui ne s’est pas départi du concert. Patrick Watson a réussi un exploit qui confine à l’irréel en 2019 : il a transformé la salle de spectacles de Montréal la plus propice au bavardage en quelque chose qui ressemblait à une église. Magique.

Vague d’émotions

On pouvait donc savourer pleinement sa gestuelle expressive lors de l’interprétation de The Wave, l’ouverture délicate au piano de Strange Rain et les harmonies entre le chanteur et Ariel Engle durant Melody Noir, quand une guitare aux effluves latines s’est fait entendre. En immersion dans l’univers de Watson, nous avons été emportés par une vague d’émotions, car beaucoup, comme lui, ont déjà vécu des périodes parsemées d’écueils.

Parfois, l’espace d’un instant, Watson a quitté le cadre de son récent disque pour nous offrir une Grace à trois voix, en bivouac avec ses musiciens. Crosby Stills and Nash, Beau Dommage et Pat Watson : même combat.

Mais ce n’était que pour aussitôt revenir aux déchirures avec Broken et son implacable et répétitive complainte : « Do you feel broken? ». Paradoxe : si la majorité des nouvelles chansons évoquent des blessures vives, leur interprétation se veut un exutoire qui fait du bien pour Watson et son public.

Je pense que je vais pleurer, a lancé à son amie la spectatrice toujours à côté de moi, sa main sur la bouche et les yeux dans l’eau.

Raffinées, les enveloppes sonores du disque ont été reproduites presque à l’identique sur Wild Flower, Turn Out the Lights ainsi que pour l’envoutante Look at You. Durant la première heure, Watson a interprété pratiquement en séquence – une seule inversion – les huit premières chansons de Wave, avec seulement deux emprunts à son répertoire passé, notamment la dynamique Hearts quand la scène a été exclusivement baignée de lumière rouge.

Petit faux pas

C’est à ce moment que l’idée d’interpréter une chanson qui n’existe pas s’est matérialisée durant un échange entre Watson et des spectateurs. Il a ainsi improvisé des paroles sur une musique interprétée par ses musiciens, évoquant entre autres le problème du retour de son qui le rendait fou depuis le début du spectacle.

D’ordinaire, j’adore ce genre d’aparté spontané. Ces moments sont souvent ceux dont on se rappelle le plus longtemps après un concert. Mais vu le contexte dans lequel Watson se trouvait, lui qui était en train de nous offrir pratiquement en séquence ses nouvelles compositions empreintes de souvenirs douloureux, cet intermède humoristique m’a complètement arraché à l’état de grâce dans lequel lui et ses collègues m’avaient plongé. Petit faux pas.

Cela m’a pris la durée complète de Drive pour me remettre, juste à temps pour profiter au maximum de la géante Here Comes the River qui se veut la synthèse de la création de Wave, quand on doit garder la tête hors de l’eau.

Surprises au rappel

Comme libéré du poids du cahier de charges qu’il s’était lui-même imposé – toutes les chansons du récent long-jeu ont été interprétées –, Watson a livré un long rappel qui comprenait notamment Big Bird on a Small Cage.

Encore une fois installés à l’avant de la scène en mode acoustique, Watson et son groupe ont chanté et fredonné les mélodies avec le public, tout en alternant au chant à cinq ou six voix. J’avais l’impression de voir le E Street Band interpréter If I Should Fall Behind il y a près de 20 ans. Du tonnerre.

Durant ce rappel, Watson a aligné des chansons prévues au programme, mais d’autres qui ne l’étaient pas comme Je te laisserai des mots et The Great Escape. Et soudainement, ce qui s’annonçait comme un concert un peu court – le rappel a commencé après quelque 65 minutes – s’est pratiquement rendu à la barre des deux heures (1 h 50).

Un peu comme si l’énorme vague d’émotions créée par Watson ne cessait de revenir, et de revenir encore, pour nous subjuguer l’âme et les tripes. Ce qui, ma foi, risque d’être encore le cas mercredi et jeudi, au même endroit.

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