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  • Envoyé spécial
  • Le baptême climatique de Jonathan Wilkinson à la COP25

    À peine nommé, le nouveau ministre de l'Environnement du Canada doit défendre la réputation du pays, mise à mal par les sables bitumineux. Notre envoyé spécial Étienne Leblanc l'a rencontré à la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques, qui se déroule à Madrid.

    Jonathan Wilkinson, devant une affiche de la COP25.

    Jonathan Wilkinson, ministre canadien de l'Environnement et du Changement climatique, à la COP25 de Madrid

    Photo : Radio-Canada / Etienne Leblanc

    Étienne Leblanc

    Le nouveau ministre de l'Environnement du Canada se montre déterminé à en faire plus pour contrer les changements climatiques. C'est ce que Justin Trudeau lui a demandé. Dans son discours du Trône, le premier ministre a accordé une grande place à cette question. Son gouvernement en fait une priorité pour le mandat à venir, tout en promettant la construction du pipeline Trans Mountain. Mais comment fera Jonathan Wilkinson pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) dans un contexte où les infrastructures pétrolières du Canada sont appelées à croître?

    En 2015, fraîchement nommé secrétaire parlementaire de la ministre de l'Environnement Catherine McKenna, Jonathan Wilkinson avait vu sa collègue parachutée à la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP21) de Paris quelques jours à peine après l'élection.

    Mme McKenna flottait sur un nuage. Elle avait été dépêchée en France pour dire au monde entier qu'après 9 ans du règne de Stephen Harper, le Canada était de retour dans le grand train climatique. Elle aura été une des stars de la COP21.

    Quatre ans et un pipeline plus tard, l'expérience de Jonathan Wilkinson à la COP25 de Madrid est très différente. Le Canada est encore un pays très respecté dans les négociations climatiques, il n'y a pas à remettre cela en question. Mais le vernis a craqué.

    La réputation du Canada en tant que leader de la lutte contre les changements climatiques s'est effritée en raison du soutien appuyé d'Ottawa à l'industrie des énergies fossiles.

    « Fossile du jour »

    Lundi à Madrid, le Canada a obtenu la 3e place du fossile du jour, un prix citron remis par les ONG à la COP25 afin de souligner les mauvais coups des pays.

    Les ONG ont souligné le fait que le Canada tient parfois un double discours en défendant du même souffle un pipeline et la lutte contre les changements climatiques.

    Chaque jour ou presque, le ministre de l’Environnement et du Changement climatique doit expliquer cette apparente contradiction.

    Ce n'est très pas facile, admet-il.

    Durant une certaine période, nous voulons voir le secteur des ressources naturelles prospérer afin d'avoir une économie forte, mais aussi pour nourrir des investissements dans la transition énergétique, dit M. Wilkinson, que nous avons rencontré à Madrid.

    Depuis 2015, nous avons fait beaucoup de progrès, mais nous devons faire plus pour atteindre notre cible de réduction des émissions, et même la dépasser, dit M. Wilkinson.

    Caroline Brouillette, experte en changements climatiques chez Équiterre.

    Caroline Brouillette, experte en changements climatiques chez Équiterre

    Photo : Radio-Canada / Etienne Leblanc

    Experte en changements climatiques chez Équiterre, Caroline Brouillette est assez critique face à la position défendue par le Canada à la COP25.

    Le Canada est un acteur collaboratif, qui joue un rôle important à l'international, mais à la maison, on omet l'éléphant dans la pièce qui est l'expansion continue du secteur pétrolier et gazier, dit Caroline Brouillette, rencontrée à Madrid.

    On ne peut pas se targuer d'être un leader sur la question climatique et continuer à favoriser cette industrie-là, qui contribue à une grande partie des émissions de GES, précise-t-elle.

    Pression populaire

    M. Wilkinson sait que la tâche est ardue. Ce n'est pas très facile, c'est compliqué, surtout dans un pays comme le Canada, où les différences entre les régions sont grandes, surtout au point de vue des ressources naturelles pétrolières, explique-t-il.

    Quand on lui demande s'il s'est senti un peu dépassé quand le premier ministre lui a offert le poste de ministre de l'Environnement, il répond par un rire sincère : Un peu!, dit-il. Pour le ministre, le contexte est plus tendu que jamais.

    Face au développement pétrolier dans l'ouest du pays, et au regard du constat des scientifiques, la pression populaire n'a jamais été aussi forte.

    Il pense pourtant que les Canadiens sont prêts pour le changement. L’année dernière, nous avons imposé une tarification de la pollution que beaucoup ont qualifiée de risque politique trop élevé. En fait, plus des deux tiers des Canadiens ont voté pour des partis qui appuient cette tarification, a-t-il dit lors de l'allocution nationale du Canada prononcée à Madrid mardi soir.

    Une nouvelle cible pour le Canada en 2020

    Jonathan Wilkinson a profité de la conférence des Nations unies sur le climat à Madrid pour annoncer que le Canada allait avoir une nouvelle cible, plus ambitieuse, de réduction des GES dès l'année prochaine, à temps pour la COP26 de Glasgow en 2020.

    C'est en effet une exigence de l'Accord de Paris de 2015. Les pays signataires doivent soumettre à l'ONU une cible de réduction des émissions toujours plus ambitieuses tous les cinq ans.

    Nous devrons être très imaginatifs!, avoue le ministre.

    Le Canada n'est pas en voie d'atteindre sa cible actuelle à l'horizon 2030, selon les propres chiffres du ministère que dirige maintenant Jonathan Wilkinson. Si toutes les politiques en place actuellement donnent les résultats escomptés, les experts du ministère évaluent qu'il manquera toujours 79 gigatonnes (Gt) de réduction des GES au bilan.

    Qu'à cela ne tienne, il devrait y avoir une nouvelle cible dès l'année prochaine.

    Issu du milieu des technologies vertes avant de faire le saut en politique en 2015, M. Wilkinson souhaite donner une nouvelle impulsion à la recherche et au développement de nouvelles technologies qui permettront de réduire les émissions du secteur des énergies fossiles.

    Mais pour la représentante d'Équiterre Caroline Brouillette, cette volonté de continuer à développer l'industrie pétrolière est totalement incompatible avec les engagements qu'on a pris dans l'Accord de Paris.

    À 54 ans, Jonathan Wilkinson dit relever le défi de sa vie.

    Si je suis allé en politique, c'est justement pour l'enjeu climatique. J'étais anxieux pour mes enfants, confie-t-il.

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    Changements climatiques

    Politique