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Discussion chez le barbier en 1969 : Autres temps, autres moeurs?

Voyez la transformation d'Alex à Johnny.

Aimée Lemieux

La rencontre de six francophones chez un barbier de Gravelbourg, en Saskatchewan, a fait l'objet d'un documentaire du journaliste André Beaudoin, en 1969. Ils y parlent notamment des femmes, de la vie d’un Canadien français dans l’Ouest canadien, du progrès technologique et de la première fois qu’ils ont vu une voiture. Lumière sur ce véritable voyage dans le temps.

Certains d'entre eux ont quitté le Québec au début des années 1900, d’autres, un peu plus tard. Même s’ils s’entendent tous pour dire qu’ils aiment toujours la Belle Province, leur patrie, c'est maintenant l’Ouest canadien, et plus précisément la petite communauté de Gravelbourg, située dans les Prairies, un endroit qu'ils chérissent particulièrement.

Quand j’suis arrivé ici pis j’ai vu toutes les belles prairies, j’me sentais comme au paradis, dit l’un d’eux. Icitte à Gravelbourg, on est comme chez nous, note un autre.

Le barbershop, c'est la place icitte

Quelque part à la fin des années 1960, ces six fermiers se rencontrent au salon de barbier chez Thibodeau, une institution de l’époque. Le commerce devient un peu comme le café du coin, explique André Beaudoin, petit-fils d'Émile Beaudoin, l'un des six hommes que l'on peut voir dans le documentaire.

Le salon de barbier de M. Thibodeau était un endroit où les gens se rencontraient, fumaient des cigarettes et discutaient de ce qui se passait dans la communauté, des potins, de la politique.

André Beaudoin, petit-fils de l'un des hommes apparaissant dans la vidéo

André Moquin, un résident de Gravelbourg qui connaît bien l’établissement, abonde dans le même sens. Même si des centaines de personnes sont passées entre les mains d’Henri Thibodeau, le salon était surtout connu comme étant un lieu où les hommes se rassemblaient, à l’image des tavernes exclusivement masculines.

C’était certainement un lieu de rencontre pour les hommes, il n’y avait pas de femmes là, et ça leur permettait justement de parler de toutes sortes de choses qu’on trouve inacceptables aujourd’hui : des femmes, de quoi elles avaient l’air et ainsi de suite, raconte-t-il.

C’est effectivement avec franchise que les quatre hommes discutent des femmes : de la leur, de celle de leur ami qu’ils auraient bien aimé marier et des veuves du village, qui sont près d’une centaine à l’époque.

Francophones en milieu minoritaire : de 1969 à aujourd’hui

À propos du fait d’être francophone en milieu minoritaire, l’un des hommes répond spontanément : Une personne qui parle seulement français dans l’ouest est un martyr. Un autre ajoute : Ceux qui ne parlent pas anglais sont des malheureux ici.

Pour le Fransaskois André Moquin, le constat est clair. Les Québécois qui arrivaient [à Gravelbourg], ou les francophones de façon plus générale, ils étaient évidemment handicapés pour fonctionner dans la société.

Gravelbourg était composée à l’époque de 70 % à 80 % de francophones, et aujourd’hui, il y a de 30 % à 40 % de francophones, note ce dernier, une diminution significative, selon lui.

André Beaudoin, qui a lui aussi habité dans la municipalité jusqu’à ce qu’il déménage à Regina, brosse le même portrait. Quand j’habitais à Gravelbourg, le français était probablement la langue principale, mais maintenant, avec les différentes communautés qui y habitent, l’anglais est plus courant.

Un exode accentué

Pour vous dire la vérité, vous regardez dehors, pis les maisons sont loin. Y’a une maison à peu près à tous les demi-mille, dit l’un des personnages.

Dans le Gravelbourg de 1969, les familles sont donc peu nombreuses et surtout éloignées les unes des autres. On était à 9 milles du premier voisin chez nous, fait que, si un homme partait en automobile, pis qu’il manquait de gaz à moitié chemin, y’était aussi ben de retourner chez eux, dit quelqu'un d'autre.

Selon André Moquin, l’exode s’est accentué à Gravelbourg, particulièrement dans les dernières années. Ils se plaignent en 1969 du peu de gens, alors qu’aujourd’hui, 50 ans plus tard, c’est rendu une crise dans le sens qu’il ne reste plus personne.

Avant, il y avait une famille à chaque demi-section, maintenant on est rendu à une famille par 10 sections de terre, dit-il.

Les temps ont changé à Gravelbourg depuis 50 ans. Mais, malgré une certaine évolution, certaines des questions soulevées dans le documentaire demeurent d'actualité, conclut André Moquin.

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