•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Pénurie d’enseignants : les nouveaux arrivants dénoncent un paradoxe

Les obstacles à l'embauche sont importants pour les nouveaux arrivants enseignants, malgré les pénuries.

Photo : La Presse canadienne / JONATHAN HAYWARD

Rose St-Pierre

Alors que des écoles du Nouveau-Brunswick veulent activement recruter des enseignants, de nouveaux arrivants qui possèdent plusieurs années d’expérience en éducation peinent à être embauchés.

C’est un grand point d’interrogation pour tout le monde. C’est un grand paradoxe, lance Zouhair Kahlaoui. Ce Tunisien d’origine s’est installé à Moncton avec son baccalauréat en langue anglaise en poche. Il accumule plusieurs années d’expérience au sein d’écoles primaires et secondaires en Tunisie.

Mais le père de famille est forcé de travailler dans un centre d’appel pendant les huit premières années qui ont suivi son arrivée. Ça n’a rien à voir avec mon profil, avec mon diplôme, explique-t-il.

Un homme sourit à la caméra devant une école.

Dix ans après son arrivée en Acadie, Zouhair Kahlaoui n'a toujours pas obtenu de poste permanent en enseignement.

Photo : Radio-Canada / Ian Bonnell

Depuis quelques années, il travaille pour des écoles francophones à titre de travailleur d’établissement, pour faire le lien entre les écoles et les familles allophones.

Je n’ai toujours pas de poste, malgré l’expérience, malgré le diplôme, malgré que je parle arabe, français, anglais.

Zouhair Kahlaoui

Pourtant, le District francophone répète les appels afin de pourvoir des postes d’enseignants. Il y a une pénurie dans l’enseignement [...] mais en même temps ils prennent pas les gens d’ailleurs. Moi je ne peux pas l’expliquer, avoue Zouhair.

Certains ne persistent pas aussi longtemps. Angelo Frölich a travaillé dix ans comme professeur d’anglais et d’éducation physique en Allemagne.

Un homme sourit dans un restaurant face à la caméra.

Angelo Frölich a choisi de retourner en Allemagne après un an et demi de démarches infructueuses pour devenir enseignant au Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada / Rose St-Pierre

Après des démarches administratives qui ont duré un an et demi, il décide de retourner en Allemagne.

Je suis venu pour être avec ma femme qui est Canadienne et notre fils qui est né après un mois que moi je suis venu [au Canada], explique-t-il. Mais maintenant, il faut que je revienne en Allemagne, parce qu’en Allemagne j’ai des meilleures conditions de travail. J’ai une petite famille, j’ai des responsabilités.

C’est absurde, moi je le trouve absurde, aussi quand je parle avec des gens, personne le comprend, c’est pas logique, et c’est aussi frustrant.

Angelo Frölich

L’enseignement : une niche fermée aux nouveaux arrivants

Le doigt levé d'une étudiante en classe.

Selon un chercheur de l'Université de Moncton, les nouveaux arrivants francophones et enseignants sont embauchés plus rapidement dans les districts anglophones.

Photo : Getty Images / Yuri

Les observations des nouveaux arrivants ont d’ailleurs fait l’objet d’une étude. Le professeur de sociologie à l’Université de Moncton, Leyla Sall, s’est intéressé à l’intégration des immigrants en éducation, une niche hermétiquement fermée, soutient-il.

Dans la région du grand Moncton, il y a un seul enseignant d’origine africaine qui a une permanence. Tout le reste, ce sont des suppléants, a observé le chercheur. Paradoxalement, le district anglophone recrute plusieurs nouveaux arrivants pour enseigner le français en immersion.

Mais au-delà des difficultés administratives, les nouveaux arrivants seraient désavantagés par rapport à leurs collègues du Nouveau-Brunswick, puisque l’école a la mission de transmettre la culture acadienne croit M. Sall.

Cette mission-là fait en sorte que souvent, on a tendance à exclure des immigrants francophones et qui viennent d’ailleurs, par préjugé on pense qu’ils ne peuvent pas transmettre la culture acadienne parce qu’ils ne sont pas Acadiens, avance le professeur.

Mais nous sommes capables d’apprendre les normes culturelles de la place et de les transmettre, ajoute-t-il.

Un paradoxe reconnu par le District francophone Sud

Une femme sourit lors d'une entrevue.

La directrice générale du District francophone Sud, Monique Boudreau, reconnait le paradoxe entre le manque d'enseignants et l'impossibilité pour les nouveaux arrivants dans le domaine d'obtenir rapidement des postes.

Photo : Radio-Canada / Guillaume Aubut

La directrice générale du District francophone Sud, Monique Boudreau, reconnaît que les dédales administratifs constituent un frein à l’embauche d’immigrants en enseignement. Et nous savons que les nouveaux arrivants constituent une richesse et une valeur ajoutée dans nos écoles.

Malgré tout, la reconnaissance de diplôme ralentit le district dans ses démarches d’embauche. Pour nous, c’est sûr que ça nous aide pas non plus, on vit une pénurie et on voudrait pouvoir les embaucher, mais nos mains sont un peu liées par rapport à la certification des maîtres.

Une fois les études à l’étranger reconnues, le district doit aussi accompagner les nouveaux enseignants à transmettre la culture acadienne.

Dans un milieu minoritaire, c’est notre double mission, explique Mme Boudreau. Mais on ne peut pas supposer qu’un immigrant qui arrive ici ait ces compétences-là. Donc c’est notre responsabilité quand on les accueille ici de leur fournir ces cours-là, explique la directrice, qui dit multiplier les activités de mentorat et d’accompagnement.

Le district poursuit donc ses opérations séduction à l’étranger, en espérant attirer de potentiels enseignants malgré tout.

C’est d’ailleurs dans une foire à l’emploi que Rémi Mantion a entendu parler du Nouveau-Brunswick. Fraîchement diplômé, il s’est envolé vers l’Acadie avec sa conjointe.

Un homme s'adresse à une journaliste pendant une entrevue.

Rémi Mantion est en Acadie depuis trois ans et souhaite y rester, même s'il ne bénéficie toujours pas de poste permanent en éducation.

Photo : Radio-Canada / Guillaume Aubut

Trois ans plus tard, il accumule toujours les contrats de suppléance, sans permanence.

Je sais vraiment que le district essaie de m’aider, je sais que le ministère certainement aimerait m’embaucher aussi… mais il y a quelque chose qui manque.

Mais le jeune enseignant persiste. On m’a bien accueilli ici [...], j’aime enseigner et je suis installé ici maintenant.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Nouveau-Brunswick

Emploi