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Un mécanicien qui travaillait pour l'État islamique voit sa demande d'asile rejetée

Des membres du groupe arme État islamique paradent dans les rues, armes bien en vue.

Boutros Massroua réparait des véhicules « troués de balles et trempés de sang » appartenant à Daech.

Photo : Associated Press

Radio-Canada

La demande d’asile d’un Vancouvérois a été rejetée, la justice estimant « complètement invraisemblable » que le mécanicien libanais ait ignoré qu’il était au service du groupe armé État islamique.

Installé au Canada depuis septembre 2015, Boutros Massroua a soumis une demande de statut de réfugié, disant craindre des représailles de la part du groupe armé État islamique et du Hezbollah, considérés tous deux comme des organisations terroristes par le gouvernement canadien, s'il retournait au Liban.

Dans une décision rendue mardi par la Cour d'appel fédérale à Vancouver, le juge Shirzad Ahmed note que l’homme de 54 ans originaire de Zahleh, une ville chrétienne de la vallée de la Bekaa, près de la frontière du Liban avec la Syrie, a agi « avec insouciance dans le seul but de faire de l’argent ».

« En raison de son ignorance volontaire et de sa cupidité, les objectifs barbares de Daech ont été poursuivis et des vies innocentes ont probablement été perdues », écrit Shirzad Ahmed.

Véhicule couvert de sang

Selon des documents du tribunal, le mécanicien a été approché par un homme appelé Abu Mohamed en décembre 2014, qui lui proposait une rémunération supérieure à son tarif habituel s’il venait à réparer des véhicules en dehors de ses heures de travail.

Boutros Massroua a accepté.

Un combattant de l'État islamique ouvre le feu contre des membres des Forces démocratiques syriennes.

La justice souligne que la réparation de véhicules a permis d'apporter une contribution « importante et consciente » au groupe armé État islamique.

Photo : Associated Press

Pendant des mois, Boutros Massoura travaillait de nuit dans un endroit nommé « le hangar », géré par un homme du nom d'Abu Arafat. Il était fouillé, son téléphone cellulaire et la croix qu'il portait au cou étaient confisqués à son arrivée.

Les hommes qui se trouvaient dans le hangar portaient de longues barbes et parlaient arabe avec un accent qui n’était pas libanais, révèle sa déclaration, et posaient du métal lourd sur le plancher de camions pour les renforcer.

Certains véhicules étaient parsemés d'impacts de balles, et à une occasion, l’un d’eux était couvert de sang. Cette découverte aurait effrayé M. Massoura, qui aurait tenté de ne pas y retourner, mais des hommes armés sont allés le chercher à son domicile pour le forcer à revenir.

Un jour, trois hommes se sont présenté chez lui et ont mis un visa chinois dans son passeport, lui disant qu'il devait être prêt à se rendre en Chine pour leur procurer quelque chose.

À trois reprises, il a été emmené en Syrie, pour effectuer des réparations. Il pouvait voir des bombardements au loin.

Dans sa déclaration, Boutros Massroua indique que c’est à ce moment-là qu'il s’est rendu compte qu’il travaillait en fait pour le groupe extrémiste État islamique.

Approché par le Hezbollah

Boutros Massroua affirme avoir été approché en mars 2015 par Abu Al Hassan, un représentant du Hezbollah, qui l'accusait de travailler avec le groupe armé État islamique. L’homme lui aurait donné une semaine pour cesser de travailler pour lui.

Un immeuble détruit par des frappes aériennes en Syrie.

Le Hezbollah est aussi un parti politique reconnu au Liban qui a déployé des troupes en Syrie en 2012, en appui au gouvernement de Bachar Al-Assad.

Photo : Getty Images / Louai Beshara

C’est à ce moment que Boutros Massroua et sa femme ont entamé une demande de visas canadiens pour rendre visite à la sœur de celle-ci.

Les éléments de preuve montrent que la résistance du demandeur contre le Hezbollah est supérieure à celle dont il a fait preuve contre l'État islamique , note le juge.

Quelques mois plus tard, Boutros Massroua aurait été réveillé au milieu de la nuit par des membres du groupe terroriste et emmené en Syrie, toujours en pyjama. Un pneu crevé a écourté le voyage et il a été ramené chez lui.

Al Hassan et deux autres membres du Hezbollah lui ont offert 1000 $ par nuit pour chaque visite en Syrie s’il agissait en tant qu'espion à leur compte. Boutros Massroua déclare avoir reçu un courriel de l'ambassade du Canada disant que sa demande de visa avait été approuvée le jour même.

Dans les jours qui ont suivi, des membres du Hezbollah lui auraient demandé de porter un micro lors de son prochain voyage en Syrie, lui expliquant que sa femme et lui seraient tués s'il ne se conformait pas à leur demande.

Le 15 mai 2015, apprenant que son visa canadien était prêt, il s’est rendu avec sa femme à Beyrouth pour rester avec ses parents jusqu'à la délivrance des visas. Le couple est parti au Canada un peu plus d'une semaine plus tard.

Complice de « crimes contre l'humanité »

Boutros Massroua et sa femme ont déposé une demande de statut de réfugié en septembre 2015.

En octobre, sa femme a obtenu l'asile, mais la Section de la protection des réfugiés a rejeté la demande du mécanicien, affirmant qu'il était complice de crimes contre l'humanité parce qu'il avait volontairement apporté une contribution importante et consciente à l'organisation État islamique en réparant des véhicules favorisant l'objectif de l'organisation .

Un camp de réfugiés syriens à Arsal, au Liban, est recouvert de neige.

Un camp de réfugiés syriens au Liban, près d'un an après le début du conflit meurtrier qui oppose, entre autres, l'État islamique et le Hezbollah.

Photo : -STR

Le juge indique qu'il est « complètement invraisemblable » que l’homme ait ignoré qu'il travaillait pour l'État islamique, compte tenu de la présence du groupe extrémiste dans la région, de ses observations et des réparations pour lesquelles il était payé.

La Convention relative au statut des réfugiés ne protège pas une personne s'il existe des raisons sérieuses de penser qu'elle a commis des crimes contre la paix, un crime de guerre ou un crime contre l'humanité .

Boutros Massroua risque d'être expulsé vers le Liban, car il ne dispose d'aucun appel et n'est pas admissible à un autre statut d'immigration au Canada, selon son avocate, Amanda Aziz.

Avec les informations de Michelle Ghoussoub

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