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analyse

Après la gestion de l’offre, l’aluminium va payer le prix du nouvel ALENA

Des rouleaux de feuilles d'aluminium.

Le Québec compte neuf alumineries, dont la capacité de production d’aluminium primaire totalise 2,8 millions de tonnes, soit 90 % de la production canadienne.

Photo : Radio-Canada

Gérald Fillion

Faut-il le rappeler? Le Canada n’avait rien à gagner et n’a finalement pas gagné grand-chose à renégocier l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA). Alors qu’on annonce une entente sur certaines modifications au nouvel accord, ce qui permettra sa ratification au Congrès américain avant Noël, on apprend que le Canada doit encore céder du terrain.

Alors que le Mexique accepte de resserrer le cadre de définition de l’acier, il refuse d’aller dans le même sens sur l’aluminium. À la demande des syndicats américains, les États-Unis ont exigé que l’acier qu’on considère comme étant fabriqué en Amérique du Nord soit fondu et coulé dans l’un des trois pays et non pas seulement fini. C’est une exigence américaine et c’est accepté par les Mexicains.

Mais cette exigence pour l’aluminium est rejetée par Mexico. Pourquoi? Parce que le Mexique ne fabrique pas d’aluminium et doit importer ce métal à 100 %. Une clause plus serrée sur l’aluminium viendrait désavantager l’économie mexicaine. Or, en excluant cette clause, c’est finalement le Canada, principalement le Québec, qui sera désavantagé.

L’aluminium risque de payer le prix d’une entente finale, dit Jean Simard, PDG de l’Association de l’aluminium du Canada, dans un courriel. En évitant une définition similaire à l’acier, le Mexique maintient sa capacité de recevoir du métal en provenance de la Chine à moindre prix afin de l’y transformer et exporter sur le marché américain des produits et composantes pour le secteur automobile.

Résultat, dit Jean Simard : le Mexique va récupérer progressivement nos parts de marché en délocalisant de la production américaine vers le Mexique, ce qui est déjà amorcé depuis la mise en place des tarifs et de l’exclusion mexicaine. Nous allons perdre de plus en plus de marché aux États-Unis avec cette situation et développer du même coup une relocalisation de capacité de transformation vers le Mexique. Ainsi, le Mexique devient la cour arrière de la Chine pour entrer sur le marché américain.

Le Mexique récupère le marché de l’aluminium du Canada

Les importations de jantes en aluminium en provenance de Chine ont chuté de 60 % aux États-Unis de mai à juillet 2019. Mais, durant la même période, elles ont bondi de 240 % vers le Mexique. Et le Mexique a vu ses exportations de jantes en aluminium transformées augmenter de 260 % vers les États-Unis.

Cet autre terrain cédé par le Canada s’ajoute aux concessions faites dans les secteurs agricoles couverts par la gestion de l’offre, qui représentent 40 % de l’agriculture au Québec. Avec le nouvel ALENA, le Canada accorde aux États-Unis un nouvel accès à son marché des produits laitiers à hauteur de 3,59 %; autrement dit, le Canada ajoute 3,59 % à son marché hors quotas. De plus, le Canada laisse tomber une catégorie de lait, qui avait pour objectif d’assurer l’achat de lait protéiné canadien au lieu du lait américain. Le Canada concède des brèches également dans ses marchés de la volaille, des œufs et des dindons.

Les experts ne s’entendent pas sur les effets de l’accord sur l'exemption culturelle. À propos des médicaments, on rapporte des avancées qui éviteraient des hausses de prix. Les détaillants, par ailleurs, pourraient subir les conséquences des exemptions supplémentaires de frais de douanes et de taxes à la frontière sur le commerce en ligne.

Au final, le Canada est parvenu à conserver le chapitre 19 de l’ALENA, le système de règlement des différends, un tribunal indépendant pour régler les conflits sur les droits compensateurs et antidumping. Ottawa, in extremis, a aussi été en mesure d’éviter que des plafonds d’exportations soient imposés dans le secteur de l’automobile.

La dure traversée du Canada

Mais, dans les faits, cette aventure imposée par l’administration Trump a été rude pour l’économie du Canada, non pas seulement à cause des modifications apportées, mais aussi en raison de l’incertitude que cette pression américaine a créée. Le président Trump a imposé des tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium, a menacé de le faire dans le secteur de l’automobile et a continuellement laissé planer la possibilité de déchirer l’accord actuel de l’ALENA, le pire accord de tous les temps, selon le président des États-Unis.

La seule vraie victoire du Canada sera celle d’avoir évité le pire : une rupture de négociations, un abandon de l’ALENA et le retour de tarifs douaniers sur tous les produits. Le gouvernement Trudeau a, tant bien que mal, géré les exigences du président américain, ses pressions et ses sorties intempestives, mais il va rester quelques cicatrices.

Il ne faut pas oublier également l’extrême pression que Washington vient appliquer sur le système de gestion de l’offre au Canada, alors que les États-Unis subventionnent à fond la caisse leur secteur agricole. Il faut ajouter aussi le fait que le Canada s’est trouvé à conclure le nouvel accord de libre-échange tout en laissant courir d’inacceptables tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium. Ces droits ont été retirés depuis, mais le Canada a eu l’air faible.

Le gouvernement Trudeau va présenter ce nouvel accord comme étant une réussite pour le Canada. Il cherchera certainement, dans les faits, à ratifier rapidement l’entente après les fêtes afin de passer à autre chose.

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