•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

La grève dans les écoles en Ontario en 5 questions

Des manifestants brandissent des pancartes dénonçant les coupes du gouvernement.

Les membres de la Fédération des enseignants des écoles secondaires de l'Ontario font monter la pression sur le gouvernement en débrayant à nouveau le 11 décembre (archives).

Photo : Radio-Canada / Camille Feireisen

Des milliers d'élèves ontariens sont privés de cours, mercredi, pour la deuxième fois ce mois-ci, en raison d'une autre grève d'un jour des membres de la Fédération des enseignants des écoles secondaires anglaises (FEESO). Le débrayage touche aussi une quarantaine d'écoles françaises élémentaires et secondaires.

Les pourparlers pour le renouvellement des conventions collectives sont dans une impasse. La FEESO et le gouvernement de Doug Ford s'accusent mutuellement de ne pas négocier de bonne foi.

La FEESO affirme que, malgré sa grève du 4 décembre, les progressistes-conservateurs refusent d'avoir des « discussions sérieuses », d'où la deuxième journée de débrayage de ses membres, mercredi.

Le ministre de l'Éducation, Stephen Lecce, rétorque que le syndicat reste « campé sur ses positions » et prend les élèves en otage avec ses grèves. Il a même dévoilé des détails de la dernière offre patronale, mardi, pour tenter de discréditer le syndicat.

Pour savoir si votre école est touchée par la grève d'un jour : cliquez ici.

1) Quels sont les points en litige?

La réponse dépend de la personne à qui vous posez la question! Le ministre de l'Éducation, Stephen Lecce, affirme que les négociations achoppent principalement sur la question salariale. Il accuse la FEESO d'être cupide et de réclamer des augmentations salariales de 2 % par an, alors que ses membres gagnent déjà en moyenne 92 000 $ annuellement. Des augmentations de 2 % pour tous les travailleurs de l'éducation coûteraient 1,5 milliard de dollars à la province, fait-il valoir.

Le président de la FEESO, Harvey Bischof, confirme que le syndicat réclame des augmentations supérieures à celles de 1 % prescrites dans la loi sur la rémunération des employés du secteur public. Il souligne que les hausses salariales accordées à ses membres depuis 2012 étaient bien en deçà du taux d'inflation. Il ajoute que le syndicat représente aussi des employés de soutien dans les écoles françaises, notamment, qui gagnent en moyenne 38 000 $ par année.

La FEESO dit aussi se battre contre le plan du gouvernement d'imposer des cours en ligne au secondaire et d'augmenter la taille des classes de 22,5 à 25 élèves de la 9e à la 12e année.

2) Pourquoi une 2e journée de grève juste avant le congé des Fêtes?

La FEESO cherche à « alerter l'opinion publique », selon le professeur en relations industrielles Louis Durand de l'Université Laurentienne.

C'est une façon de « garder l'attention médiatique » et de « maintenir la pression sur l'employeur », note le sénateur et ancien sous-ministre provincial du Travail, Tony Dean.

On va retourner en vacances dans nos familles [pour Noël] pis ça va peut-être être un sujet sur lequel on va discuter.

Geneviève Tellier, politologue, Université d'Ottawa

3) Qui a l'appui du public?

Il s'agit bien là du nerf de la guerre. Pour l'instant, le public semble être plus favorable aux enseignants, pensent les professeurs Durand et Tellier et M. Dean.

Mme Tellier explique que la décision du gouvernement d'augmenter la taille des classes est très « impopulaire » auprès des parents. Même son de cloche de la part de M. Dean.

La taille des classes est un enjeu très important pour les parents et les élèves.

Tony Dean, ancien sous-ministre du Travail

En ce sens, le recours à des grèves d'un jour constitue une « tactique légère » de la part du syndicat, qui cherche à faire pression sur le gouvernement, tout en épargnant le plus possible les élèves et les parents, souligne le professeur Durand.

4) Comment dénouer l'impasse?

Pour M. Dean, si l'on se fie aux négociations précédentes entre la province et les syndicats d'enseignants, les parties devraient d'abord mettre fin à leur guerre des mots.

Tant que les deux parties s'insultent sur la place publique, il sera difficile de conclure une entente.

Tony Dean, ancien sous-ministre du Travail

Selon lui, le gouvernement devra faire des compromis quant à l'augmentation de la taille des classes, notamment, pour en arriver à un accord. Entre 25 et 22,5 élèves par classe, il y a place au compromis, dit-il. La province avait dû faire des compromis avec les employés de soutien dans les écoles quant aux congés de maladie, par exemple, pour en arriver à un accord en octobre.

Pour le professeur Durand, le gouvernement pourrait tenter d'inverser l'actuel rapport de force favorisant la FEESO en concluant une entente d'abord avec un autre syndicat d'enseignants, que ce soit celui des enseignants francophones (AEFO) ou anglophones des écoles élémentaires (FEEO) ou des écoles catholiques (OECTA).

Si le gouvernement arrivait à une entente avec une autre association syndicale, là ça changerait un peu plus la perspective au niveau de l'opinion publique.

Louis Durand, professeur de gestion, Université Laurentienne

M. Dean affirme toutefois qu'il s'agit d'une stratégie risquée, parce que si elle échoue et qu'il y a grève dans l'ensemble des écoles élémentaires, l'impact sera encore plus grand, car il s'agit de jeunes enfants pour qui les parents devront trouver des services de garde.

5) Y aura-t-il une grève générale?

Les élèves et les parents pourraient bien faire face à des grèves tournantes après le retour en classe en janvier si les négociations ne débloquent pas, selon le professeur Durand.

Il estime même à 50 % à 70 % le risque d'une grève générale illimitée d'ici le début février.

Il souligne que la FEESO a reçu un fort mandat de grève de ses membres et que la cote de popularité du gouvernement n'est « pas très élevée », ce qui pourrait inciter le syndicat à rester ferme à la table de négociation.

Cela dit, tant du côté de la FEESO que de la province, l'opinion publique sera cruciale au cours des prochaines semaines, selon lui.

[Le gouvernement doit se demander] s'il adopte une position très forte, son taux d'insatisfaction va-t-il être encore plus élevé?

Louis Durand, professeur en relations industrielles

La politologue Tellier souligne que Doug Ford pourrait perdre l'appui de parents en prévision des élections de 2022, s'il ne gère pas la situation prudemment. Car à l'heure actuelle, bon nombre d'entre eux sont mécontents de son gouvernement.

Les autres syndicats d'enseignants :

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !