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Les dossiers de Kovrig et Spavor remis à des procureurs chinois

Cette information révélée mardi par la diplomatie chinoise laisse croire que les deux Canadiens détenus depuis un an se rapprochent d'un procès.

Michael Kovrig (à gauche) et Michael Spavor (à droite) ont été arrêtés par les autorités chinoises.

Michael Kovrig (à gauche) et Michael Spavor (à droite) ont été arrêtés par les autorités chinoises.

Photo : La Presse canadienne/Twitter

Radio-Canada

Deux Canadiens détenus en Chine depuis maintenant un an pour avoir présumément compromis la sécurité de l'État se rapprochent de plus en plus d'un procès.

Une porte-parole de la diplomatie chinoise, Hua Chunying, a fait savoir mardi que les dossiers de Michael Kovrig et de Michael Spavor ont été remis à des procureurs pour être évalués.

En Chine, de tels procès sont habituellement tenus derrière des portes closes et, selon l'ex-ambassadeur canadien en Chine, Guy Saint-Jacques, des verdicts de culpabilité et des condamnations sont presque assurés.

Une fois que les accusations formelles vont être déposées, que le procès va commencer, on sait que, dans le système chinois, vous êtes déclarés coupables dans 99,9 % des cas.

Guy Saint-Jacques, ex-ambassadeur du Canada en Chine

La détention et la mise en arrestation subséquente de MM. Kovrig et Spavor sont considérées par d'anciens diplomates comme des représailles de la Chine pour l'arrestation au Canada de la directrice financière de Huawei. Pékin nie tout lien.

Meng Wanzhou, considérée comme la numéro 2 du géant chinois des télécommunications, a été interpellée à la demande de la justice américaine, qui la soupçonne d'avoir contourné des sanctions imposées à l'Iran et qui réclame son extradition.

Soupçonnés « d'activités menaçant la sécurité nationale », les deux Canadiens ont été écroués en Chine dans les jours qui ont suivi, avant d'être formellement mis en état d'arrestation en mai dernier.

Des conditions de détention difficiles

Michael Kovrig, un diplomate en congé sans solde qui travaillait pour l'International Crisis Group, est suspecté plus précisément d'avoir recueilli des secrets d'État et des renseignements à destination de l'étranger.

Michael Spavor, directeur d'une organisation favorisant les échanges sportifs, culturels et commerciaux avec la Corée du Nord, est pour sa part soupçonné d'avoir volé et transmis illégalement des secrets d'État à destination de l'étranger.

Contrairement à Mme Meng, qui attend l'audience sur son extradition dans une résidence cossue de Vancouver après avoir été libérée sous caution, MM. Kovrig et Spavor croupissent dans des prisons chinoises.

Meng Wanzhou souriante, portant une robe rouge, devant des cèdres.

Meng Wanzhou ne peut quitter le Canada en attendant l'audience sur son extradition. Grâce à une caution de 10 millions de dollars, elle peut toutefois attendre la suite des procédures dans une des deux maisons qu'elle possède à Vancouver.

Photo : La Presse canadienne / Darryl Dyck

Selon l'ex-ambassadeur Saint-Jacques, M. Spavor est détenu dans des conditions difficiles dans une prison du Dandong, près de la Corée du Nord.

Il est avec 18 autres personnes dans une cellule où les lumières restent allumées 24 heures par jour. Il y a une seule toilette pour tout le monde.

Guy Saint-Jacques, ex-ambassadeur du Canada en Chine

Michael Kovrig s'en tire un peu mieux, selon lui, puisqu'il ne partage sa cellule qu'avec un seul autre prisonnier dans une prison au sud de Pékin.

L'ex-ambassadeur canadien en Chine, John McCallum, a pour sa part déjà indiqué que les deux hommes, qui reçoivent une visite consulaire par mois, pouvaient être interrogés jusqu’à quatre heures par jour.

Depuis le début de leur détention, ils n’ont pas eu accès à un avocat et se sont vu refuser tout contact avec leurs familles et leurs proches, a déploré lundi le ministre canadien des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne.

Champagne rabroué pour des propos jugés irresponsables

Les deux hommes ont été incarcérés arbitrairement en Chine, réitère par ailleurs le ministre dans cette déclaration officielle soulignant l'année de détention des deux hommes en Chine.

La sortie du ministre Champagne n'a guère plu à la diplomatie chinoise. Dans un communiqué publié peu après, l'ambassade de Chine à Ottawa a fait part de son profond mécontentement et a qualifié ces propos d'irresponsables.

Leurs conditions [de détention] sont bonnes. Les autorités judiciaires appliquent strictement la loi et traitent leur cas de manière civilisée, a pour sa part soutenu Mme Hua. Leurs droits sont assurés.

Dans un message publié sur son site Internet, la famille de Michael Spavor a aussi déploré le fait qu'il passera bientôt un deuxième Noël derrière les barreaux, sans sa famille et sans accès à un avocat.

Elle invite Ottawa et Pékin à travailler en vue de sa libération.

Le nouveau ministre des Affaires étrangères François-Philippe Champagne assis à un bureau avec des photos et des petits drapeaux canadiens derrière lui.

François-Philippe Champagne est ministre des Affaires étrangères du Canada depuis moins d'un mois.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Gohier

L'International Crisis Group, l'organisation pour laquelle travaillait M. Spavor au moment de son interpellation, a abondé dans le même sens dans une déclaration publiée la semaine dernière.

La détention de Michael Kovrig est injuste et inhumaine. Elle n'aurait pas dû durer une heure, encore moins une année. La Chine doit le libérer, écrivent le président du groupe et ses prédécesseurs, dont la Canadienne Louise Arbour.

Bien que la Chine n'ait jamais expliqué les raisons pour l'emprisonnement de Michael, il est clair qu'il n'est qu'un pion dans un important jeu géopolitique, écrivent-ils, dans une référence aux tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis.

Ottawa doit repenser sa stratégie, dit l'ambassadeur Saint-Jacques

Selon l'ex-ambassadeur Saint-Jacques, Ottawa doit revoir sa stratégie d'engagement envers la Chine étant donné l'enlisement actuel, qui illustre que la Chine devient plus autoritaire sous la férule du président Xi Jinping.

Ça soulève une question fondamentale sur nos valeurs. Moi, je dirais qu’il ne faut faire aucun compromis parce que la Chine s’attend à ce qu’on fasse preuve d’autocensure, qu’on ne les critique pas, par exemple, sur la situation [des Ouïgours] au Xinjiang ou sur ce qu’ils font à Hong Kong, a-t-il fait valoir en entrevue à RDI Matin.

Et je pense qu’il faut réagir à tout cas d’interférence, poursuit-il. Parce qu’on sait qu’il y a eu des représentations, soit de gens du consulat chinois ou de l’ambassade à Ottawa, pour empêcher par exemple la tenue de débats sur le Xinjiang sur des campus universitaires.

Guy Saint-Jacques, assis près d'un bureau.

Guy Saint-Jacques a été ambassadeur du Canada en Chine de 2012 à 2016.

Photo : Radio-Canada

Dans une lettre ouverte publiée mardi dans Le Devoir, Guy Saint-Jacques plaide en outre que le Canada devrait revoir sa collaboration avec la Chine dans le domaine de la haute technologie, y compris l'intelligence artificielle, pour prévenir l'utilisation de notre expertise dans les programmes de contrôle en Chine ou pour limiter la liberté d'expression.

Le message à la Chine devrait être que nous sommes d’accord pour qu’elle joue un plus grand rôle sur la scène internationale et qu’elle se joigne à l’APTGP (Accord de partenariat transpacifique global et progressiste), pourvu qu’elle cesse ses tactiques d’intimidation envers d’autres pays et qu’elle devienne un meilleur citoyen mondial.

Il est temps, à mon avis, d’appliquer la réciprocité, c’est-à-dire de permettre aux compagnies chinoises d’investir au Canada si une compagnie canadienne peut faire la même chose en Chine.

Guy Saint-Jacques, dans une lettre ouverte publiée dans Le Devoir

L'ex-ambassadeur souligne par ailleurs que les États-Unis doivent nous aider davantage à résoudre la crise, puisqu'ils ont mis le Canada dans le pétrin en demandant l'arrestation de Meng Wanzhou.

Le message devrait être que nous serons moins avenants la prochaine fois qu'ils nous demanderont un service, écrit-il.

Avec les informations de Associated Press, et Agence France-Presse

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