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Trump constitue un « danger » pour la prochaine élection, plaident les démocrates

La main droite levée, Steve Castor et Daniel Goldman prêtent serment, plusieurs journalistes sont en arrière-plan.

Les avocats Steve Castor, pour les républicains, et Daniel Goldman, pour les démocrates, sont venus présenter leurs conclusions aux membres du Comité judiciaire de la Chambre des représentants.

Photo : Reuters / Alex Brandon

Au terme de plusieurs semaines d'enquête, les avocats en chef des camps démocrate et républicain du Comité du renseignement de la Chambre des représentants ont plaidé leur cause devant le Comité judiciaire de la Chambre, au centre d'élus campant sur leurs positions.

Après une première séance consacrée au témoignage de constitutionnalistes, la semaine dernière, c'était au tour des avocats d'investigation en chef des deux partis – qui avaient interrogé les témoins – de présenter aux élus du Comité judiciaire leurs conclusions, fruits de deux mois d'enquête.

Reprenant les accusations des démocrates, leur avocat, Daniel Goldman, a dit d'emblée que le président américain avait abusé du pouvoir de son bureau, la présidence américaine, pour son bénéfice politique et personnel.

Devant les reproches des républicains, qui accusent les démocrates de mener cette enquête en destitution dans la précipitation, Me Goldman a justifié la rapidité du processus par le risque que pose toujours le président pour le processus démocratique.

Offrant une réplique à ceux qui reprochent aux démocrates de ne pas attendre que les tribunaux tranchent entre des assignations à comparaître délivrées par le Congrès et l'immunité totale de certains hauts responsables, invoquée par la Maison-Blanche, l'avocat des démocrates a fait valoir que le processus judiciaire pourrait prendre des mois, voire des années.

Or, non seulement le président a-t-il sollicité l'ingérence de l'Ukraine pour son bénéfice personnel et au détriment des intérêts nationaux, mais cette menace plane toujours, a insisté Me Goldman.

Les efforts persistants et continus du président Trump pour contraindre un pays étranger à l'aider à tricher pour gagner une élection constituent encore un danger évident pour la tenue d'élections libres et équitables, et pour notre sécurité nationale.

Daniel Goldman, avocat en chef des démocrates du Comité du renseignement de la Chambre des représentants

Il y a à peine deux jours, le président Trump a déclaré publiquement qu'il espère que son avocat personnel, Rudy Giuliani, rendra compte au département de la Justice et au Congrès des résultats de [ses] efforts en Ukraine de la semaine dernière, en lien avec ces fausses allégations ayant pour but de salir [l'ex-]vice-président Biden, a illustré Daniel Goldman.

Semaine chargée

Mercredi dernier, le New York Times a révélé que M. Giuliani poursuivait ses démarches en Hongrie et en Ukraine, auprès d'ex-procureurs de ce pays qui lui ont fourni des allégations dommageables aux démocrates.

Plusieurs témoins ayant défilé devant le Comité du renseignement l'ont présenté comme un joueur clé de la campagne de coulisses menée auprès des responsables ukrainiens pour les convaincre de réaliser des enquêtes chères à Donald Trump.

Au cours de son entretien téléphonique du 25 juillet avec son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky, le président américain a spécifiquement demandé à son interlocuteur de mener deux enquêtes.

Une première aurait porté sur celui qui pourrait être son adversaire politique en 2020 : l’ex-vice-président démocrate et candidat à l'investiture démocrate Joe Biden. L'autre, sur ce qu'il dit considérer comme de l'ingérence de la part de l'Ukraine dans la présidentielle américaine de 2016.

Plusieurs témoins ont cependant fait état de pressions exercées pendant des mois, ce qu'a rappelé Me Goldman.

Il a du même souffle répété que Donald Trump avait utilisé comme levier une aide militaire de 391 millions, qui a été gelée pendant près de deux mois. Il a aussi rappelé que l'administration Trump avait refusé toute collaboration à l'enquête.

Son confrère Barry Berke, l'avocat en chef des démocrates du Comité judiciaire, a pour sa part déclaré que la conduite du président ne laissait pas de place au doute. Ce stratagème du président Trump était si éhonté, si évident, [il était] étayé par des documents et des actes, et par des témoignages sous serment et des documents [...], qu'il est difficile d'imaginer que quiconque puisse contester ces actes, et encore moins prétendre que ce comportement ne constitue pas une infraction ou un délit passible d'accusation, a-t-il soutenu.

Cette deuxième audition publique du Comité judiciaire a donné le coup d'envoi à une semaine qui s'annonce chargée, le Comité devant vraisemblablement décider au cours des prochains jours s'il dépose des accusations contre le président Trump.

Dans son rapport publié mardi dernier, le Comité du renseignement a conclu qu’il existe des preuves accablantes justifiant une procédure de destitution contre Donald Trump.

Castor contre-attaque

L'avocat des républicains, Steve Castor, a pour sa part attaqué la façon dont les démocrates avaient mené l'enquête en destitution.

Les démocrates veulent destituer le président républicain depuis son arrivée à la Maison-Blanche, a-t-il soutenu, ajoutant qu'ils avaient jeté leur dévolu sur le dossier ukrainien après avoir envisagé d'autres avenues, comme le rapport du procureur spécial sur la Russie Robert Mueller.

Ce processus injuste reflète à quel point les démocrates sont obsédés par l'idée de destituer le président Trump par tous les moyens nécessaires.

Steve Castor, avocat des républicains

La préoccupation du président Trump était la lutte contre la corruption, a-t-il soutenu. Il demandait de l'aide [au président Zelensky] pour aider notre pays à sortir de la division qui a découlé de l'enquête sur la collusion avec la Russie, a-t-il ajouté sans toutefois étayer son affirmation.

À de nombreuses reprises, il a aussi mentionné Joe Biden et son fils Hunter. Donald Trump accuse l'ex-vice-président démocrate d'avoir exigé le départ d'un procureur ukrainien pour protéger les intérêts financiers de son fils Hunter qui, de 2014 à 2019, a siégé au conseil d'administration de la société gazière ukrainienne Burisma, dont le propriétaire de l'entreprise a un temps fait l'objet d'une enquête pour corruption.

Me Castor a de plus déploré que le lanceur d'alerte et le président du Comité du renseignement de la Chambre, Adam Schiff, ne vienne pas lui-même témoigner.

Les avocats du président ont refusé de prendre part à cette phase de l'enquête. Sur Twitter, Donald Trump ne s'est cependant pas gêné pour critiquer une chasse aux sorcières. Les démocrates qui ne foutent rien sont une honte! a-t-il écrit alors que l'audition se déroulait.

Deux réalités aux antipodes

Deux hommes attendent assis à une table.

Les avocats du Comité judiciaire de la Chambre, Barry Berke (à droite), représentant les démocrates et Steve Castor, représentant les républicains, se préparant à témoigner dans le Longworth House Office Building, à Washington.

Photo : Getty Images / Drew Angerer

Démocrates et républicains, qui ont multiplié les objections et les interruptions, ont poursuivi leur dialogue de sourds au cours d'une audition de neuf heures et demie pendant laquelle les tensions partisanes étaient palpables.

Lors de l'ouverture de la session, le président du Comité judiciaire de la Chambre, Jerry Nadler, a répété plusieurs fois que Donald Trump avait placé ses intérêts avant ceux de son pays. Il a violé ses responsabilités les plus fondamentales envers le peuple. Il a rompu son serment, a-t-il déclaré.

L'intégrité de notre prochaine élection est en jeu, a-t-il lancé. Rien ne pourrait être plus urgent.

Les républicains, qui ont de nouveau contesté la légitimité de l'enquête, disant que les jeux étaient pipés.

La présidente de la Chambre [des représentants, Nancy Pelosi] après avoir entendu une journée de témoignages devant le Comité judiciaire, a dit : "Allez écrire les chefs d'accusation". Au diable, les faits!, a lancé le républicain le plus haut placé du Comité, Doug Collins.

Les élus républicains ont de plus attaqué la crédibilité des avocats en chef des démocrates du Comité du renseignement et du Comité judiciaire, soulignant par exemple leurs contributions politiques au Parti démocrate.

Ils ont aussi reproché à Barry Berke d'avoir témoigné au début de l'audition et d'interroger lui-même Me Castor.

Selon ce que laissent supposer les questions posées par les élus – des questions par moments remplacés par des envolées oratoires partisanes – les dizaines d'heures de témoignages n'ont pas infléchi l'opinion des élus.

Une semaine chargée

Le Comité devrait décider d'ici la fin de la semaine s'il y a lieu d'accuser formellement le président et, le cas échéant, de déterminer les chefs d'accusation. Cette perspective laisse cependant peu de doutes.

À la lumière du plaidoyer de Me Goldman, le président pourrait être accusé d'abus de pouvoir et d'entrave au travail du Congrès. Les accusations de corruption et d'entrave à la justice – cette dernière qui serait liée aux conclusions du rapport Mueller – semblent moins probables.

Une fois rédigés, d'éventuels articles d'accusation seraient soumis, un à un, à un vote à la Chambre des représentants, possiblement avant la pause des Fêtes. Si au moins l'un d'eux est approuvé à la majorité simple, il reviendra au Sénat de tenir le procès en destitution du président, sous la présidence du juge en chef de la Cour suprême, John Roberts.

Pour que la procédure aboutisse à la destitution de Donald Trump, il faudrait qu'une majorité qualifiée des deux tiers se prononce pour cette option au Sénat, où les républicains sont majoritaires, ce qui paraît fort peu probable.

L'enquête en destitution a été ouverte en septembre dernier après qu'un membre des services du renseignement eut lancé l'alerte à propos de l'appel Trump-Zelensky du 25 juillet dernier.

Avec les informations de Washington Post

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