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COP25 : fossé béant entre les attentes de la rue et les intentions des décideurs

Une manifestante porte un masque.

Le groupe Extinction Rebellion a tenu dimanche à Madrid une manifestation colorée pour dénoncer l'inaction des gouvernements face aux changements climatiques.

Photo : Reuters / Javier Barbancho

Agence France-Presse

Les jeunes crient encore et encore leur colère, le patron de l'ONU martèle des mises en garde toujours plus inquiétantes, mais à la COP25, les signaux d'une réponse ambitieuse des pays les plus responsables du changement climatique sont faibles.

Alors que débute à Madrid la deuxième semaine de la 25e conférence de l'ONU sur le changement climatique, l'écart semble toujours aussi grand entre les attentes des défenseurs du climat et les intentions des pays qui émettent le plus de gaz à effet de serre.

Il a même grandi, a estimé Jennifer Morgan, directrice de Greenpeace International.

La paralysie des gouvernements est incroyablement troublante.

Jennifer Morgan, directrice de Greenpeace International

Ainsi, sauf surprise, aucun des plus gros émetteurs ne devrait faire d'annonce importante concernant ses ambitions. Ni les États-Unis, qui ont officialisé leur retrait du pacte climatique l'an prochain, ni la Chine, ni l'Inde, ni le Japon, ni même l'Union européenne (UE), qui focalise tous les espoirs.

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a pourtant été plus clair que jamais à l'ouverture de cette COP.

Nous attendons un mouvement profond de la part de la plupart des pays du G20, qui représentent les trois quarts des émissions mondiales, a-t-il lancé aux quelque 200 signataires de l'Accord de Paris, réclamant en particulier la fin des subventions aux énergies fossiles et la décarbonation des secteurs clés de l'énergie ou des transports.

Mais l'Accord de Paris, qui vise à limiter le réchauffement à 2 °C, prévoit que les États présentent une révision de leurs engagements de réduction des émissions seulement en 2020, alors que la plupart d'entre eux se focalisent sur la COP26 à Glasgow.

Le grand événement est la COP26, mais nous ne pouvons pas nous permettre d'attendre un jour de plus, a insisté la jeune combattante pour le climat Greta Thunberg, arrivée à Madrid vendredi et qui a une nouvelle fois entraîné dans la rue des milliers de manifestants.

Nous faisons grève depuis plus d'un an et, en gros, rien n'a changé.

Greta Thunberg, jeune environnementaliste suédoise
Plan rapproché de Greta Thunberg, qui affiche un air perplexe.

La jeune militante Greta Thunberg a participé lundi à une conférence de presse à Madrid.

Photo : Getty Images / AFP / Cristina Quicler

À cinq jours de la fin de la réunion, effectivement, les signaux ne sont pas très bons, a commenté Alden Meyer, de l'Union for Concerned Scientists, observateur de longue date des négociations climatiques.

Pour la Chine, l'Inde ou le Japon, s'ils décident de bouger, ce sera plus près de la COP26, a-t-il expliqué à l'AFP.

Quant à l'UE, c'est à Bruxelles qu'elle pourrait faire avancer les choses lors d'un sommet jeudi et vendredi, si elle parvient à adopter un objectif de neutralité carbone pour 2050 qui ne fait pas encore l'unanimité.

De petites avancées

En attendant, quelque 70 pays qui se sont engagés à rehausser leurs ambitions de réductions d'émissions de gaz à effet de serre en 2020 se réunissent à Madrid mercredi.

De nouveaux membres pourraient rejoindre cette alliance qui ne représente que 8 % des émissions mondiales, mais aucun grand émetteur, prédit Alden Meyer.

Alors, beaucoup comptent sur l'engagement aussi du secteur privé. Un groupe de plus de 600 investisseurs institutionnels gérant quelque 37 000 milliards de dollars a appelé lundi à la sortie du charbon et à plus d'ambitions des États.

Des indigènes portant des coiffes à plumes forment une chaîne humaine.

Des Autochtones ont aussi manifesté à Madrid dimanche.

Photo : Reuters / Juan Medina

Mais pour les régions en première ligne des impacts déjà dévastateurs des dérèglements climatiques, tout cela est loin d'être suffisant.

Quelques partis influents ont entravé les efforts pour répondre à l'urgence climatique, a dénoncé lundi sur Twitter Janine Felson, représentante du groupe des 44 États insulaires.

Nous avons vu des reculs de nos partenaires développés sur le sujet des pertes et dommages, a regretté de son côté Sonam P. Wangdi, qui préside le groupe des pays les moins avancés.

Alors que la hausse du mercure pourrait dépasser les 3 °C même si les engagements des États sont tenus, les pays du Sud réclament une accélération des négociations sur le financement des pertes et dommages qu'ils subissent.

Selon un récent rapport de l'International Institute for Environment and development, les familles rurales du Bangladesh dépensent 2 milliards de dollars par an pour réparer les dommages causés par les cyclones et autres événements extrêmes.

Les pays les plus pauvres s'inquiètent aussi des négociations sur les marchés carbone, dernier reliquat des règles d'application de l'Accord de Paris qui n'avait pas pu être adopté à la COP24.

Si les nouvelles règles régulant les marchés du carbone internationaux sont mal conçues, elles risquent de saper les objectifs de l'Accord de Paris, selon les experts. Alors, un mauvais résultat serait pire que pas de résultat du tout, estime Kelly Levin, du World Resources Institute.

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