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Le Brexit a déjà changé les Britanniques

Des jeunes s'inscrivent sur les listes électorale britanniques.

Bien des jeunes, qui étaient mineurs au moment du référendum sur le Brexit, pourront maintenant se prononcer indirectement sur la question.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont-Baron

Yanik Dumont Baron

Près de 50 millions de Britanniques sont appelés aux urnes jeudi. Un détour au bureau de vote qu’ils devront négocier entre les fêtes de Noël et les achats de cadeaux.

Rien pour améliorer l’humeur des électeurs là-bas, souvent écœurés par l’incapacité de leurs politiciens à résoudre la crise du Brexit.

De récentes rencontres avec des dizaines de Britanniques ont permis de constater que ce divorce pas encore formalisé a déjà changé les attitudes et les habitudes.

Des traditions (politiques) qui se perdent

L’homme n'a pas voulu donner son nom, mais il a accepté de parler quelques instants. Son équipe venait de terminer deuxième à la quiz night du mercredi dans ce petit pub des Midlands anglaises. Il avait quelques minutes, le temps de terminer sa pinte.

Rapidement, il a mis cartes sur table : J’ai voté travailliste toute ma vie. Là, je vais voter conservateur. Il votait à gauche, il votera à droite. Un revirement à 180 degrés.

Un revirement d’autant plus étonnant qu’il s’effectue dans une contrée jadis associée au charbon. Ici, on se rappelle encore la longue grève qui a opposé les mineurs à la première ministre conservatrice Margaret Thatcher.

Autant dire que, pour ces gens, voter conservateur aujourd’hui, c’est appuyer le camp des ennemis d’hier.

Je viens de la classe ouvrière, a-t-il lancé. « Ça me fait tout drôle, mais c’est la seule façon. » La seule façon d’obtenir le Brexit. Voter pour le parti qui semble le mieux placé pour, enfin, concrétiser la volonté des électeurs.

À Newcastle-under-Lyme, cet ouvrier n’est pas le seul à faire ce genre de calcul. À changer ainsi d'allégeance. Sa femme aussi. Et d'autres, rencontrés au marché, sur la rue, aux portes...

Certains l’ont admis facilement, d’autres moins. Pour ceux qui veulent le divorce d’avec l’Union européenne, mais ne peuvent toujours pas voter conservateur, il y a encore le Brexit Party. L’important, c’est de « voter Brexit ».

Tout cela signale l’effritement du « Red Wall » travailliste, une zone d’industries et de mines située dans la moitié nord de l’Angleterre. Des gens qui ont fidèlement appuyé des élus de gauche pendant des décennies.

Ces électeurs semblent s’éloigner des travaillistes en raison de leur position ambivalente sur le Brexit, et à cause de la personnalité de leur chef, Jeremy Corbyn. On le dit peu charismatique, mou, irrésolu. 

Une méfiance plus que solide envers les politiciens

« Non merci! J’en ai jusque là! » L’homme a monté la main par-dessus sa tête. Le candidat du Brexit Party qui venait de frapper à sa porte l’a vite compris : cet électeur en a assez des politiciens. Plus qu’assez.

La longue saga du Brexit semble avoir confirmé une rupture entre les Britanniques et leur classe politique. Une rupture née de l’incapacité des élus à trouver une façon de quitter l’Union européenne, en dépit de la volonté populaire.

Cet électeur votera conservateur dans l’espoir de vivre ce fameux divorce d’avec l’Union européenne. Et si cela ne se réalise pas, plus aucun politicien n’aura son attention. « Terminé! »

Un ras-le-bol généralisé devant la liste des promesses jamais réalisées. Devant les positions changeantes, les scandales d’abus de fonds publics par les élus britanniques.

Sur la place centrale de Newcastle-under-Lyme, un vendeur de CD usagés ne fait plus du tout confiance aux politiciens. « Depuis le Brexit, je me demande si mon vote compte vraiment pour quelque chose. »

À côté de lui, un ami tout aussi sceptique. Il votera conservateur, mais par dépit. « C’est le seul espoir de réaliser le Brexit », avance-t-il. Le vendeur lui répond par une question : « Will we ever leave? » Non. Ni l’un ni l’autre n’ont d’espoir que leur pays quitte l’Union européenne.

Les deux dépeignent les politiciens comme des opportunistes, qui s’enrichissent sur le dos de leurs concitoyens. Le vote serait un exercice futile. « La démocratie est finie! », lance l’un d’eux, comme pour conclure la discussion.

Une jeunesse qui ne veut plus laisser les autres décider à sa place

À Canterbury, dans le sud de l’Angleterre, une sorte d’optimisme flottait dans l’air, malgré la grisaille. Quatre jeunes adultes posaient fièrement pour la caméra, une affichette « I heart elections » à la main.

L’association étudiante de l’Université Christchurch ne ménage aucun effort pour sensibiliser les étudiants au processus électoral. Pour les convaincre de s’inscrire. Et de voter. 

« C’est notre avenir », lance Becky Thompson, l’une des responsables de l’association étudiante. « Beaucoup d’entre nous n’ont pas eu la chance de voter avant. Ils n’avaient pas 18 ans » lors du référendum sur le Brexit.

« La décision a été prise pour eux. Voici leur chance de se faire entendre. »

Par tranche d’âge, plus les Britanniques sont jeunes, plus ils sont attachés à l’Union européenne, opposés à quitter ce regroupement de nations sur le Vieux Continent.

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