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La réforme des services aux enfants autochtones inquiète des militants

Un enfant assis contre un mur, l'air triste.

Les ministres provinciaux du Manitoba, de la Saskatchewan et de l’Alberta se sont dits préoccupés par le manque de détails au sujet de la réforme.

Photo : iStock

La Presse canadienne

Les enfants vulnérables des Premières Nations pourraient pâtir des changements importants que compte apporter le mois prochain le gouvernement fédéral en matière de protection de l’enfance, affirment des défenseurs des enfants et des Premières Nations.

Selon eux, le gouvernement fédéral s’est montré avare de précisions sur le financement ou les changements qui entreront en vigueur le mois prochain.

« Ma plus grande crainte est de voir que des enfants et des familles passent à travers les mailles du filet », dit Cindy Blackstock, directrice générale de la Société de soutien à l’enfance et à la famille des Premières Nations du Canada.

D’après le gouvernement fédéral, la réforme des services aux enfants et aux familles autochtones permettra de réduire le nombre des enfants pris en charge en affirmant les droits inhérents des communautés amérindiennes, inuites et métisses.

Les communautés autochtones, qui ne sont pas définies dans la mesure législative, doivent notifier le gouvernement de leur intention d’exercer leur compétence ou de demander un accord tripartite avec le fédéral et les provinces.

Les communautés seront autorisées à adopter leurs propres règles sur la protection des enfants ou à mettre en vigueur les traditions. Dans tous les cas, ces règles auraient préséance sur les lois fédérales et provinciales.

Rola Tfaili, porte-parole aux Services aux Autochtones Canada, soutient que le gouvernement et ses partenaires autochtones collaborent pour la mise en œuvre cette réforme.

 Cindy Blackstock, professeure à l'Université McGill et directrice générale de la Société de soutien à l'enfance et à la famille des Premières Nations du Canada.

Cindy Blackstock, professeure à l'Université McGill et directrice générale de la Société de soutien à l'enfance et à la famille des Premières Nations du Canada

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Mme Blackstock ne croit pas que cela soit le cas. Des experts des Premières Nations et des services de protection à l’enfance ont rédigé un document et l’ont présenté au gouvernement fédéral, qui l’a rejeté.

« Il n’y a aucune obligation de financement positive au nom du gouvernement fédéral ou de tout autre gouvernement pour financer les services de protection de l’enfance fournis en vertu des lois autochtones », dénonce-t-elle.

« Manque de consultations »

Les paiements directs aux organismes autochtones de protection de l’enfance ne seront versés que par les provinces et les territoires qui ne sont pas touchés par la réforme. D’autres sources de financement ne seront pas disponibles avant 2022, dit Mme Blackstock.

Les ministres provinciaux du Manitoba, de la Saskatchewan et de l’Alberta se sont dits préoccupés par le manque de détails au sujet de la réforme. Ils s’interrogent sur la façon dont ils devront mettre en vigueur la réforme pour les enfants autochtones vivant en milieu urbain et pour ceux vivant dans les territoires autochtones.

Rebecca Schulz, ministre des Services à l’enfance de l’Alberta, a déclaré que les partenaires des Premières Nations et des Métis ont l’impression qu’il n’y a pas eu beaucoup de consultations.

Nous sommes très préoccupés par la façon dont le gouvernement fédéral a mis en œuvre cette politique. Je pense que nous ne sommes pas seuls.

Rebecca Schulz, ministre des Services à l’enfance de l’Alberta

Le grand chef, Arlen Dumas, déplore que l’Assemblée des chefs du Manitoba n’ait pas été consultée. Le groupe n’appuiera pas les changements. Selon M. Dumas, la réforme ne donnera pas aux Premières Nations le contrôle de leurs enfants, mais perpétuera la façon dont les choses se font maintenant. Le nouveau modèle est mis en place pour que les agences obtiennent plus d’argent alors que davantage d’enfants sont éloignés de leur famille, a-t-il soutenu.

« En fait, cela s’éloigne davantage de l’esprit et de l’intention de la façon dont les Premières Nations voulaient travailler dans le domaine de la protection de l’enfance. »

Assis sur un fauteuil, un homme aux longs cheveux noirs attachés en queue de cheval s'exprime.

Arlen Dumas, le grand chef de l'Assemblée des chefs du Manitoba

Photo : CBC

Cora Morgan, défenseure de la famille au sein de l'Assemblée, a déclaré que des générations d'enfants autochtones ont été volées à leurs familles par le biais des pensionnats autochtones, de la rafle des années 60 et des pratiques de protection de l'enfance.

Elle craint que les changements ne continuent à donner lieu à des séparations d'enfants d'avec leur famille.

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