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Les Hurons-Wendat pressent la CAQ de protéger une forêt vierge menacée

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
Un massif de forêt vierge identifié par la Nation huronne-wendat

Le reportage de David Rémillard

Photo : Radio-Canada / Courtoisie/Bureau du Nionwentsïo

Forte de nouvelles données scientifiques, la Nation huronne-wendat revient à la charge et demande que la forêt vierge du lac à Moïse, menacée par des coupes forestières, soit désignée comme une aire protégée. Dans l'intervalle, le grand chef Konrad Sioui demande au premier ministre François Legault « de calmer les ardeurs des compagnies forestières ».

Le territoire ciblé de cette éventuelle aire protégée, le Ya'nienhonhndeh, est décrit par la Nation huronne-wendat comme l'un des derniers massifs de forêt boréale vierge au sud du 52e parallèle. Il est situé à l'ouest de la réserve faunique des Laurentides et au nord de la réserve faunique de Portneuf.

Faisant 800 km2, ce grand espace a jusqu'à présent été épargné par les coupes forestières intensives, du moins en très grande majorité. Les Hurons-Wendat espèrent qu'il en sera ainsi pour les générations futures.

Si le projet date de quelques années, la pression s'est accentuée quand le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs a autorisé des coupes sur ce territoire dans son plan d'aménagement forestier 2018-2023.

Lettre au premier ministre

Après avoir interpellé le précédent gouvernement libéral, les Hurons-Wendat se tournent maintenant vers le gouvernement Legault. Ils estiment que leur projet au lac à Moïse cadre directement avec le projet de loi 46, présenté par la Coalition avenir Québec à la mi-novembre.

La loi vise à simplifier le processus de désignation d'aires protégées, en y tolérant notamment certaines activités économiques durables. Le gouvernement espère ainsi atteindre la cible de 17 % d'aires protégées au Québec avant la fin de l'année 2020.

Vue aérienne de zones forestières où des coupes ont été réalisées.

Vue aérienne de coupes forestières dans la réserve faunique des Laurentides.

Photo : Radio-Canada / Courtoisie/Bureau du Nionwentsïo

Dans une lettre destinée au premier ministre François Legault, le 22 novembre, le grand chef Konrad Sioui présente le projet du Ya'nienhonhndeh comme une opportunité à saisir pour son gouvernement :Une telle collaboration vous permettra d'augmenter la superficie d'aires protégées sur le territoire de la province.

M. Sioui réclame une réunion au plus tard le 31 janvier 2020 avec les représentants des ministères concernés. Le premier ministre a répondu le 3 décembre, ouvrant la porte à une telle rencontre.

On veut développer [l'aire protégée] dans un esprit de partenariat. On a besoin d'alliés et j'ai interpellé le premier ministre dans cet esprit-là, a précisé vendredi M. Sioui dans une entrevue accordée à Radio-Canada.

Moratoire exigé

Sans attendre quelque loi que ce soit, le Bureau du Nionwentsïo du Conseil de la Nation huronne-wendat a procédé à des inventaires au cours de l'été afin de recenser la biodiversité du secteur convoité.

Selon un document transmis à Radio-Canada, on affirme avoir découvert, notamment, trois espèces de mousses considérées comme ayant un très haut risque d'extinction. Des forêts anciennes ont été observées et recensées, ajoute-t-on.

Différentes espèces de plantes et de mousses ont été inventoriées au cours de l'été, ce qui a permis d'attester la présence de certaines espèces rares ou en péril.

Différentes espèces de plantes et de mousses ont été inventoriées au cours de l'été, ce qui a permis d'attester la présence de certaines espèces rares ou en péril.

Photo : Radio-Canada / Courtoisie/Bureau du Nionwenstïo

Le Conseil a obtenu un financement du fédéral, en août dernier, pour poursuivre ses travaux de recherche au cours des quatre prochaines années. Konrad Sioui réclame une suspension de toutes les coupes forestières le temps que ces études soient réalisées, soit jusqu'en 2023.

On veut entre autres vérifier la présence du très menacé caribou forestier de Charlevoix, ainsi que la composition de certains lacs encore jamais affectés par l'activité forestière.

Le premier ministre doit calmer les ardeurs des compagnies forestières. [...] Nous, on tient à ce que ces études-là se fassent.

Konrad Sioui, grand chef de la Nation huronne-wendat

Au-delà de sa richesse naturelle, Konrad Sioui clame son importance historique, l'endroit étant possiblement le seul qui date du précontact et qui soit toujours intact, dit-il.

C'est d'une beauté inimaginable. Mes premières images quand j'étais jeune de ce territoire-là m'ont marqué pour toujours, a-t-il raconté, ajoutant que des sentiers de portage utilisés par ses ancêtres étaient toujours présents.

M. Sioui rêve de faire découvrir ce territoire aux plus jeunes générations et à tous les Québécois. Je pense que tout est en place pour que le gouvernement dise : "Ok, on le protège, on le garde, c'est à nous autres".

Le lac Batiscan

Le lac Batiscan et ses falaises fait partie de la zone projetée pour l'aire protégée.

Photo : Radio-Canada / Courtoisie/Bureau du Nionwenstïo

Une dynamique unique

Si la Nation huronne-wendat est convaincue de l'importance de protéger cette forêt vierge, le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs n'y a attribué aucun statut particulier.

Louis Lesage, biologiste et directeur du Bureau du Nionwentsïo, estime que les critères de désignation des écosystèmes forestiers exceptionnels mériteraient d'être revus. Les critères de vieille forêt ne semblent pas tenir dans la sapinière à bouleaux blancs, explique-t-il.

M. Lesage propose une explication qui se tourne vers la tordeuse du bourgeon de l'épinette, très présente dans le secteur. La forêt se rajeunit, les arbres meurent à cause de la tordeuse, ce qui fait qu'on a pas beaucoup, voire très très peu d'arbres qui ont plus de 200 ans.

La forêt ne répond donc pas aux critères d'une « vieille forêt », alors que le lieu même n'a jamais été touché.

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