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analyse

Le féminisme à fleur de peau de François Legault

Trois personnalités politiques triomphantes sur une scène.

La nouvelle députée de Jean-Talon, la caquiste Joëlle Boutin, est entourée du premier ministre du Québec, François Legault, et de la vice-première ministre Geneviève Guilbault.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Alex Boissonneault

L’élection de Joëlle Boutin dans Jean-Talon lundi n’a pas seulement permis à la CAQ de ravir un château fort libéral, elle fait aussi entrer son caucus en zone paritaire, avec 40 % de députées. Une nouvelle qui a certainement de quoi réjouir François Legault, à qui il a souvent été reproché de ne pas faire assez de place aux femmes.

Si plus de femmes ont appuyé la CAQ que n’importe quel autre parti lors des dernières élections, en proportion, il semble que les hommes forment toujours la majorité de l’électorat caquiste.

Rien d’étonnant à ce que les adversaires du premier ministre, et pas seulement les partis d’opposition, y aient vu un talon d’Achille qu’ils ne se sont pas gênés d’exploiter.

Encore la semaine dernière, le patron de Québecor accusait le ministre de l’Économie de véhiculer des préjugés sexistes.

La corde sensible

Ancien homme d’affaires, on dit que le premier ministre prend rarement les choses à titre personnel. Mais son entourage vous confirmera que sur la question de la place des femmes, il a l’épiderme sensible.

Cette fragilité ne date pas d’hier, comme les critiques dont il fait l’objet sur l’enjeu de l’égalité homme-femme.

En 2012, on lui avait reproché de s’entourer d’hommes. Ironiquement, il était flanqué de Dominique Anglade pour se défendre de réserver ses postes clefs à des hommes comme Gaétan Barrette, alors candidat de la CAQ.

Du boys club au féminisme de façade

Six ans plus tard, il était encore dépeint par ses adversaires comme un baby-boomer cachant mal ses réflexes machistes.

François Legault n’a toujours pas digéré la sortie des candidates du PLQ Christine Saint-Pierre et Marwah Rizqy, qui l’accusaient de faire preuve d’un féminisme de façade parce qu’il avait publié des échanges texto entre la candidate Gertrude Bourdon et son équipe.

L’aspirant premier ministre l’avait d’autant mal pris qu’il s’était engagé à former un conseil des ministres paritaire. Qui plus est, la CAQ présentait alors une majorité de candidatures féminines aux élections.

Pas de grâce pour le messager

En septembre, lors de la conférence de presse pendant le caucus de la CAQ à Rivière-du-Loup, le premier ministre en avait surpris plus d'un en interrompant une journaliste pour parler d’un article qu’elle venait de publier.

Le reportage en question comparait le salaire des hommes et des femmes au sein du caucus de la CAQ. Il arrivait à la conclusion que les postes les plus prestigieux et les mieux payés échappent aux femmes.

Rarement, sinon jamais, nous a-t-on répété en coulisse, le premier ministre n’avait aussi mal réagi à un article, alors qu’il considère sincèrement en faire beaucoup pour donner plus de place aux femmes. Des députés de la CAQ disaient que l’article aurait dû souligner, par exemple, que la moyenne des salaires dans son caucus est plus élevée pour les femmes.

Une accusation qui colle

À notre époque, quand on accuse un homme de 60 ans d’être sexiste, ça colle, même si c’est faux, admettait un proche du premier ministre. Et tous jurent que sur cet enjeu, la sensibilité de François Legault n’a rien à voir avec un calcul politique.

Cela étant dit, le premier ministre est sûrement au fait que, politiquement, sa marge de manœuvre est limitée.

Si, d’un côté, il doit empêcher ses adversaires de lui accoler l’étiquette antiféministe, de l’autre, il ne peut laisser sa colère l’emporter, pour ne pas rappeler ce vieil adage selon lequel il n’y a que la vérité qui blesse.

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