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analyse

Le bulldozer conservateur transforme l’Alberta

Le premier ministre albertain Jason Kenney s'exprime devant un pupitre. Son image est projetée sur un écran derrière lui.

Jason Kenney se vante d'avoir tenu 40 % de ses promesses dès les six premiers mois de son mandat.

Photo : La Presse canadienne / JASON FRANSON

Laurent Pirot

Le gouvernement conservateur de Jason Kenney avance vite, très vite, et sur de très nombreux sujets. Depuis son élection au printemps, il a remis en cause la plupart des grandes réformes mises en place par les néo-démocrates avant lui, sans prendre la peine de calmer les tensions créées par ces changements à marche forcée.

Lors de la session d’automne qui s’achève, le bulldozer du Parti conservateur uni a modifié en profondeur des dizaines de lois, notamment en ayant recours à trois projets de loi omnibus qui incorporent plusieurs réformes dans un seul texte de loi.

Le parti au pouvoir n’a pas non plus hésité à couper court aux débats. Il l’a prouvé en limitant le temps de discussion sur le projet de loi 22 à chaque étape du travail des députés.

Le texte de 172 pages a été adopté en trois jours seulement, alors qu’il contenait de très nombreux changements importants qui n’avaient fait l’objet d’aucune consultation.

Bilan riche

En quelques semaines de session cet automne, les règles environnementales ont été revues, et le fonctionnement du marché de l’électricité a été modifié. Le droit des travailleurs agricoles a été amoindri, et le gouvernement s’est donné plus de latitude pour gérer les pensions des fonctionnaires.

C’est sans compter la mise à la porte sans cérémonie du commissaire aux élections, alors même qu’il enquêtait sur des affaires dans les coulisses du Parti conservateur uni.

Sans compter non plus le budget, qui se traduit par la perte de milliers de postes, y compris dans les secteurs de la santé et de l’éducation.

Ces nouvelles décisions s’ajoutent au bilan déjà riche de la première session du printemps, qui a vu en particulier la fin de la taxe carbone et une forte baisse des impôts pour les entreprises.

Rythme effréné

Le gouvernement tient ses promesses de campagne et il le fait rapidement, claironne Jason Kenney. Son parti calcule qu'il a commencé à mettre en oeuvre 162 de ses promesses en seulement 219 jours.

Nous avons déjà tenu 39 % de nos promesses.

Jason Kenney, premier ministre albertain

Nous allons tellement vite que certains journalistes se plaignent du rythme des changements, a ironisé Jason Kenney devant ses militants. Son leader du gouvernement en Chambre, Jason Nixon, affirme avoir été accusé par certains d'en faire trop. Mais c’est exactement pour ça que les Albertains nous ont élus , dit-il.

Peu d’égards pour les critiques

Le rythme soutenu des réformes froisse l’opposition, qui peine à suivre le rythme. Il empêche les Albertains concernés par les changements d’analyser en détail les répercussions des projets de loi pour eux et d’exposer leurs préoccupations. Il limite aussi les débats au sein de la société.

Se faire des ennemis semble toutefois être le dernier des soucis de ce gouvernement, auréolé d’une large victoire électorale au printemps.

D’autres gouvernements chargent les ministres de dialoguer avec les partenaires pour apaiser les tensions après des décisions difficiles, mais ce n’est pas le choix de Jason Kenney.

Au cours des dernières semaines, on a vu la ministre de l’Éducation, Adriana LaGrange, s’en prendre publiquement à la gestion du plus important conseil scolaire de la province et à ses dirigeants élus.

Quand le maire de Calgary, Naheed Nenshi, s’est plaint de la baisse des subventions provinciales, le ministre des Affaires municipales, Kaycee Madu, a traité les conseillers municipaux d’obsédés de la dépense.

Jason Kenney lui-même ne se prive pas de jeter de l’huile sur le feu à l’occasion.

En même temps qu’il invitait les syndicats à coopérer avec son gouvernement, il accusait les dirigeants syndicalistes d’être coupés de la réalité et se permettait cette boutade : S’il y a une journée sans manifestation, je me demande ce que je fais de travers.

Le politologue de l’Université de l’Alberta Frédéric Boily n’est pas surpris de ce ton qui s’inscrit dans la droite ligne d’une campagne au cours de laquelle les conservateurs ont montré leurs muscles. Le Parti conservateur uni avait promis d’être dans une logique d’action, rappelle-t-il.

Rééquilibrer le budget provincial était une promesse centrale de Jason Kenney, relève l’analyste. Si ce rééquilibrage-là doit se faire même à l’encontre de certains groupes, ils sont prêts à tenir la promesse, parce qu’ils pensent que c’est bénéfique, fait-il remarquer.

Si on en juge par la promesse de Jason Kenney lors de l’assemblée générale de son parti il n’a pas l’intention de s’interrompre. Vous n’avez encore rien vu. On ne fait que commencer, promet-il.

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