•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le manque de relève des clubs Richelieu, une menace pour la francophonie?

Plusieurs personnes posent pour une photo

Les clubs Richelieu du Grand Sudbury ainsi que celui de Rivière des Français ont accordé un don collectif de 100 000 $ à la Place des Arts du Grand Sudbury.

Photo : courtoisie Ron Gladu

Bienvenu Senga

Leur expertise en appui financier et en développement d’initiatives communautaires en milieu francophone minoritaire est jugée inégalée par plusieurs intervenants. Mais le manque de relève qu’éprouvent actuellement de nombreux clubs Richelieu menace la survie de projets populaires qu’ils ont mis sur pied et soutiennent depuis longtemps.

Dans la municipalité de Rivière des Français, au sud du Grand Sudbury, le tournoi familial de balle molle est un événement incontournable.

L’activité estivale initiée en 1984 par le Club Richelieu de Rivière des Français lui a déjà permis de recueillir plus de 254 000 $, une somme réinvestie dans de nombreuses actions caritatives au fil des ans.

Mais 35 ans après la création du club, le constat de sa trésorière, Suzanne Bisaillon, est terne. Étant donné leur moyenne d’âge élevée, les membres sont de plus en plus réticents à accepter de nouvelles responsabilités.

Une femme qui porte un t-shirt noir et qui tient un bâton de baseball en mains

Le tournoi familial de balle molle de Noëlville, principal événement de collecte de fonds du Club Richelieu de Rivière des Français, attire chaque année près de 10 000 participants et visiteurs.

Photo : Radio-Canada / Bienvenu Senga

Le club songe ainsi à se départir de l’aspect logistique de l’organisation du tournoi de balle molle, et cela même s’il suscite toujours un grand intérêt et rassemble jusqu’à 10 000 participants et visiteurs.

Pour Mme Bisaillon, l’avenir du club lui-même est incertain.

Je pense qu’à un moment donné, je ne sais pas si on va pouvoir exister, parce que si on ne peut pas recruter, on ne peut pas avoir de club.

Suzanne Bisaillon, trésorière du club Richelieu de Rivière des Français

Le Club Richelieu de Rivière des Français est toutefois loin d’être le seul à être touché par la crise du renouveau.

Selon le président du club Richelieu de Sudbury, Robert Whipple, la moyenne d’âge des 60 membres d'environ 71 ans.

Le défi, c’est de trouver du sang neuf, note-t-il.

Le club fondé en 1947 compte bientôt faire un plan de recrutement de nouveaux membres, mais M. Whipple sait déjà que ce ne sera pas chose facile.

C’est très difficile d’approcher des jeunes, je pense. Mais ce qu’on leur dira, c’est qu’on est un club qui a une grande présence dans la communauté. Malgré notre âge, on fait du bon travail pour les francophones de la région de Sudbury.

Robert Whipple, président du club Richelieu de Sudbury
Une soixantaine de personnes écoutent quelqu'un parler dans un gymnase, entouré de piles de nourriture.

Chaque année, pendant le temps des Fêtes, le Club Richelieu Les Patriotes de Sudbury distribue des denrées alimentaires à des familles démunies de la région.

Photo : Radio-Canada / Jean-Loup Doudard

La région du Grand Sudbury compte quatre clubs Richelieu et malgré leurs défis de recrutement, une participation non négligeable des jeunes se manifeste lors d’activités ponctuelles comme la confection de paniers de Noël pour les familles démunies dans le temps des Fêtes.

Quelle pertinence pour les clubs aujourd’hui?

Lors de sa fondation à Ottawa en 1944, le mouvement Richelieu avait pour mission de doter les Canadiens français d’une structure semblable à celles des nombreux clubs sociaux anglais déjà existants à l’époque.

Le mouvement a connu une grande expansion. En 2019, des clubs Richelieu peuvent être retrouvés non seulement dans les quatre coins du pays, mais aussi aux États-Unis et dans certains pays d’Europe et d’Afrique.

Même si les clubs n’entretiennent pas nécessairement des liens étroits entre eux, leur présence dans les communautés où ils sont établis est toujours aujourd’hui jugée très pertinente.

La mairesse adjointe de Rivière des Français, Renée Carrier, considère le club Richelieu local comme étant l’un des meilleurs groupes de la région.

Elle s’appuie entre autres sur les retombées économiques du tournoi de balle molle, mais aussi sur le camp d'été Soleil qui, depuis sa création par les Richelieu en 1993, a déjà accueilli plus de 5000 enfants.

Le tournoi de balle [aide] toutes nos entreprises. On ne voudrait pas perdre le club Richelieu, nos organismes ne voudraient pas perdre le club Richelieu.

Renée Carrier, mairesse adjointe de Rivière des Français

À Sudbury, les clubs Richelieu de la région ont offert l’an dernier un don de 100 000 $ à la Place des Arts du Grand Sudbury, qui demeure la contribution collective la plus importante offerte par une entité francophone communautaire et sans but lucratif.

La façade de la Place des Arts.

L'édifice de 30 M$ sera construit à l’angle de la rue Elgin et Larch, au centre-ville sudburois.

Photo : Place des Arts

Le projet de construction d’un édifice de 30 millions de dollars abritant sept organismes culturels et artistiques francophones, qui commence à se concrétiser, a été imaginé dans sa forme actuelle il y a une dizaine d’années, mais le besoin d’un lieu rassembleur est présent depuis bien plus longtemps.

Je crois que [les Richelieu] ont reconnu qu’un lieu rassembleur comme la Place des Arts s’alignait parfaitement avec leur mission et [leur appui] a été un moment très important et un point tournant dans notre campagne communautaire, déclare Diane Leblanc, membre du conseil d’administration de la Place des Arts du Grand Sudbury.

Mais Mme Leblanc souligne davantage l’expertise en développement de projets qu’ont partagée des membres de clubs Richelieu avec les responsables de la Place des Arts, surtout dans les étapes initiales.

Quand t’as quelqu’un de solide tel que les Richelieu derrière toi, tu bénéficies de ça. Dans le milieu francophone, il n’y a personne d’autre [de comparable].

Diane Leblanc, membre du conseil d’administration de la Place des Arts du Grand Sudbury
Des femmes debout

Les membres du Club Richelieu féminin de Sudbury ont fait cette semaine un don à la banque alimentaire du Collège Boréal.

Photo : Fondation du Collège Boréal

« Une mission qui n’a pas pris une ride », soutient un historien

Dans le cadre de ses recherches, l’historien Serge Dupuis, spécialiste de la francophonie en Amérique du Nord, s’est penché sur le parcours du mouvement Richelieu.

Dans son ouvrage Le Canada français devant la francophonie mondiale paru en 2017, il relate les grandes transformations qu’ont dû entreprendre l’organisation, dont l’admission des clubs mixtes et féminins, ainsi que l’ouverture aux minorités culturelles d’expression française.

Serge Dupuis en studio.

L'historien Serge Dupuis est spécialiste de la francophonie en Amérique du Nord.

Photo : Radio-Canada / Valérie Marcoux

En analysant le manque de relève auquel sont confrontés de nombreux clubs Richelieu, M. Dupuis y voit une réalité avec laquelle on doit composer, étant donné notamment le réseau organisationnel dont est dotée actuellement la francophonie en milieu minoritaire.

Il faut comprendre que la francophonie s’est professionnalisée dans les 50 dernières années. Alors qu’autrefois, des bénévoles engagés faisaient rouler toutes sortes de choses dans leurs paroisses, leurs quartiers, aujourd’hui on a des organismes spécialisés subventionnés par le gouvernement. Donc, il y a eu une espèce de désengagement de la société civile vis-à-vis de ces questions-là, remarque M. Dupuis.

L’historien estime que pour surmonter ses obstacles, le mouvement Richelieu devrait s’atteler à devenir un lieu de solidarité intergénérationnelle et être davantage à l’écoute de la jeunesse, reconnaissant tout de même que la jeunesse n’a pas tendance à être patiente de nos jours non plus.

Mais pour M. Dupuis, qui offre d’ailleurs souvent des conférences à divers clubs Richelieu, le mandat initial du mouvement est loin d’être désuet.

Ce que je dis toujours aux clubs Richelieu, c’est que leur mission envers le développement de la francophonie et le développement de la jeunesse n’a pas pris une ride. C’est peut-être plutôt dans la formule et la manière d’amener sa proposition qu’elle a besoin d’une actualisation, mais le besoin qu’elle a identifié en 1945 est toujours là.

Serge Dupuis, historien et consultant à rrcdupuis.com
Des femmes debout ensemble

Le Club Richelieu Les Perles du Nord de Timmins remet régulièrement des fonds au Centre Passerelle pour femmes, qui offre du soutien à des femmes victimes d'agressions à caractère sexuel.

Photo : Club Richelieu Les Perles du Nord

Une tradition familiale

À 32 ans, Kayla Dillon est l’une des membres les plus jeunes du Club Richelieu féminin Les Perles du Nord de Timmins.

Fille, nièce et petite-fille de membres du même club, elle affirme que sa décision de s’y joindre a été prise de manière tout à fait naturelle.

J’ai été impliquée vraiment jeune et je me suis rendue compte qu’il y a des jeunes familles qui ont bénéficié des dons [du club], et beaucoup de femmes francophones qui avaient du plaisir ensemble. J’ai aimé ce côté-là, fait-elle savoir, qui est d’ailleurs l’actuelle vice-présidente du club.

Cinq femmes debout ensemble

Kayla Dillon (à droite) est la vice-présidente du Club Richelieu Les Perles du Nord de Timmins. À 32 ans, elle est aussi l'une des plus jeunes membres du club.

Photo : Club Richelieu Les Perles du Nord

La réticence de certaines jeunes femmes à se joindre au club l’inquiète « absolument », surtout parce qu’elle prive les membres de longue date de nouvelles idées. Mme Dillon attribue cette réticence au train de vie que sont contraintes de mener plusieurs jeunes femmes. 

Le temps passe vite, les gens ont des familles, c’est difficile de nos jours, mais il faut trouver le temps de participer quand on en a la chance, et de ne pas avoir en tête qu’on doit participer à tout. Chaque petite action peut faire un changement dans la vie d’un autre.

Kayla Dillon, vice-présidente du Club Richelieu féminin Les Perles du Nord de Timmins

À ses débuts, le mouvement Richelieu n'était ouvert qu'aux hommes. Le tout premier club féminin a été créé en 1980 et les cercles Richelieu féminins et mixtes ont été officiellement reconnus deux ans plus tard.

Des exemples de succès

En 2018, Guilène Fotso a relancé le club Richelieu de London, dans le sud-ouest ontarien, qui était éteint depuis longtemps.

Déjà impliquée au sein de l’organisation du concours Épelle-moi Canada, l’enseignante dit avoir été inspirée par ses collaborateurs de la région d’Ottawa qui travaillaient étroitement avec des clubs Richelieu.

En voyant qu’il n’y avait pas de club à London, j’étais un peu déçue. Je me suis dit qu’on devrait en avoir un, parce que c’est une bonne initiative, quelque chose pour soutenir la francophonie, raconte-t-elle.

Après avoir pris contact avec les dirigeants du Richelieu International, Mme Fotso a pu recruter quelques personnes et remettre sur pied le club de London. Si elle admet toujours rencontrer des défis à tout bout de champ, elle ne perd pas de son enthousiasme.

Il vaut mieux avoir 3-4 personnes sur qui on peut compter que d’avoir tout un monde sur qui on ne peut pas se fier. Je travaille avec 6-7 personnes qui sont vraiment impliquées, qui se donnent à fond et on parvient à faire de belles choses.

Guilène Fotso, présidente du club Richelieu de London
Une femme noire qui porte une couronne

La présidente du Club Richelieu de London, Guilène Fotso, veut recruter davantage de membres de diverses origines.

Photo : Guilene Fotso

Après avoir réussi à organiser des activités de collecte de fonds destinés à subventionner des bourses d’études pour les finissants du secondaire, le club Richelieu a déjà entrepris la planification d’un nouveau programme nommé La Relève qui ciblera spécifiquement les jeunes.

Selon Mme Fotso, quelques jeunes auraient déjà manifesté leur intérêt et le programme pourrait être lancé dès le printemps prochain.

Elle se réjouit aussi des progrès qu’elle dit avoir accomplis dans le recrutement de membres d’origines diverses, l’un de [ses] premiers objectifs.

Je dis toujours que la francophonie n’a pas d’origine, de race, ni de couleur. Elle est universelle. Il y a plusieurs nationalités qui commencent à s’intéresser, des gens qui viennent de l’Afrique du Nord, de la France, de la Belgique, des Libanais [...], je voulais que ce soit un club coloré. Ce n’est pas toujours évident, mais qu’est-ce qui est facile dans la vie?

Guilène Fotso, présidente du Club Richelieu de London
Un homme et une femme costumés

Le nouveau Club Richelieu de London a organisé un tout premier bal masqué en novembre pour recueillir des fonds, une activité qu'il compte rendre annuelle.

Photo : Réseau-femmes du sud-ouest de l'Ontario

Dans l'ouest de l’Île-du-Prince-Édouard (Î-P-É), le Club Richelieu Évangéline, réduit à 10 membres en 2017, a décidé de mener une campagne de recrutement qui s’est avérée fructueuse.

Nous sommes un club mixte, mais nous avons toujours eu des difficultés à attirer des femmes [notamment] parce que nous sommes dans une région rurale et les femmes avaient leurs propres associations, explique le président sortant du club, Gabriel Arsenault.

Le club, qui compte actuellement près d’une dizaine de membres de plus, a non seulement dû avoir recours aux médias traditionnels, mais a aussi révisé son mode de fonctionnement en s’associant pour la première fois aux Jeux de l’Acadie et au Village des sources l’Étoile filante.

On s’est dit que peut-être la meilleure de façon de recruter des gens, c’est de s’associer à des causes ou des œuvres de grande envergure. C’était un bon coup parce qu’on est allé chercher des gens qui s’intéressaient à ces causes-là et qui sont actifs, note M. Arsenault.

La moyenne d’âge des membres est désormais de 40 ans, selon le président sortant, qui ajoute que le recrutement de jeunes est particulièrement difficile étant donné le bassin de population déjà réduit dans la région.

Il espère toutefois que le bouche-à-oreille permettra au Club Évangéline de poursuivre son renouveau.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Nord de l'Ontario

Francophonie