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La Chambre des communes n’est toujours pas à l’image du Canada

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Greg Fergus, un député Noir à la Chambre des communes

Le député libéral Greg Fergus a l’impression de devoir représenter plus que les électeurs de Hull-Aylmer.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Gohier

Même si 90 nouveaux députés fédéraux ont été assermentés, la dernière élection n’a toujours pas permis à la Chambre des communes de ressembler au pays qu’elle doit représenter. Au-delà des principes, cet écart entre la diversité de la population canadienne et ses élus a de vraies conséquences.

Comme ses 337 collègues, Greg Fergus a commencé le travail parlementaire. Sauf que, un peu malgré lui, le député libéral a l’impression de devoir représenter plus que les électeurs de Hull-Aylmer.

Ce n’est pas tout à fait juste de porter ce fardeau sur mes épaules, mais... il n’y a pas une vingtaine de députés noirs.

Greg Fergus, député de Hull-Aylmer

Seulement 5 candidats noirs ont été élus le 21 octobre, un de moins qu’à la dissolution du Parlement. Ils représentent à peine 1,5 % de tous les députés, alors que les Noirs forment pourtant 3,5 % de la population.

Si les Noirs étaient représentés proportionnellement, 12 députés siégeraient aux Communes.

À titre de président du caucus des Noirs, Greg Fergus accepte une partie du blâme. C’est lui qui a la dure tâche de recruter de nouveaux candidats. Il compte s’y prendre plus tôt que lors des dernières élections, surtout qu’en contexte de gouvernement minoritaire, elles pourraient avoir lieu avant quatre ans.

J’ai déjà commencé le travail avec des gens qui ont un profil très intéressant à travers le pays, dit-il.

Chez les Autochtones, la situation stagne. Dix députés issus des Premières Nations siègent toujours aux Communes, soit un peu moins de 3 % de tous les députés. C'est là encore moins que les 4,9 % d’Autochtones que l’on compte au pays, un poids démographique sans cesse en croissance.

Robert Falcon-Ouellette est assis devant une bibliothèque.

Robert Falcon-Ouellette a été défait lors des dernières élections.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Gohier

S’ils étaient représentés proportionnellement, 16 Autochtones auraient été élus à Ottawa.

Défait dans Winnipeg-Centre le 21 octobre, Robert Falcon-Ouellette explique en partie cet écart par le fait que les Autochtones ont toujours de la difficulté à s’identifier au système politique canadien, eux qui n’ont obtenu le droit de vote qu’en 1960.

Ils ont une grande réticence envers les institutions canadiennes, la confiance n’est pas là. Ils croient que ces institutions ne sont pas bâties pour eux, analyse l’anthropologue de formation.

Greg Fergus dresse un constat similaire. Les [gens] qui ne font pas partie de la politique, c’est difficile [pour eux] d’imaginer qu’ils vont se représenter.

Trop de candidats « poteaux »

Recruter des candidats à l’image du Canada est une chose, encore faut-il qu’ils aient de vraies chances de se faire élire.

Robert Falcon-Ouellette admet que les grands partis ne présentent pas assez de candidats dans des circonscriptions gagnables.

Le professeur à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa François Rocher reproche lui aussi aux libéraux et aux conservateurs de ne pas en faire assez.

Les partis qui ont le moins de chance de remporter beaucoup de sièges font plus d’efforts pour avoir une représentation qui soit plus juste. Par exemple, les néo-démocrates ont fait beaucoup de travail à l’interne.

François Rocher, professeur

Plus qu’un noble objectif

Si mieux représenter la diversité canadienne est un bel objectif, avoir une députation plus représentative de la population a aussi des effets réels.

Les députés noirs ou autochtones sont plus en mesure de faire adopter des projets de loi qui servent mieux les besoins de leurs communautés.

Il y a des sensibilités qui, autrement, ne seraient pas exprimées dans le caucus ou dans les comités au moment de l’analyse des projets de loi, indique François Rocher.

Un homme s'exprime avec un écran d'ordinateur en arrière-plan.

Le professeur à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa François Rocher estime que les partis politiques n'en font pas assez pour avoir une représentation à l'image de la société canadienne.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Gohier

Aux Communes de 2015 à 2019, M. Falcon-Ouellette raconte avoir souvent éclairé ses anciens collègues libéraux sur les enjeux autochtones.

Je me faisais souvent poser des questions par mes collègues qui me disaient : "Oh, je comprends tel ou tel sujet, qu’est-ce qu’on devrait faire?". Je passais cinq ou dix minutes à leur expliquer comment eux pouvaient m’aider, relate-t-il.

L’ex-député se dit particulièrement fier d’avoir aidé à faire adopter le projet de loi C-92, qui reconnaît les compétences des Premières Nations en matière de services à l’enfance et à la famille.

Pour sa part, Greg Fergus dit concentrer beaucoup d’efforts pour aider les entrepreneurs noirs à obtenir un meilleur accès aux contrats octroyés par le gouvernement fédéral.

On a eu un forum avec une cinquantaine de groupes représentant des Noirs au pays en juin dernier pour commencer notre réflexion sur ce qu’on aimerait voir dans le prochain budget fédéral.

Greg Fergus, député de Hull-Aylmer

Et les « blackface » de Justin Trudeau, eux?

Impossible d’ignorer les épisodes de « blackface » de Justin Trudeau lorsqu’on questionne un député noir. Greg Fergus croit-il que ces controverses qui ont secoué la campagne électorale découragent de potentiels candidats noirs?

Je pense même que ça va les encourager à se présenter. [...] Parce qu’on réalise de plus en plus que les décisions se font par les personnes qui sont présentes, les absents ont toujours tort comme on dit, affirme M. Fergus.

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