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Explosion d’Halifax : une aide inégale entre Noirs et Blancs

L'explosion du 6 décembre 1917 a dévasté Halifax, faisant 2000 morts et 9000 blessés.

Photo en noir et blanc de quatre femmes vêtues de manteaux d'hiver avec la fumée de l'explosion dans le lointain.

Quatre femmes marchent dans une rue d'Africville après l'explosion d'Halifax en décembre 1917.

Photo : Archives de la Ville de Toronto, Fonds 1244, Item 2451

Radio-Canada

L’examen de documents d’archives concernant l’explosion qui a dévasté une partie de la ville d’Halifax en 1917 révèle des disparités notables entre l’aide reçue par les familles blanches et les familles noires de la région.

Le 6 décembre 1917, une collision entre deux navires cause une gigantesque explosion dans le port d’Halifax. Tout est détruit dans un rayon de près d’un kilomètre. La tragédie, encore aujourd’hui la plus meurtrière de l’histoire canadienne, fait 2000 morts et 9000 blessés.

Katrin MacPhee, avocate d’Halifax, et Mark Culligan, travailleur juridique communautaire, ont épluché de nombreux documents obtenus des Archives de la Nouvelle-Écosse, comme cette réclamation faite à la Commission des secours d’Halifax le 23 décembre 1917.

Un formulaire jaune titré Halifax Relief Commitee daté de 1917.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un formulaire de la Commission des secours d'Halifax daté du 23 décembre 1917 pour Levi et Mary Lucas, parents de 8 enfants.

Photo : CBC / Shaina Luck

On peut y lire que Levi et Mary Lucas, un couple noir, louaient pour 13 $ par mois un logis au 11, rue Cornwallis, à Halifax, qu’ils partageaient avec huit enfants. Mary a perdu un oeil dans l’explosion d’Halifax.

À la fin du mois de janvier, la Commission des secours a mis fin à l’aide alimentaire que recevait la famille.

Prétend que sa femme et lui ont été blessés dans l’explosion, sa femme ayant besoin d’une opération à l’oeil. Mentionne cataractes. Douteux que ce soit un cas relié à l’explosion. Suggère enquête, écrivent les fonctionnaires qui ont étudié la demande de Levi Lucas.

Une aide distribuée inégalement

Les résultats des recherches de Katrin MacPhee et Mark Culligan démontrent que les fonctionnaires analysaient souvent avec beaucoup de scepticisme les demandes d’aide rédigées par les Noirs, déployaient moins d’efforts pour rejoindre leurs familles, et se montraient moins enclins à autoriser les secours qu’ils demandaient.

Photo d'un homme marchant dans les ruines d'un quartier.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un homme constate l’ampleur des dégâts en décembre 1917 à Halifax.

Photo : Archives

Ils ont par exemple comparé les montants réclamés par 50 familles noires et 50 familles non noires suivant l’explosion d’Halifax.

En moyenne, les familles non noires ont déclaré la perte de biens personnels évalués à 267,93 $ dans l’explosion d’Halifax. En guise de dédommagement, elles ont reçu 79 % en moyenne de la somme réclamée.

Pour les familles noires, le montant des biens personnels perdus s’est élevé en moyenne à 217,26 $. À peine un peu plus de la moitié (53 %) de la somme a été remboursée.

Montage photo d'une femme et d'un homme.

Les recherches ont été effectuées par Katrin MacPhee, avocate, et Mark Culligan, travailleur juridique communautaire.

Photo : CBC / Shaina Luck

Le sentiment d’injustice de la communauté noire était justifié, selon Katrin MacPhee. Les recherches effectuées confirment catégoriquement la discrimination historique évoquée par les Afro-Néo-Écossais en parlant de l’explosion d’Halifax.

Selon Mark Culligan, qui travaille à l’aide juridique à l’Université Dalhousie, la Commission des secours d’Halifax essayait de rétablir dans la ville l’ordre social qui prévalait avant la catastrophe. Il y avait donc une discrimination systémique dans la façon dont l’aide était distribuée.

Cela voulait dire dédommager les gens qui étaient propriétaires, et les pertes de revenus des gens qui avaient un travail plus structuré, ou qui étaient plus qualifiés, dit-il.

Or, les Afro-Néo-Écossais de l’époque à Halifax vivaient souvent de petits travaux comme le cirage de chaussures ou la récupération des matériaux divers pour la revente, et étaient moins susceptibles que les Blancs d’être propriétaires de leurs demeures.

Comment réparer des torts historiques?

Ce sont deux professeures de l’Université Dalhousie, Afua Cooper et Michelle Williams, qui ont suggéré au couple de chercheurs de se pencher sur cette question. Selon Mme Cooper, ils viennent de révéler au grand jour une partie de l’histoire d’Halifax qui avait été étouffée, puis enfouie.

C’est une autre facette de l’histoire de l’explosion d’Halifax qui est maintenant racontée, dit-elle.

La réparation de torts historiques comme ceux-ci est une question compliquée. Selon les chercheurs Katrin MacPhee et Mark Culligan, de déposer des plaintes en vertu de la Charte des droits et libertés ou des lois sur les droits de la personne, un siècle après les événements, aurait peu de chances de succès.

La voie politique semble une meilleure avenue.

Lynn Jones.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Lynn Jones.

Photo : CBC / Kyah Sparks

Lynn Jones, une militante qui se penche sur la question des réparations pour les populations historiquement marginalisées, souligne qu’aucune démarche de la sorte n’a été entreprise au nom des Noirs au Canada.

Elle croit que la possibilité de réparations pour certains événements en Nouvelle-Écosse mérite d’être débattue, par exemple la destruction d’Africville et l’expulsion de ses habitants, ou les abus contre les enfants de l’orphelinat pour enfants noirs (Nova Scotia Home for Colored Children).

Des réparations pour des torts historiques contre les Noirs canadiens peut prendre diverses formes, selon Mme Jones, comme des indemnisations en argent, mais aussi le financement de services et de programmes éducatifs, de soutien à l’entrepreneuriat et d’aide aux familles ou à l’enfance.

Il doit y avoir une façon d’obtenir une certaine équité aujourd’hui, dit-elle.

D’après le reportage de Shaina Luck, CBC

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