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Décarboniser l’économie ne tuerait pas d’emplois

Photographie aérienne des lieux.

Le parc éolien de North Cape, à l’extrémité ouest de l’Île-du-Prince-Édouard.

Photo : Tignish Initiatives/Ron Garnett

Philippe de Montigny

ANALYSE | Depuis la création d’une taxe fédérale sur le carbone, en avril dernier, nous n’avons pas traversé la récession présagée notamment par certains premiers ministres conservateurs.

En Ontario, Doug Ford a souvent répété qu’il comptait tout faire pour abolir cette taxe carbone tueuse d’emplois.

Or le taux de chômage au pays oscille toujours près de creux historiques, malgré un mois de novembre difficile. Les salaires augmentent plus rapidement que l’inflation et de nombreuses entreprises disent avoir de la difficulté à trouver des employés.

En effet, plus de 430 000 postes dans le secteur privé n’étaient toujours pas pourvus après au moins quatre mois, au troisième trimestre de cette année, selon la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante.

Trois chevalets de pompage à contre-jour.

La transition vers les énergies renouvelables coûterait quelque 50 000 emplois, surtout dans l'industrie pétrolière en Alberta, mais en créerait trois fois plus dans d'autres secteurs énergétiques.

Photo : La Presse canadienne / Larry MacDougal

Selon Clean Energy Canada, ce virement vers des énergies renouvelables aura pour effet de créer 160 000 nouveaux emplois dans ce secteur alors que celui des combustibles fossiles en perdra 50 000. La majorité de ces pertes d’emplois seront attribuables à une meilleure efficacité dans l’industrie pétrolière et gazière au pays.

Nous ne devrions pas craindre cette transition. Elle devrait être la bienvenue.

Sarah Petrevan, analyste chez Clean Energy Canada

Cette transition stimulerait une concurrence qui pourrait créer un boom plutôt que d’être un boulet pour l’économie, maintient le professeur Mark Jaccard de l’Université Simon Fraser, à Vancouver.

Se défaire des combustibles fossiles donnera des gains nets d’emplois parce que les alternatives exigent généralement une plus grande main-d’œuvre, dit-il.

Des panneaux solaires sur la façade d'un bâtiment.

Pour atteindre ses objectifs de diminution de la dépendance à l'énergie fossile, le Yukon propose des incitatifs aux rénovations énergétiques de l'ordre de 120 millions de dollars.

Photo : Radio-Canada / Philippe Morin

Selon l'institut Smart Prosperity, la majorité des provinces observeront une augmentation d'offres d'emplois dans le domaine de la construction. Seuls le Manitoba, la Nouvelle-Écosse et l'Île-du-Prince-Édouard verront de faibles baisses. Que ce soit pour installer des panneaux solaires, pour rénover des habitations pour les adapter aux changements climatiques et les rendre plus écoénergétiques, le potentiel est immense, selon l'institut.

La promesse de réduire notre empreinte carbone, évoquée dans le discours du trône jeudi, serait loin de tuer l'emploi. Elle serait même plutôt un stimulant économique.

Le Canada, mauvais élève de la productivité énergétique

Le grand défi devant nous à l'aube de 2020 sera d’améliorer notre productivité énergétique. Une étude publiée cette semaine par HEC Montréal démontre que le Canada figure parmi les pays qui ont le pire rendement.

Dans différents pays, avec la même unité d’énergie, on va produire plus ou moins de richesse et, au Canada, on est des cancres de la productivité énergétique, a affirmé Pierre-Olivier Pineau sur le plateau de RDI Économie, mardi.

Pierre-Olivier Pineau

Pierre-Olivier Pineau, professeur à la Chaire de gestion du secteur de l'énergie à HEC Montréal.

Photo : Radio-Canada

Le Canada ne génère que 193 dollars américains par gigajoule, tous secteurs confondus, alors que plusieurs pays d’Europe et d’Asie dépassent les 500 dollars américains. En devenant plus efficaces et moins énergivores, les entreprises canadiennes peuvent générer davantage de richesse par unité d’énergie.

On peut faire les deux en même temps : stimuler l’économie et réduire notre consommation d’énergie et les émissions de gaz à effet de serre.

Pierre-Olivier Pineau, professeur à la Chaire de gestion du secteur de l’énergie à HEC Montréal

Son étude cite quatre exemples d'entreprises, dont trois au Canada, qui ont réussi ce pari tout en augmentant leur production.

L’usine Papier Masson à Gatineau, par exemple, a amélioré sa productivité énergétique (mesurée en tonnes de papier par gigajoule) en moyenne de 20 % entre 2007 et 2016, en réduisant sa consommation de gaz naturel et en construisant une deuxième éolienne.

Pour cette même période, la production de papier a augmenté de 3 %.

Un panneau qui signale l'entrée de l'usine, avec un camion en arrière-plan.

L'usine Papier Masson, qui appartient à White Birch, à Gatineau.

Photo : Radio-Canada

Et le rôle des provinces ?

Le bilan environnemental des provinces est aussi scruté à la loupe, comme quoi les perspectives économiques des prochaines années dépendent beaucoup de l’action politique dans ce dossier.

Cette semaine, l’Alberta a vu sa cote de crédit baisser puisque l’agence Moody’s juge que l’économie de la province est encore trop dépendante du pétrole. Selon le rapport, l'Alberta est aussi vulnérable aux désastres naturels comme des feux et des inondations, qui coûteraient cher à la province.

En Ontario, la vérificatrice générale a vivement critiqué le plan du gouvernement de Doug Ford pour l’environnement. Elle écrit noir sur blanc que ce plan ne s’appuie pas sur des preuves solides et qu’il ne permettra vraisemblablement pas d’atteindre les cibles fixées.

Avec des entrevues de Gérald Fillion et Don Pittis

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