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Algérie, une présidentielle sous le signe de l'incertitude

Point de crispation entre l'armée et le mouvement populaire, l’élection du 12 décembre pourrait se solder par un statu quo ou alors par une évolution de la situation dont il est difficile de déterminer d’ores et déjà la nature.

Une manifestante algérienne brandit une pancarte sur laquelle il est écrit « Non vote »

Une manifestante algérienne affiche clairement son opposition à l'élection du 12 décembre.

Photo : Associated Press / Toufik Doudou

Alors que des millions d’Algériens battent le pavé depuis 10 mois pour réclamer le départ du régime en place et l’annulation des élections du 12 décembre, perçues comme une fuite en avant, le commandement militaire, maître absolu du pays, est déterminé à faire passer sa feuille de route. État des lieux.

La confrontation est désormais ouverte entre, d’une part, de larges pans de la population décidés à s’affranchir de la tutelle militaire et un état-major de l’armée auquel la rue prête la volonté de maintenir le statu quo, c’est-à-dire une entière emprise sur les rouages de l’État algérien, sous les oripeaux d’une nouvelle présidence.

Le mouvement de protestation, appelé le Hirak (qui veut dire mouvement en arabe), est né en février dernier dans un brusque sursaut de dignité du peuple algérien, outré par la perspective d’un cinquième mandat de Bouteflika, qui, à 82 ans et après 20 ans de règne, présentait tous les signes d’un homme impotent et d'un président décadent.

Très vite, la vague contestataire, ayant comme lame de fond le rejet du système politique au pouvoir depuis l’indépendance du pays en 1962, a ratissé large au sein de la société algérienne qui, dans un élan inédit, semble avoir transcendé momentanément les divergences idéologiques qui la traversent.

En avril, alors que les marches hebdomadaires gagnent en ampleur, le pouvoir militaire lâche du lest et pousse vers la sortie le président Bouteflika et son clan, éclaboussés par de multiples scandales de corruption. La concession, assortie d’une série d’arrestations d’hommes d’affaires et d’anciens pontes de l’exécutif, ne calme pas le Hirak, qui exige un changement radical du régime, dont des symboles sont demeurés à la tête de l’État et dans ses différentes ramifications.

En entrevue à Radio-Canada.ca, Miloud Chennoufi, professeur en relations internationales au Collège des Forces canadiennes et professeur invité à l’Université York de Toronto, observe que le mouvement populaire a obtenu des acquis majeurs. Il croit toutefois qu’une fois ces revendications, incontestablement légitimes, étaient acquises, se structurer et se doter d’une vision devenaient absolument nécessaires. Mais cela ne s’est pas produit.

Ahmed Gaid Salah, chef d'état-major de l'armée algérienne lors d'un défilé militaire à Alger.

Le chef d'État-major et vice-ministre de la Défense, Ahmed Gaïd Salah, est présenté comme l'homme fort du pays.

Photo : Associated Press / Anis Belghoul

Armée et manifestants : duel à distance

Pour le haut commandement militaire, la contestation populaire n’a plus sa raison d’être dès lors que la parenthèse Bouteflika a été refermée, qu’une chasse aux corrompus est ouverte et qu’un processus électoral est engagé pour assurer la stabilité du pays et le doter de nouvelles institutions, en rupture avec les anciennes pratiques.

Le Hirak, dont le dynamisme et le pacifisme ne se démentent pas, rejette ce scrutin considéré comme une ruse du pouvoir, qui tente, ce faisant, de se reproduire et de se murer derrière une nouvelle digue civile, qui se substituerait à celle qui a cédé sous les flots de la contestation.

La spécificité du régime algérien, c’est que le président, depuis la mort de Boumédiène [en 1978], n’a aucun pouvoir. Les Algériens disent que c’est juste un légume sur le couscous. Et donc ce qu’ils veulent, ils ne veulent pas le changement de légume, ils veulent le changement du couscous. C’est-à-dire, ils ne veulent plus que les généraux désignent le président et désignent les députés, illustre Lahouari Addi, professeur émérite en sociologie à Sciences Po Lyon et à l'Université de Georgetown, dans une entrevue à Désautels le dimanche.

L’armée algérienne, qui jusque-là exerçait son influence dans l’ombre, assume désormais explicitement le pouvoir, faisant un pied de nez à sa façade politique constituée par la présidence d’Abdelkader Bensalah et le gouvernement de Nourredine Bedoui.

Le chef de l’état-major de l’armée et vice-ministre de la Défense, le général Ahmed Gaïd Salah, est présenté comme l’homme fort du pays, n’hésitant pas à discourir de politique et de processus électoral à partir de casernes. Ses interventions, aux accents de plus en plus menaçants à l’endroit des protestataires, sont relayées pompeusement par les médias publics et autres télévisions et journaux privés qui sont ouvertement acquis au régime.

Ce conflit n’oppose pas deux positions idéologiques. Le commandement militaire n’a aucune position idéologique, n’a aucun projet d’État ni projet de société. Comme il y a une partie des généraux qui sont corrompus, ils ont peur qu’après la transition, le nouveau régime leur demande des comptes. Ils défendent leur propre personne, ils ne défendent pas un projet politique ou une position politique. C’est là où ça coince.

Lahouari Addi, sociologue
Un manifestant algérien brandit une affiche sur laquelle sont représentés, sur les doigts d'une seule main, les cinq candidats à la présidentielle accusés d'être à la solde du pouvoir en place.

Un manifestant algérien brandit une affiche sur laquelle sont représentés, sur les doigts d'une seule main, les cinq candidats à la présidentielle accusés d'être à la solde du pouvoir en place.

Photo : Getty Images / Ryad Kramdi

Refuser « la mascarade électorale »

À cette intransigeance du commandement militaire, la rue oppose son inflexibilité, en refusant l’option électorale à court terme et en réclamant une période de transition, aux contours diversement cernés, qui acterait un changement de régime.

Chaque vendredi, des millions d’Algériens s’époumonent dans les différentes villes du pays – mais aussi à Montréal (samedi et dimanche) et à Paris (dimanche) – pour réclamer un État civil et non militaire et rejeter une autre mascarade électorale orchestrée par les bandes, en référence au personnel politique du régime qui est toujours présent au gouvernement et dans d’autres sphères stratégiques de l’administration.

Pour Amine Menadi, un Québécois d’origine algérienne actif dans le Hirak à Montréal, il n’est pas question de voter le 12 décembre, car, selon lui, les principales revendications du mouvement populaire ne sont pas satisfaites. Il y a eu un simulacre de démission du président [Bouteflika], un simulacre d’arrestations de certains oligarques, de certains membres d’une aile du régime, qui était clairement contre les intérêts d’une autre aile. Le clan qui a gagné essaye de nous faire croire qu’il y a un réel changement en Algérie, conclut-il.

Rappelant que ces élections-là ont été annoncées à partir d’une caserne par un vice-ministre de la Défense, ce militant des droits de la personne pense que toutes les décisions politiques du régime sont décidées dans des casernes par des militaires et on veut nous faire croire que c’est une démarche démocratique.

Le régime utilise toujours la même méthode, c’est la logique du fait accompli. On met le peuple devant le fait accompli. Ces élections, c’est un fait accompli qui entre dans le calendrier du régime.

Amine Menadi, militant du Hirak au Québec
Le militant Amine Menadi lors d'une manifestation à Montréal en solidarité avec les détenus du mouvement de protestation en Algérie.

Le militant Amine Menadi lors d'une manifestation à Montréal en solidarité avec les détenus du mouvement de protestation en Algérie.

Photo : Amine Menadi

Pour M. Menadi, le scrutin du 12 décembre est d’autant plus inutile qu’il est organisé par la même administration accusée de fraudes électorales répétées. […] C’est les mêmes personnes qui ont truqué ces élections qui sont encore à des postes de ministre de l’Intérieur, de premier ministre, de président par intérim et qui continuent aujourd’hui à vouloir nous faire croire que ces élections-là vont être justes, intègres et sans triche.

Le jeune militant trouve un autre motif de rejet de ces élections dans la composante des candidats en lice, qui sont tous les cinq des anciens du régime, soit de par leurs anciennes fonctions politiques, comme ministres ou comme premiers ministres, ou par le fait qu’ils ont été des soutiens importants à Bouteflika pendant sa présidence.

Les cinq candidats à l’élection présidentielle du 12 décembre

  • Ali Benflis : 75 ans, ex-premier ministre sous Bouteflika dont il a été le directeur de campagne électorale, ancien ministre de la Justice, avocat. C’est sa troisième candidature à une présidentielle, après celles de 2004 et 2014
  • Abdelmadjid Tebboune : 74 ans, ancien ministre et premier ministre éphémère sous Bouteflika
  • Abdelkader Bengrina : 57 ans, ancien député et ministre, président du mouvement El-Bina
  • Azzedine Mihoubi : 60 ans, poète et romancier, ministre sous Bouteflika, secrétaire général par intérim du Rassemblement national démocratique, ex-parti au pouvoir
  • Abdelaziz Belaid : 56 ans, ancien responsable d’organisations estudiantines proches du pouvoir, ex-député et actuel président du Front Al-Moustakbel
Les cinq candidats à l'élection présidentielle du 12 décembre en Algérie : (de gauche à droite) Azzedine Mihoubi, Abdelmajid Tebboune, Abdelkader Bengrina, Ali Benflis et Abdelaziz Belaid.

Les cinq candidats à l'élection présidentielle du 12 décembre en Algérie : (de gauche à droite) Azzedine Mihoubi, Abdelmajid Tebboune, Abdelkader Bengrina, Ali Benflis et Abdelaziz Belaid.

Photo : Associated Press / Fateh Guidoum

Le vote comme sortie de crise?

Beaucoup moins nombreux dans la rue, même si les autorités et leurs relais médiatiques tentent d’amplifier leur mobilisation, les partisans du vote font entendre leurs voix, principalement dans les médias publics et les réseaux sociaux. En gros, ils soutiennent que l’élection présidentielle, même si elle ne constitue pas une solution parfaite, demeure une issue salutaire pour le pays dont l’instabilité ouvre la voie à tous les périls.

Ali Benflis, qui en est à sa troisième candidature présidentielle, trouve que la crise de légitimité dans laquelle se débat le pays requiert le recours aux urnes dans le cadre d’élections libres et transparentes. Il est d’ailleurs persuadé que les garanties du pouvoir – qui a notamment mis en place une nouvelle instance indépendante de surveillance des élections – sont à même de donner lieu à un scrutin qui ne sera pas idéal, mais acceptable.

Pour son rival Abdelmadjid Tebboune, qui a également servi au gouvernement avant et pendant le règne de Bouteflika, il n’y a pas d’autre solution que d’aller aux élections. Ne pas le faire, c’est entrer dans une période trouble, dont on sait comment elle commence, mais personne ne peut savoir comment elle se termine, ni quand elle se terminera. Il est d’autant plus enthousiaste à l’idée de voter que c’est la première fois qu’on va vers des élections réellement libres et transparentes.

L’organisme chargé d’assurer le bon déroulement du scrutin jouit, à ses yeux, d’une réelle indépendance, puisqu’il est issu d’un panel, qui est lui-même la synthèse du Hirak. En somme, pour cet ancien ministre et chef de gouvernement, les changements légitimes exprimés par le mouvement de protestation ne peuvent se faire que par un président élu et légitime.

Économiste connu pour ses analyses et son franc-parler dans les médias, Ferhat Aït Ali est favorable au vote du 12 décembre. Ce n’est pas la solution idoine, c’est la solution unique dans l’état actuel des choses, dit-il en entrevue à Radio-Canada.ca.

Il estime que le processus électoral est la sortie de crise la moins risquée dans un pays où les horizons s’assombrissent dangereusement.

Le gouvernement actuel va perdurer s’il n’y a pas d’élections […] et ce gouvernement est plus dangereux que ses prédécesseurs, pas en matière de prédation, mais en matière de gaffes économiques. Non seulement tous les indicateurs sont au rouge, mais rien n’a changé en termes d’indicateurs économiques et encore moins en termes de dépenses qui ne font qu’augmenter. Mais pendant ce temps, l’économie réelle est plombée.

Ferhat Aïti Ali, économiste

Quoi qu’il en soit, M. Aït Ali rappelle que les élections en Algérie n’ont jamais nécessité l’adhésion intégrale de la population et que le pouvoir, qui ne s’encombre pas des taux de participation anémiques, se contenterait volontiers du vote de sa clientèle habituelle, aussi faible soit-il. Et d'ajouter : De toute évidence, une bonne partie des manifestants ne votent pas, non pas à cause du régime et de ses fraudes, mais ils ne croient pas du tout en la classe politique.

« Pas de vote », lit-on sur des panneaux censés accueillir des affiches de candidats pendant la campagne électorale à Alger.

« Pas de vote », lit-on sur des panneaux censés accueillir des affiches de candidats pendant la campagne électorale à Alger.

Photo : Reuters / Ramzi Boudina

Tension

Au fur et à mesure qu’approche l’échéance du 12 décembre, l’atmosphère allègrement révolutionnaire cède la place à la tension en Algérie, sans toutefois mener vers l'embrasement. Le pacifisme du mouvement populaire conjugué à une retenue relative et inhabituelle des forces de l'ordre semble avoir évité bien des dérapages.

Les arrestations de militants et de manifestants se multiplient, pendant que des membres du Hirak s'adonnent, par endroits, à des coups d'éclat pour exprimer leur rejet du vote. L’effervescence était à son comble ces derniers jours lors du vote de la communauté algérienne à l’étranger.

Pendant ce temps, la campagne électorale, sans relief, peine à s’affirmer sur le terrain. Accueillis par des quolibets et autres cris hostiles des protestataires, les candidats se retranchent dans certains forums médiatiques, et s'aventurent moins dans les traditionnelles arènes populaires.

C'est dans ce contexte que la population est fréquemment mise en garde, par les autorités et les partisans du vote notamment, contre un éventuel retour aux années de sang (guerre civile des années 1990 qui a fait plus de 200 000 morts). Les partisans du Hirak, qui se défendent de verser dans le romantisme révolutionnaire, y voient une manière d’exploiter les traumas d’une population encore marquée par une période sombre de son histoire récente.

Il y a une dynamique révolutionnaire qui ne s’arrêtera que lorsqu’il y aura un changement de régime. C’est une situation révolutionnaire. […]. Et il y aura soit un changement de régime, ce qui est le plus probable, soit ce régime se maintiendra par le sang en tuant 300 000 ou 400 000 Algériens, ce qui est improbable.

Lahouari Addi, sociologue

Le sociologue Lahouari Addi fait remarquer que la nouvelle génération, qui est le moteur du Hirak, ne veut pas reproduire cette période sanglante. Il est d’avis qu’aussi bien du côté de l’armée que du côté de cette génération, il n’y a pas de volonté d’user de la violence. Le régime essaye de s’en sortir par la ruse. Et l’autre côté est déterminé à obtenir le changement.

Il n’en demeure pas moins que la semaine des élections va être importante et elle est pleine de dangers. Il est possible – personne ne l’espère – qu’il y ait de la violence et que le sang coule, parce que cette élection est rejetée par la majorité de la population et le commandement militaire tient à cette élection, affirme Lahouari Addi. Il estime que peu importe qui sera élu, le Hirak continuera, en ajoutant une autre demande : la démission du président illégitimement désigné.

Des policiers arrêtent des manifestants.

Des policiers arrêtent des manifestants à Alger.

Photo : afp via getty images / STRINGER

Présent sur le terrain, Moumene Khelil, secrétaire général de la Ligue algérienne de défense des droits de l'homme, constate que pendant que la mobilisation populaire s’accentue, le pouvoir intensifie la répression contre les jeunes du Hirak en instrumentalisant la justice et développe les scénarios du complot extérieur en mobilisant les médias publics et privés.

Pour autant, il ne pense pas qu’il y aura une confrontation majeure le jour du scrutin. Le pouvoir a les moyens pour garantir un minimum dans cette opération de vote et c’est son objectif. La population comprend que le 12 décembre est une étape dans le processus enclenché depuis le 22 février [début du Hirak] et que le mouvement se poursuivra après cette date.

La détermination reste intacte, car au-delà du président qui sortira le 12 [décembre], il ne sera que le représentant civil du système et que toutes les questions de fond soulevées par le Hirak restent entières. Deux scénarios seront possibles : [de l’élection] du 12 sortira soit un représentant de confrontation soit un président de négociation.

Moumene Khelil, secrétaire général de la Ligue algérienne de défense des droits de l'homme

Un bras de fer à finir, mais comment?

Miloud Chennoufi, professeur en relations internationales au Collège des Forces canadiennes, entrevoit, lui, deux risques : Le premier est que le mouvement populaire jusqu’ici non violent se transforme en mouvement insurrectionnel, pas nécessairement armé, à travers des grèves générales – des appels ont été lancés – et des actes de vandalisme des bureaux de vote – cela s’est déjà produit. Cette transformation n’est absolument pas souhaitable. Le second risque, en fait une certitude, est que les élections aient effectivement lieu, qu’un président soit élu, mais que ces élections et le président en question ne soient pas considérés légitimes par une masse critique de la population.

D’après M. Chennoufi, le Hirak sera en mesure de se poursuivre même après les élections du 12 décembre, de continuer à occuper la scène sur la rue, mais qu’il ne parviendra pas à achever quelque changement de fond tant qu’il n’aura pas su se structurer dans la pluralité et se doter d’une vision claire.

L’Algérie se trouve aujourd’hui dans une situation absurde et historiquement inédite où le pouvoir veut paradoxalement des élections (mais demeure incapable d’imaginer le moyen de convaincre les Algériens et les Algériennes qu’elles seront honnêtes) et un mouvement populaire qui, tout aussi paradoxalement, rejette les élections (alors que les exemples de démocratisation montrent clairement qu’il n’existe absolument aucun autre moyen de délégation démocratique du pouvoir), sans se structurer en alternatives crédibles, et surtout sans vision convaincante, observe le politologue d’origine algérienne.

Jouer, de part et d’autre, la carte du pourrissement manque cruellement de responsabilité.

Miloud Chennoufi, professeur au Collège des Forces canadiennes
Un jeune homme juché sur un lampadaire tenant un drapeau de l'Algérie. Ainsi qu'une pancarte sur laquelle il est inscrit : « Pas facile mais... réalisable » avec un gros cube Rubik aux couleurs du drapeau algérien.

Une pancarte brandie lors d'une manifestation à Alger illustre la complexité et l'ampleur des réformes qui attendent l'Algérie.

Photo : AFP/Getty Images / RYAD KRAMDI

Pour Ferhat Aït Ali, le scrutin du 12 décembre aura bel et bien lieu et il ne s’attend pas à d’éventuels dérapages. Sur les élections, je n’ai aucune appréhension, elles vont se faire, parce que le seul qui est capable de saboter, c’est le pouvoir [qui tient à ces élections]. Celui-ci, prédit-il, ne risque pas de succomber à la tentation répressive en cas de chahuts et de perturbations le jour du vote.

L'économiste voit d’ailleurs dans ce scrutin une opportunité pour le Hirak, qui gagnerait à s’imposer comme interlocuteur en face d’un nouveau président en manque de légitimité. Si on a un cahier des charges, aujourd’hui, à imposer à quelqu’un, c’est bien un président à la légitimité boiteuse. On pourra éventuellement lui facturer ce déficit de légitimité moyennant les concessions politiques que veulent les citoyens , préconise-t-il.

Mais encore faut-il, précise-t-il, que le mouvement de protestation se dote d’un programme, et pas forcément d’un organigramme, dans lequel seraient formulées et clarifiées ses revendications. Il déplore du reste que les forces politiques à la manœuvre dans le Hirak, l’en empêchent. Elles sont plus préoccupées par leur destin politique à elles.

En effet, ce qui fait peur à Ferhat Aït Ali, ce sont les forces politiques internes et externes, qu’il n’a pas nommées, qui sont au sein du Hirak et qui misent, selon lui, sur l’impasse qu’engendrerait l’absence d’un président, croyant que cela obligerait le pouvoir à négocier une transition ou, au pire, à recourir à la violence, ce qui le discréditerait aux yeux du monde.

Pour sa part, le militant Amine Menadi n’est pas favorable à l’idée d’un encadrement du Hirak, dont l’horizontalité, justement, expliquerait en partie sa longévité, en ce sens qu’elle a coupé l’herbe sous le pied des autorités promptes à embastiller les meneurs de la protestation.

Il y a une intelligence populaire qui fait que la maturité de ce mouvement arrivera à un certain seuil, où on aura de la représentativité. Aujourd’hui, on ne l’a pas. La maturité arrivera à un moment où il proposera des alternatives viables. Pour l’instant, la seule revendication, c’est le départ du régime.

Amine Menadi, militant du Hirak au Québec

Le jeune militant est convaincu que si dérapages il y a, ils seront l’œuvre du régime, car le peuple est décidé à rester dans sa démarche pacifique, dans sa mobilisation. Les Algériens ont retrouvé cette âme de révolutionnaires qui a été en hibernation pendant quelques décennies.

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