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Le lait de chèvre québécois de moins en moins en demande

Des producteurs de lait de chèvre sont dans l'incertitude.

Photo : Radio-Canada

Fanny Samson
Mis à jour le 

Les producteurs de lait de chèvre du Québec ont enregistré une baisse de 35 % de leur contrat d'approvisionnement pour l’an prochain. Une situation qui les plonge davantage dans l’incertitude, alors qu’ils réclament toujours de l’aide du gouvernement.

Après avoir compilé les commandes des acheteurs pour la production de l’an prochain, le syndicat qui représente les producteurs constate que le nombre de contrats alloués a subi une chute importante.

Son président, Christian Dubé, n’est toutefois pas surpris. Les fermetures d’usines d’Agropur en Montérégie et dans les Laurentides à l'automne ont eu de lourdes conséquences sur l’industrie.

C'est sûr que cet arrêt d'achat fait en sorte que ça crée un trou dans les volumes qui vont être achetés au cours de la prochaine année, soulève-t-il.

À cela s’ajoutent d’autres acheteurs qui ont diminué leurs commandes de lait de chèvre, en raison de l’importation de fromages européens.

Avec l'accord de libre-échange que le Canada a fait avec l'Europe [...] ces importations-là font en sorte que les détaillants offrent aux consommateurs des fromages d'importation qui sont vraiment à un prix très très bas, dit-il.

Depuis un an, on voit vraiment l'effet catastrophique de cet accord de libre-échange sur l'achat des fromages de spécialité dont font partie les fromages de chèvre.

Christian Dubé, président des Producteurs de lait de chèvre du Québec

L'Accord économique et commercial global entre les pays membres de l'Union européenne et le Canada est entré en vigueur de façon provisoire en septembre 2017. Le lait fait partie des secteurs touchés.

Il regarde la caméra avec un demi sourire.

Christian Dubé, président des Producteurs de lait de chèvre du Québec

Photo : Radio-Canada

Au-delà des grandes compagnies comme Saputo ou Agropur, qui prennent des décisions stratégiques, le choix des consommateurs a beaucoup de répercussions sur l’industrie.

C'est lui qui a le dernier mot, donc c'est lui qui fait en sorte que ces choix-là nous impactent beaucoup au niveau de la production de la chèvre au Québec, ajoute Christian Dubé

D’incertitude en incertitude

Depuis plusieurs mois, les producteurs de lait de chèvre sont dans l’incertitude. De grands transformateurs, comme Saputo, ont délaissé le marché québécois pour se tourner vers l’Ontario, où le produit est jugé de meilleure qualité, moins cher et produit en plus grande quantité.

Il y a plusieurs producteurs qui ont quitté la production et il y en a qui ont diminué leur production. Il y a aussi des gens qui se sont mis à vendre du lait aux États-Unis, précise Christian Dubé.

Louise Lambert, copropriétaire de La Chèvrerie Breton à Saint-Anselme, enregistre une baisse de ses contrats constantes depuis l'achat de sa ferme en 2007.

Je suis sur le bord du non viable, alors j’ai racheté un contrat, un petit contrat cette année pour avoir mon 130 000 litres, pour avoir un seuil de viabilité acceptable, explique celle qui a aussi un emploi à temps partiel pour joindre les deux bouts.

La quantité de lait de chèvre produite au Québec a donc diminué de façon importante au cours des dernières années.

Des compensations pour l’industrie

En mars, le gouvernement fédéral a annoncé des compensations financières aux producteurs laitiers soumis à la gestion de l’offre. Les producteurs de lait de chèvre espèrent aussi obtenir une aide d’Ottawa.

Ce n'est que la première année de cette entente, à long terme ces importations vont vraiment miner notre industrie, déplore Christian Dubé.

Jusqu’à présent, il n’a pas senti d’écoute de la part du fédéral. Mais nous autres on pense que ça serait très important que le gouvernement fédéral soit sensible à la situation des producteurs caprins, parce que là on est très impactés par ces importations de fromages européens, soulève-t-il.

Par courriel, la ministre de l'Agriculture au gouvernement fédéral a écrit que le secteur canadien du lait de chèvre bénéficie de programmes d’aide à l’industrie, comme le Fonds d’investissement dans la transformation des produits laitiers.

Marie-Claude Bibeau ajoute qu'il existe également des programmes de gestion des risques de l'entreprise.

Elle ajoute que son gouvernement continuera d’aider les producteurs à tirer pleinement parti des nouveaux débouchés commerciaux.

Le gouvernement fédéral fait un peu la sourde oreille, il dit qu’étant donné qu’on a pas de gestion de l’offre dans le secteur caprin, on n'est pas touché par ces importations, alors que c'est complètement farfelu comme réponse.

Christian Dubé, président des Producteurs de lait de chèvre du Québec
chèvre. une main tient une chaudière de lait de chèvre

Traite de lait de chèvre.

Photo : Radio-Canada / Colombe Fortin

Trouver des solutions

Le syndicat doit d’abord quantifier les répercussions économiques de ces importations pour demander des compensations précises au fédéral.

Mais ce n'est pas facile d'avoir ces chiffres-là au niveau des importations pour qu'éventuellement on arrive avec des chiffres pour pouvoir négocier avec le gouvernement fédéral, souligne le président du syndicat.

Le 12 décembre prochain, le syndicat doit réunir ses 45 membres à Drummondville pour leur demander de coopérer et de diviser les contrats, ce qui permettrait à toutes les entreprises, selon lui, de produire la même quantité de lait que l’an dernier.

C'est assez rationnel pour qu'on puisse fournir la demande de nos acheteurs, parce que ce qui arrive si nos acheteurs ne réussissent pas à s'approvisionner au Québec, ils vont aller s'approvisionner en Ontario, met-il en garde.

Toutefois, la copropriétaire de La Chèvrerie Breton n'est pas certaine qu'une telle collaboration sera profitable pour son entreprise.

Si on pense globalement, c’est bien. Par contre, c’est sûr que ça va m’impacter encore sûrement, encore à la baisse, appréhende-t-elle. Cette rencontre pourrait donc être décisive pour l'avenir de sa ferme.

Avec les informations de Félix Morrissette-Beaulieu

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