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Trente ans après la tuerie de Polytechnique, Montréal se souvient

Le reportage de Valérie-Micaela Bain

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Radio-Canada
Mis à jour le 

Une cérémonie à la mémoire des 14 victimes de la tuerie de Polytechnique a eu lieu en début de soirée sur le belvédère Kondiaronk du mont Royal, à Montréal, en présence de nombreux dignitaires, pour rappeler que les victimes, des aspirantes ingénieures pour la plupart, sont tombées sous les balles d'un homme aveuglé par sa haine des femmes et du féminisme.

La mairesse Valérie Plante, les premiers ministres Justin Trudeau et François Legault, d'autres élus et des proches des victimes de Polytechnique étaient réunis sur le belvédère, au sommet du mont Royal.

Au cours de la cérémonie, 14 faisceaux ont illuminé le ciel de la métropole – une création de Moment Factory, projetée annuellement depuis maintenant six ans.

Animée par la comédienne Karine Vanasse, la cérémonie a commencé par un discours de la gouverneure générale du Canada, Julie Payette.

Très émue, elle a souligné qu'elle était elle-même ingénieure et a dénoncé le tissu de préjugés et de sexisme qui enveloppe encore notre culture, appelant à les combattre.

Valérie Plante, Justin Trudeau et François Legault se tiennent côte à côte.

Parmi les dignitaires présents, on retrouvait la mairesse Valérie Plante et les premiers ministres Justin Trudeau et François Legault,

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Valérie Plante, François Legault et Justin Trudeau ont aussi pris la parole au cours de la cérémonie.

Il y a 30 ans, le Québec a été attaqué dans une de ses valeurs les plus fondamentales : l’égalité entre les hommes et les femmes. Tous les Québécois ont un devoir de mémoire. On a un devoir d’être unis pour ne jamais baisser la garde pour défendre cette valeur fondamentale.

Le premier ministre du Québec, François Legault

La lecture des noms des 14 victimes de Polytechnique

La mort des 14 femmes a aussi été commémorée par 14 universités qui offrent des programmes d’ingénierie d’un bout à l’autre du pays. Chacune d’elles a projeté un faisceau lumineux sur son campus en guise de solidarité.

Au Québec, l’Université Laval, l’Université de Sherbrooke, l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue et l’Université du Québec à Rimouski participaient à ce mouvement. Une cérémonie a aussi eu lieu à Halifax, Toronto, Moncton, Winnipeg, Edmonton et Vancouver, notamment.

Des femmes se réconfortent devant le monument commémoratif du 6 décembre 1989.

Il y a 30 ans aujourd'hui, un homme animé par sa haine des femmes tuait 14 d'entre elles à l'École polytechnique de Montréal.

Photo : Ivanoh Demers

L'attentat antiféministe, qui a aussi fait 13 blessés, sans compter tous ceux et celles qui ont été traumatisés par ce carnage, « a ébranlé le pays tout entier » et « demeure encore incompréhensible », selon Polytechnique Montréal.

Trente ans plus tard, la volonté de Polytechnique d’honorer la mémoire des victimes perdure. En commémorant ce douloureux événement, elle tient aussi à saluer le courage, la solidarité et le dévouement dont les membres de sa communauté ont fait preuve.

Polytechnique Montréal
Un homme s'approche de la plaque, gerbe de fleurs en main. D'autres gerbes s'y trouvent déjà.

Un homme dépose une gerbe de fleurs devant la plaque commémorative installée à Polytechnique Montréal.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

À compter de 8 h 15, plusieurs gerbes de roses blanches ont été déposées devant la plaque commémorative de Polytechnique par des représentants de l’établissement et des associations étudiantes.

Le grand public était pour sa part invité à venir se recueillir tout au long de la journée sur le site, situé du côté sud-ouest du pavillon principal.

Photo des 14 femmes victimes.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les 14 femmes mortes le 6 décembre 1989 à l'École polytechnique de Montréal.

Photo : Radio-Canada

Le livre Ce jour-là : parce qu’elles étaient des femmes, de Josée Boileau, a été lancé en matinée à la Galerie Rolland du pavillon principal.

La journaliste y brosse le portrait des victimes et revisite le drame à l’aide de photos d’archives et de témoignages de personnes touchées.

Tous les édifices et établissements des gouvernements du Canada et du Québec ont mis leurs drapeaux en berne pour la journée.

Des gens se recueillent en silence.

Des gens de tous âges défilent aujourd'hui devant la plaque commémorative de Polytechnique Montréal.

Photo : Ivanoh Demers

Lorraine Pagé était sur la liste de Marc Lépine

Après son carnage, le tireur, Marc Lépine, avait retourné son arme contre lui. Dans une lettre de suicide retrouvée sur son corps, et dans laquelle il blâmait les féministes d’avoir brisé sa vie, se trouvait une liste de féministes qu’il disait vouloir avoir tuées s’il en avait eu le temps.

Lorraine Pagé, qui était à l’époque présidente de la Centrale de l'enseignement du Québec, était l’une d'elles.

En entrevue à ICI RDI, elle a expliqué avoir été « abasourdie » d’apprendre cette nouvelle de la bouche d’un policier qui l’avait appelée pour l’en informer le lendemain de la tuerie.

Pour moi, je n’avais rien fait d’extraordinaire qui méritait qu’on me haïsse. Je défendais les femmes comme je défendais les hommes qui faisaient partie de ma centrale syndicale. Oui, je me présentais comme une féministe. Mais ça dépassait mon entendement que quelqu’un puisse nous haïr au point de vouloir nous tuer, a-t-elle déclaré.

Lorraine Pagé en entrevue à RDI.

Lorraine Pagé, qui était à l’époque présidente de la Centrale de l'enseignement du Québec, était ciblée par Marc Lépine.

Photo : Radio-Canada

Mme Pagé dit alors avoir pris conscience qu’il existait une résistance dans la société « à voir les femmes autrement » et un déni d’avouer que « cela arrivait chez nous ».

C’était difficile de prendre la parole là-dessus, parce que, d’une part, même les gens à Polytechnique ne voulaient pas qu’on parle de ça comme d’un attentat contre les femmes. Ils disaient que les féministes voulaient récupérer l’événement, se rappelle-t-elle.

Bien qu’elle pense que l’événement de Polytechnique a conduit avec le temps à « cerner » la réalité de la situation, Mme Pagé souligne que la violence fait toujours partie du quotidien des femmes et que nous avons toujours tendance « à occulter des réalités ».

Combien de fois on a entendu parler de drames familiaux au lieu de nous dire qu’il y a un conjoint qui a tué sa femme. Alors, on n’est pas sorti encore de cette volonté de ne pas toujours nommer la situation, a-t-elle affirmé.

« En 30 ans, les choses n'ont pas assez changé » - Justin Trudeau

À la Chambre des communes, le premier ministre Justin Trudeau et les représentants de l’opposition ont tour à tour pris la parole à l’ouverture des travaux pour se souvenir de ce drame qui a marqué l’histoire du pays.

Rappelons que le 6 décembre est aujourd’hui devenu la Journée nationale de commémoration et d'action contre la violence faite aux femmes au Canada.

Nous nous rassemblons pour pleurer leur perte et rendre hommage à leur mémoire. Leur mort nous a privés de nos filles, de nos sœurs, de nos amies et de nos collègues ainsi que du potentiel illimité qu’elles portaient en elles.

Justin Trudeau, premier ministre du Canada
Justin Trudeau s'adresse à la Chambre des communes.

Le premier ministre Justin Trudeau a réitéré la volonté de son gouvernement de resserrer le contrôle des armes à feu au pays.

Photo : Radio-Canada

Aujourd’hui, nous réaffirmons notre engagement à lutter contre la haine qui a mené à cette tragédie et contre la misogynie qui existe toujours dans nos communautés et notre pays, a déclaré le premier ministre. Au Canada et à travers le monde, trop de femmes, de filles et de personnes de diverses identités de genre sont ciblées par la violence et la discrimination. C’est inacceptable et nous ne devons jamais tolérer de tels gestes.

Le premier ministre a également profité de l’occasion pour réaffirmer sa détermination à renforcer le contrôle des armes à feu, notamment « le type d’arme qui a enlevé des vies à l’École polytechnique », a-t-il ajouté.

Des hommages ont également été présentés sur les bancs de l'opposition en cette journée de recueillement et de mémoire.

Les victimes de Polytechnique ont été assassinées et blessées parce qu’elles étaient femmes, a rappelé le chef conservateur, Andrew Scheer. Ces jeunes femmes n’auraient jamais pu deviner ce jour-là que la cruauté d’un homme allait leur enlever ce qu’elles avaient de plus précieux, à savoir leur vie.

En tant que mari d’une femme sans pareille, ça me fait mal de penser que cette femme que j’aime tant et toutes les femmes, aujourd’hui, doivent encore se préoccuper de leur sécurité parce que ce sont des femmes.

Andrew Scheer, chef du Parti conservateur

La députée bloquiste de Shefford, Andréanne Larouche, le chef du NPD, Jagmeet Singh, et la députée du Parti vert du Canada, Jenica Atwin, ont également pris la parole au nom de leur formation politique respective.

L’attentat antiféministe de Polytechnique n’a pas fait que 14 victimes, il en a fait beaucoup plus. Des milliers, des millions. Le Québec tout entier, 30 ans plus tard, vit encore avec ce fardeau. […] C'est arrivé chez nous, un geste commis par l’un de nous. On a tous perdu quelque chose le 6 décembre 1989.

Andréanne Larouche, députée bloquiste de Shefford
Une femme dépose une gerbe de fleurs devant la plaque commémorative installée à Polytechnique Montréal.

Une femme dépose une gerbe de fleurs devant la plaque commémorative installée à Polytechnique Montréal.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Avec les informations de La Presse canadienne

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