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Le nouvel ambassadeur chinois met le Canada en garde contre l’ingérence

Peiwu Cong fait un discours.

Le nouvel ambassadeur de Chine au Canada, Peiwu Cong, prononce une allocution à la tribune du Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM).

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Joëlle Girard

Dans un contexte de vives tensions entre Pékin et Ottawa, le nouvel ambassadeur chinois au Canada a défendu la politique de son pays devant des gens d’affaires, jeudi, à Montréal. Une allocution qui a exposé les contradictions marquées entre le discours officiel du régime communiste et les inquiétudes ailleurs dans le monde, notamment au sujet de Hong Kong et du sort des Ouïgours.

Le Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM), qui organisait la conférence, avait avisé Peiwu Cong : tous les dossiers chauds seront abordés. Depuis un an, soit depuis l’arrestation de la directrice financière de Huawei par la GRC – « un incident politique sérieux comploté par les États-Unis », selon l’ambassadeur Peiwu –, les points de litiges entre le Canada et la Chine se multiplient.

On compte au premier chef la détention des Canadiens Michael Kovrig et Michael Spavor, ainsi que le blocage des exportations canadiennes de canola, de soya et de viande vers la Chine. Mais des questions de droit de la personne plus larges minent aussi la relation sino-canadienne, notamment la répression à laquelle font face les manifestants prodémocratie à Hong Kong et la fuite de documents officiels prouvant l’existence de camps de détention dans la province du Xinjiang.

On voit plusieurs prisonniers Ouïgours assis en rang dans un camp d'internement.

Des centaines de milliers d'Ouïgours sont internés dans des camps comme celui-ci, dans la province autonome du Xinjiang.

Photo : Compte WeChat de l'Administration judiciaire du Xinjiang

Deux sénateurs conservateurs ont d’ailleurs l’intention de déposer une motion afin que le Parlement impose des sanctions à des dirigeants chinois en raison de ces violations des droits de la personne. Questionné sur le sujet, Peiwu Cong n’a pas hésité à menacer le Canada de contre-mesures très fermes.

Si jamais cette motion était adoptée, ce serait une violation très sérieuse des affaires internes de la Chine sous des prétextes de droits de la personne ou de démocratie. Nous nous opposons fermement à ce genre de comportement, qui pourrait causer de sérieux dommages à notre relation bilatérale, a laissé tomber le nouvel ambassadeur, en poste depuis le 12 octobre dernier.

« Ce que nous avons fait au Xinjiang mérite la reconnaissance internationale »

Les questions d’ingérence d’un pays étranger dans les affaires internes de la Chine ont été évoquées à plusieurs reprises par le diplomate, notamment en ce qui concerne le sort réservé à la minorité ouïgoure, dans le nord-est du pays.

Comme je l’ai dit dans mon discours, les affaires reliées au Xinjiang relèvent des affaires intérieures de la Chine et nous nous opposons à l’ingérence de tout pays étranger dans nos affaires intérieures, a encore fait savoir l’ambassadeur Peiwu en mêlée de presse.

Récemment, une fuite de quelque 400 documents secrets a confirmé que des centaines de milliers d’Ouïgours, de confession musulmane, ont été envoyés dans des camps où ils subissent des détentions extrajudiciaires, de l’endoctrinement et des travaux forcés. Certaines estimations vont même jusqu’à 1,8 million de détenus.

La Chine a dans un premier temps nié l’existence même de camps d’internement dans le Xinjiang. Mais devant cette fuite sans précédent provenant de son propre gouvernement, elle a ensuite convenu que des camps existaient bel et bien, arguant toutefois qu’il s’agit de centres d’éducation et d’apprentissage nécessaires à la lutte contre l’extrémisme religieux.

Des travailleurs chinois marchent le long d'une haute clôture ponctuée de mirador.

Des travailleurs marchent autour du périmètre clôturé de ce que la Chine qualifie de centre de formation professionnelle, à Dabancheng, dans le Xinjiang.

Photo : Reuters / Thomas Peter

Il n’y a pas d’abus ou de camps de concentration. Ce que le gouvernement local a fait, c’est plutôt de mettre en place des mesures préventives pour lutter contre le terrorisme et la radicalisation [...] Il a établi des centres d’enseignement et de formation professionnelle pour aider ceux qui ont subi un lavage de cerveau, a ainsi soutenu l’ambassadeur.

Je pense que les faits parlent d’eux-mêmes, a-t-il résumé. L’an dernier, 2,4 millions d’étrangers ont visité le Xinjiang et ils ont beaucoup apprécié leur expérience. Il s’agit d’une augmentation de 10,8 % du tourisme comparé à l’année précédente. On peut faire une lecture objective et voir qu’un nombre croissant de pays soutiennent notre politique au Xinjiang, dont plusieurs sont musulmans.

Ce que nous avons fait au Xinjiang mérite la reconnaissance internationale, a affirmé l’ambassadeur, qui n’a pas hésité à parler de « fausses nouvelles », tout comme le gouvernement chinois, pour qualifier le travail de CBC/Radio-Canada et de 15 autres médias partenaires du Consortium international des journalistes d’enquête (ICIJ), dont le New York Times et The Guardian.

« Rétablir l'ordre social » à Hong Kong

S’adressant habilement à un auditoire composé de nombreux entrepreneurs, Peiwu Cong a rappelé que le marché chinois représente des milliards et des milliards de dollars de possibilités d’affaires au cours des prochaines années. Il n’a toutefois pas manqué de lier cette croissance économique à la stabilité sociale.

Au cours des dernières années, la Chine a appris une leçon très importante. Pour se développer, il faut maintenir l’ordre social, a-t-il lancé, évoquant sans détour le cas de figure de Hong Kong pour illustrer son propos.

Depuis sa rétrocession en 1997, Hong Kong a maintenu sa stabilité sociale et s’est donc développé significativement dans différentes sphères. Or, au cours des cinq derniers mois, des activités criminelles et violentes ont sévèrement perturbé l’ordre social, la prospérité et la stabilité [...], ce qui a mené au premier déclin économique depuis 2009.

Quelques personnes vêtue de noir se tiennent près de flammes.

Un manifestant lance un cocktail Molotov lors d'un rassemblement à Hong Kong, le 1er décembre.

Photo : Reuters / Leah Millis

Mettre fin à cette violence et restaurer l’ordre est donc la tâche la plus pressante actuellement, a-t-il plaidé. C’est seulement par cette voie que Hong Kong retrouvera sa paix et sa stabilité et c’est dans l’intérêt du Canada.

C’est un projet de loi controversé facilitant les extraditions vers la Chine continentale qui a mis le feu aux poudres des Hongkongais, il y a plusieurs mois. Depuis, le projet a été abandonné, mais les manifestants continuent de réclamer notamment un système démocratique plus représentatif.

Parmi les manifestants, on retrouve certains jeunes plus radicalisés qui n’hésitent pas à user de tactiques violentes, mais également des retraités, des professeurs, des avocats et autres professionnels qui soutiennent le mouvement, ce qui est un fait rare dans ce territoire. Les dernières élections locales, le 24 novembre, ont notamment porté au pouvoir une vaste majorité de candidats prodémocratie.

Un retraité hongkongais lève le bras droit lors d'une manifestation avec des étudiants à Hong Kong.

Des retraités ont joint les étudiants dans les manifestations prodémocraties à Hong Kong le 30 novembre, pour dénoncer la violence policière et les arrestations illégales.

Photo : Reuters / Thomas Peter

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