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Les bâtiments patrimoniaux de Saint-Boniface sont-ils vraiment protégés?

Une des trois désignations de la Ville ne garantit aucune protection.

Une vieille maison jaune.

La maison Kittson est située au 165, rue La Vérendrye, à Winnipeg.

Photo : Radio-Canada / Thibault Jourdan

La mise en vente et la possible démolition de bâtiments classés par Winnipeg ont suscité de l'inquiétude à Saint-Boniface ces derniers mois. Avec raison, car une des trois classifications patrimoniales de la Ville ne garantit aucune protection aux bâtiments concernés.

À Saint-Boniface, 30 bâtiments sont recensés par la Ville de Winnipeg pour leur valeur historique ou architecturale. Parmi eux, la moitié est réellement protégée des démolitions et des modifications.

C’est vraiment mélangeant parce que certains bâtiments sont listés sur le site de la Ville, alors tout le monde pense qu’ils sont protégés, mais c’est faux, affirme Cindy Tugwell, directrice de Heritage Winnipeg.

La Ville de Winnipeg définit en effet les bâtiments à caractère patrimonial selon trois listes : les bâtiments commémoratifs, les bâtiments historiques et les bâtiments sélectionnés pour devenir historiques et étudiés par le comité municipal.

La liste commémorative reconnaît l’importance historique de certaines ressources, mais ne leur garantit aucune protection. Ici, la conservation des édifices est encouragée par la Ville, mais les propriétaires peuvent en faire ce qu’ils désirent.

C’est le statut historique qui donne aux bâtiments une protection contre la démolition et les modifications. L’édifice qui détient cette appellation peut être protégé pour son extérieur – comme une enveloppe architecturale – ou en raison des éléments caractéristiques intérieurs (cages d’escalier, plafonds, fenêtres, etc.).

Cindy Tugwell juge alarmant que la plupart des bâtiments clés de Saint-Boniface sont classés commémoratifs et non historiques. Cela signifie que ni Heritage Winnipeg ni aucun organisme ne peut intervenir si le propriétaire décide de vendre ou de détruire l’édifice.

Les différentes classifications

  • Bâtiments historiques : édifices protégés dont la valeur patrimoniale peut être basée sur différents critères, comme l’âge (au moins 40 ans), son association à des personnalités importantes, le contexte de sa construction, son style, sa location, son intégrité architecturale, etc.

    Leur démolition est interdite et les modifications des éléments caractéristiques nécessitent une approbation du département de Planification, de la propriété et du développement de la Ville.

  • Bâtiments commémoratifs : bâtisses et terrains reconnus pour leur architecture ou leur valeur historique, sans aucune restriction sur leur démolition et leurs modification.

    Le directeur du département de Planification, de la propriété et du développement de la Ville peut ajouter ou retirer une ressource à cette liste.

  • Liste de nomination : bâtiments en attente d’évaluation pour devenir ressources historiques. Ils sont protégés de la démolition jusqu’à ce que le Comité des bâtiments et ressources historiques de la Ville donne son verdict.

Plus de 300 bâtiments rétrogradés

En 2014, 330 des 460 bâtiments qui se trouvaient sur l’ancienne liste des édifices historiques de la Ville ont été transférés sur la toute nouvelle liste commémorative.

Ce changement a été surprenant. Il n’a pas été discuté et a vraiment été imposé à ceux qui ont ces bâtiments à coeur, déplore le président d'Héritage Saint-Boniface, Walter Kleinschmit.

Pour Cindy Tugwell, la classification Bâtiments commémoratifs est insensée.

Assurer la protection d’un bâtiment devrait être la seule raison de lui donner une désignation. On n’a pas besoin de se perdre dans toutes les raisons fantastiques du pourquoi ces bâtiments sont recensés.

Cindy Tugwell, directrice générale de Heritage Winnipeg

La maison Béliveau, exemple de bâtisse menacée

La liste commémorative donne l’impression que ces bâtiments ont un chemin raccourci pour devenir protégés, mais ce n’est pas forcément le cas, ajoute Walter Kleinschmit en mentionnant le cas de la Maison Béliveau.

Située au 700 de la rue Saint-Jean-Baptiste, cette vieille maison de Saint-Boniface fait partie des édifices qui ont perdu leur statut historique en 2014. Mise en vente en septembre dernier, elle aurait pu être détruite par un nouveau propriétaire.

Or, c’est un héritage considérable pour la communauté, souligne la directrice de Heritage Winnipeg. Elle date de 1906 et a été construite par Hormisdas Béliveau, qui est devenu maire de Saint-Boniface en 1918.

Une vieille maison.

La maison Béliveau est située au 700, rue Saint-Jean-Baptiste à Winnipeg.

Photo : Radio-Canada / Thibault Jourdan

En septembre, le conseiller municipal de Saint-Boniface, Mathieu Allard, a présenté une motion pour mettre la vente en suspens, le temps que le comité des Bâtiments et des ressources historiques de la ville en évalue le caractère historique.

Ce processus, qui a pour but de lui redonner son statut patrimonial protégé, est toujours en cours. Le délai de 120 jours a commencé le 30 septembre.

Il y a en ce moment 12 bâtiments sélectionnés à Winnipeg pour obtenir un statut historique. Parmi eux, deux se trouvent à Saint-Boniface : l’Hôpital Saint-Boniface et les appartements Buena Vista.

Hôtel de ville et caserne de pompiers : des édifices protégés

La mise en vente par la Ville de l’ancien hôtel de ville de Saint-Boniface et de l’ancienne caserne des pompiers a causé des inquiétudes dans la communauté.

Cindy Tugwell se veut rassurante : ces édifices sont bel et bien protégés. Ils se trouvent tous deux sur la liste des bâtiments historiques. La directrice de Heritage Winnipeg dit être persuadée qu’ils seront encore là dans 200 ans.

Le directeur d'Héritage Saint-Boniface est plus anxieux en ce qui concerne la caserne des pompiers, qui est vide depuis plusieurs années.

On a vu hier aux portes ouvertes que l’édifice était en moins bon état qu’il y a trois ou quatre ans quand le musée était encore ouvert, dit-il en mentionnant notamment que l'édifice n'est plus suffisamment chauffé.

Ces édifices sont protégés, mais cela n’empêche pas les acheteurs d’espérer avoir la permission d’y faire des changements considérables, pense également Walter Kleinschmit.

Souvent, les personnes qui achètent ces bâtiments ont de bonnes intentions, dit-il, mais, au fil des mois et des années, elles réalisent que leurs projets sont impossibles ou, entre-temps, l’édifice a perdu sa capacité d’être rénové sans danger, faute de maintenance.

L'ancien hôtel de ville de Saint-Boniface.

L'ancien hôtel de ville de Saint-Boniface abrite les locaux de la Maison des artistes visuels francophones, les bureaux de Tourisme Riel et du World Trade Centre Winnipeg.

Photo : Radio-Canada / Megan Goddard

Pour la directrice de Heritage Winnipeg, le maintien de ces bâtiments une fois la vente faite est aussi un enjeu clé.

La Ville devra pour cela s’assurer d’ajuster le prix des bâtiments en fonction des travaux qui doivent être faits, dit-elle.

Des jalons de l’histoire de l’Ouest

Pour l’historienne Jacqueline Blay, ces bâtiments patrimoniaux sont des témoins empiriques d’un réseau institutionnel qui se mettait sur pied à Saint-Boniface au début du XXe siècle.

Elle explique que l’élite canadienne-française, qui dirigeait la communauté, habitait au coeur du boulevard Provencher et de l'avenue Taché. Ces gens se fréquentaient.

On a un noyau institutionnel encore debout [...] Il renforce l’histoire du quartier, qui était là depuis le début et fait partie de l’histoire de l’Ouest, dit-elle.

Bon nombre des vieux bâtiments du quartier ont été la proie des flammes au cours des années, déplore l’historienne.

Si des édifices historiques sont aujourd’hui protégés, c’est parce qu’ils sont ce qu'il reste de cet héritage. D’où l’importance de les conserver, selon Jacqueline Blay.

Extérieur du musée de Saint-Boniface, où se trouve un buste de Louis Riel.

Le musée de Saint-Boniface abrite l'ancien couvent dirigé par les Soeurs grises. Louis Riel y a fait une partie de ses études.

Photo : Radio-Canada / Fernand Detillieux

Çà et là, à Saint-Boniface, des plaques sont toujours présentes pour commémorer l’histoire des édifices disparus.

Jacqueline Blay invite les curieux à se promener dans le quartier pour découvrir et redécouvrir cette histoire, que les bâtiments historiques soient toujours debout ou non.

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