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Un Nigérian expulsé du Canada et séparé de sa femme et de son bébé

Festus Odua et sa femme portant son bébé.

Festus Odua vivait avec sa femme et sa fille à Flin Flon, dans le nord du Manitoba.

Photo :  CBC / Jaison Empson

Radio-Canada

Festus Odua a dû quitter le pays, lundi, pour retourner au Nigeria, laissant derrière lui son épouse et sa fille de 3 mois. Immigration Canada considère que sa demande de parrainage pour rester au Canada n’a pas été soumise à temps. Des avocats estiment que cette décision est injuste.

Le 13 novembre dernier, l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) ordonne l’expulsion du Nigérian de 36 ans. Deux jours plus tôt, Festus Odua et sa femme, Rikki, recevaient le certificat de naissance de leur fille, Zara, qu’ils avaient demandé au mois d'août. Ce certificat était le dernier élément du dossier qui aurait pu permettre à M. Odua de rester avec sa famille au Canada. Les deux parents déposent le dossier complet le 20 novembre, mais il est déjà trop tard.

Je prie Dieu pour qu’il m’aide à survivre à cela. Parce que c’est tout ce j’ai dans ma vie. Cette famille, c’est tout ce que j’ai. Je n’ai même pas de maison où je peux aller au Nigeria.

Festus Odua, Nigérian expulsé du Canada

Selon Vanessa Routley, qui est avocate spécialisée en immigration, cette décision est sévère et inutile. Elle rappelle la stratégie du gouvernement fédéral qui priorise en général la réunification familiale.

Il n’y a aucune raison d’enlever un père à son nouveau-né.

Vanessa Routley, avocate spécialisée en immigration

L’avocate pense que, malgré un dossier solide, le couple va devoir faire face aux retards dans le processus de traitement du dossier de M. Odua : Il y aura un long chemin à faire avant qu’il ne puisse revenir au Canada.

Pour éviter de telles situations, elle suggère la création d’un poste d’ombudsman dans le système d’immigration pour avoir une décision raisonnable .

Mauvais conseil

C'est un enchaînement de circonstances malheureuses qui a mené le couple à cette situation.

Festus Odua quitte son pays natal en 2015 pour arriver aux États-Unis dans un premier temps. Menacé d’expulsion, il décide en avril 2017 d'entrer au Canada près de la ville d’Emerson, au Manitoba. Il fait partie de milliers de demandeurs d’asile qui ont traversé illégalement la frontière à pied pour tenter d’obtenir un statut de réfugié au Canada.

Festus Odua rencontre ensuite Rikki, citoyenne canadienne, qu’il épouse en janvier 2019. Leur fille, Zara, naît en août de la même année.

Après une première demande d’asile refusée en 2017, le Nigérian se lance dans une procédure pour un parrainage conjugal qui lui aurait permis de demeurer au Canada. Pour que ce parrainage soit accepté, Rikki Odua doit, entre autres, prouver qu’elle peut subvenir aux besoins de son mari en cas de besoin.

En juillet dernier, l’avocat du couple lui conseille cependant de ne déposer le dossier de parrainage qu’après la naissance de son enfant. Selon lui, l’arrivée d’un bébé renforcera ce dossier. C’est cette attente qui posera un problème à Festus Odua.

Selon Rikki Odua, le couple a tout fait dans les règles, mais a été victime d’une grave erreur de jugement de la part de son conseiller juridique.

L’avocat du couple, Alan Hogg, explique que l’ASFC lui a mentionné qu’elle considérait Festus Odua comme expulsable et qu’une suspension de son expulsion n’était pas possible.

Intransigeance de l’ASFC

Guy Le Gras, qui est agent d'exécution de la loi dans les bureaux intérieurs à Winnipeg, considère que le retard du couple dans la remise de leur dossier n’est pas acceptable. Il avoue toutefois ne pas avoir pris en compte l’importance de la relation entre un père et son enfant. Il est en désaccord avec l’argument de l’avocat de la famille qui affirme que cette séparation aura des effets considérables et à long terme sur le développement de l’enfant.

Il ajoute que Rikki Odua peut toujours choisir de rejoindre son mari au Nigeria en attendant la décision pour le parrainage conjugal.

Une option qui n'est pas envisageable pour Festus Odua, qui considère son pays d’origine comme dangereux.

Il y a des enlèvements. Il y a les terroristes de Boko Haram et différents autres groupes terroristes. Des cambriolages. Et ils disent quand même que ma famille peut venir me visiter.

Festus Odua, Nigérian expulsé du Canada
Festus Odua et Rikki s'enlacent avec leur enfant entre eux deux.

Festus Odua affirme qu'il n'a aucun endroit où s'installer au Nigeria.

Photo :  CBC / Jaison Empson

Il précise que le Canada déconseille les voyages dans la région du Delta, d’où il est originaire. Festus Odua dit qu’il ne sait même pas dans quelle ville il va atterrir.

C’est dans ce flou au sujet de son avenir que Festus Odua franchit la sécurité de l’aéroport de Winnipeg accompagné d’agents de l'ASFC. Derrière lui, sa femme porte sa fille dans ses bras. Les larmes aux yeux, elle adresse un dernier au revoir à son mari en espérant pouvoir le revoir le plus tôt possible.

Avec les informations d'Erin Brohman

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