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Quatre questions sur les élections au Royaume-Uni

Boris Johnson derrière un lutrin sur lequel il est écrit « Get Brexit done » (Accomplissons le Brexit).

Le premier ministre britannique Boris Johnson lors d'un rassemblement à Colchester, dans l'est de l'Angleterre, le 2 décembre 2019.

Photo : Getty Images / HANNAH MCKAY

Les Britanniques sont appelés aux urnes le 12 décembre pour des élections législatives anticipées, dans le contexte d’un Brexit imminent. Pourquoi ces élections maintenant et à quoi s’attendre? Les réponses avec deux experts.

1. Pourquoi Boris Johnson a-t-il convoqué des élections anticipées?

Boris Johnson est devenu premier ministre du Royaume-Uni après avoir remporté la course à la direction du Parti conservateur en juillet, après la démission de Theresa May. Mais il n’a pas été élu par les Britanniques.

L’idée de Boris Johnson, c’est de prouver qu’il a le soutien populaire, qu’il n’est pas un premier ministre par défaut, choisi par une poignée de conservateurs, croit Thibaud Harrois, maître de conférences en civilisation britannique à l’Université Sorbonne Nouvelle. [Remporter l’élection] lui donnerait un soutien populaire fort et donc la possibilité de mettre en place sa politique.

Jusqu’à maintenant, le premier ministre sortant n’a remporté quasiment aucun vote au Parlement, où son parti est minoritaire, remarque Aurélie Lacassagne, professeure agrégée au Département de science politique de l’Université Laurentienne à Sudbury. Il s’est plaint à plusieurs reprises de ce blocage.

C’est l’élection la plus importante de cette génération. Importante parce qu'elle définira si nous allons de l'avant en tant que pays ou si nous restons coincés, paralysés, à répéter les mêmes débats des trois dernières années avec une incertitude encore plus dommageable.

Boris Johnson, premier ministre du Royaume-Uni

En fin stratège, Boris Johnson a jugé que le moment était propice pour convoquer les Britanniques aux urnes. Il a un très bon momentum politique pour lui, croit Mme Lacassagne. Cet avantage est surtout dû à la faiblesse de son principal adversaire, le chef travailliste Jeremy Corbyn.

Jeremy Corbyn derrière un podium.

Le chef du Parti travailliste britannique, Jeremy Corbyn.

Photo : Reuters / Peter Nicholls

Si le Parti travailliste avait n'importe quel autre chef, même pas forcément très bon, il devrait en théorie remporter ces élections de façon éclatante, alors qu'on s'attend à un résultat [...] catastrophique, affirme-t-elle.

Boris Johnson a un tapis rouge devant lui. C'était vraiment l'occasion à saisir avant que le Parti travailliste retrouve ses esprits, vire Corbyn et trouve quelqu'un qui permettrait de les emmener vers la victoire.

Aurélie Lacassagne, professeure à l’Université Laurentienne

C’est également l’avis de M. Harrois, qui croit que M. Corbyn représente un handicap pour son parti.

Le chef des travaillistes est trop à gauche, affirme le chercheur. [Certains électeurs] auraient pu être tentés par quelqu'un de plus modéré. Mais avoir Jeremy Corbyn comme premier ministre, pour certains, c'est insupportable comme idée.

Cependant, la prédécesseure de Boris Johnson, Theresa May, avait, elle aussi, déclenché des élections anticipées, en juin 2017, sur la foi de sondages lui accordant une importante avance sur les travaillistes. Elle avait finalement perdu la majorité qu’elle pensait renforcer.

2. Boris Johnson va-t-il remporter son pari?

Les derniers sondages d’opinion donnent les conservateurs gagnants, avec 9 points d’avance sur les travaillistes, ce qui pourrait se traduire par 359 sièges, soit 9 de plus que le minimum requis pour remporter la majorité.

Boris Johnson salue en passant devant une affiche de son parti.

Le premier ministre britannique Boris Johnson à Manchester, en Grande-Bretagne.

Photo : Reuters / Phil Noble

Jusqu'à présent, l'avance des conservateurs semble telle qu’une majorité absolue est vraisemblable, soutient M. Harrois, qui précise cependant qu’un retournement est toujours envisageable.

S’il est majoritaire, le premier ministre pourra rapidement aller de l’avant avec son projet de Brexit, prévu pour le 31 janvier 2020.

S'il y a une majorité conservatrice la semaine prochaine, nous aurons mis le Brexit en œuvre d'ici à la fin janvier. 2020 sera alors l'année où nous mettrons enfin derrière nous les querelles et les incertitudes liées au Brexit.

Boris Johnson, premier ministre du Royaume-Uni

Boris Johnson souhaite présenter avant Noël au Parlement l'accord négocié avec l'Union européenne, qu’il n'avait pas réussi à faire approuver avant le déclenchement des élections.

Par contre, si les conservateurs sont minoritaires, on revient à la case départ. Un gouvernement minoritaire de Boris Johnson, ça signifie à nouveau blocage au Parlement, résume Aurélie Lacassagne.

Pour faire approuver ses projets de loi, le premier ministre devra se trouver des alliés, ce qui ne sera pas une mince tâche. Les députés du DUP (Parti unioniste démocrate), avec qui ils font alliance traditionnellement, semblent peu enclins à appuyer le premier ministre à cause de l’enjeu de la clause de sauvegarde. Le maintien du libre-échange des biens et services entre l’Irlande et l’Irlande du Nord a été un gros écueil dans la dernière négociation avec les Européens.

Si Boris Johnson ne parvient pas à obtenir la confiance de la Chambre, ce serait au parti arrivé en deuxième position, vraisemblablement les travaillistes, de tenter de former un gouvernement.

3. Et le Brexit dans tout ça?

Des manifestants brandissent des pancartes sur lesquelles il est écrit « Retarder, c'est trahir ».

Des Britanniques manifestent en faveur d'une mise en œuvre rapide du Brexit.

Photo : Getty Images / Jack Taylor

Pour les conservateurs, le principal enjeu de ces élections est la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Leur slogan « Get brexit done » (Finissons-en avec le Brexit) le résume bien.

Sauf que tout ne sera pas réglé le 31 janvier, souligne Thibaud Harrois. Ils vont peut-être sortir très vite, mais après il va falloir négocier la future relation avec l'Union européenne.

Ce n'est pas tout à fait juste de promettre la fin du Brexit, parce que ce n'est pas la réalité.

Thibaud Harrois, professeur à l’Université Sorbonne Nouvelle

Toutefois, précise le chercheur, si Boris Johnson remporte la majorité le 12 décembre, il arrivera en position de force dans cette nouvelle négociation avec les Européens.

La position des travaillistes sur le Brexit est moins tranchée. Jeremy Corbyn veut une nouvelle extension afin de renégocier un accord avec Bruxelles, qui pourrait inclure une union douanière, et, à terme, un nouveau référendum.

S’ils devaient être appelés à former un gouvernement, ils pourraient donc faire alliance avec les libéraux-démocrates, fermement opposés au Brexit et qui réclament la tenue d’une nouvelle consultation, et les Écossais du Scottish National Party (SNP), anti-Brexit eux aussi.

On peut éventuellement envisager une coalition de gauche ou de centre gauche, même si, à mon avis, ce serait vraiment pour un but très précis, c'est-à-dire l'organisation d'un deuxième référendum et ensuite l'organisation de nouvelles élections, souligne Thibaud Harrois.

Dans l’éventualité d’un gouvernement minoritaire, la tenue d’un deuxième référendum sur la sortie de l’Union européenne devient donc très possible.

4. Quels sont les autres enjeux?

Outre la sortie de l’UE, une autre grande question qui préoccupe les Britanniques est l’avenir du service public de santé, le NHS (National Health Service).

Des manifestants tiennent des pancartes sur lesquelles est écrit « Pas de compressions à notre NHS ».

Des manifestants ont marché dans le centre de Londres en appui au système de santé britannique (NHS), le 4 mars 2017.

Photo : Getty Images / Jack Taylor

Les travaillistes martèlent cette question, souligne Thibaud Harrois. Jeremy Corbyn affirme que si les conservateurs gagnent, ils vont privatiser le système de santé, les États-Unis vont l'acheter et on va se retrouver avec un système de santé entièrement privatisé et aux mains des Américains.

Le chef travailliste prétend qu’à la suite du Brexit, Boris Johnson tenterait de conclure un accord commercial avec les États-Unis qui entraînerait à la hausse le coût des médicaments et ouvrirait le marché aux firmes américaines. M. Corbyn a appuyé ses affirmations sur des documents ayant fait l’objet d’une fuite.

Il s'agit de pourparlers secrets en vue d'un accord avec Donald Trump après le Brexit.

Jeremy Corbyn, chef du Parti travailliste

Le premier ministre sortant a rejeté l’accusation, soutenant qu’il s’agissait d’une « absurdité ».

Lors du lancement de son programme électoral, M. Johnson s’est engagé à augmenter considérablement le budget du NHS. Il a également promis de baisser les impôts et de durcir les règles d'immigration.

Les travaillistes, pour leur part, misent sur un programme très ambitieux de dépenses publiques, souligne M. Harrois.

Ils promettent notamment de « reconstruire » les services publics et de s'attaquer « aux fraudeurs, aux mauvais propriétaires et aux grands pollueurs ».

Nous allons apporter un réel changement pour tous, pas juste pour une minorité, a déclaré M. Corbyn.

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